{"id":7208,"date":"2020-12-14T19:28:51","date_gmt":"2020-12-14T19:28:51","guid":{"rendered":"https:\/\/ethique-rlaroche.profweb.ca\/?p=7208"},"modified":"2021-02-01T19:31:55","modified_gmt":"2021-02-01T19:31:55","slug":"les-cultures-autochtones-et-le-probleme-de-la-reconnaissance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/?p=7208","title":{"rendered":"Les cultures autochtones et le probl\u00e8me de la reconnaissance"},"content":{"rendered":"\n<p>Journal de bord<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude des cultures autochtones et du probl\u00e8me de la reconnaissance est l\u2019une des \u00e9tudes les plus difficiles \u00e0 faire. En tant que personne blanche, issue du groupe des dominants, il y a un r\u00e9el travail \u00e0 faire sur soi-m\u00eame avant de se lancer dans une r\u00e9flexion. Il faut d\u2019abord comprendre que je suis remplie de pr\u00e9jug\u00e9s, d\u2019id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues et d&rsquo;aprioris, que je le souhaite ou non. Ce n\u2019est pas parce que je suis ouverte d\u2019esprit ou de bonne foi que je comprends. Il y a une d\u00e9construction de ces id\u00e9es, de ces aprioris \u00e0 faire avant que je puisse r\u00e9ellement aller \u00e0 la rencontre de l\u2019autre. C\u2019est une le\u00e7on d\u2019humilit\u00e9 que d\u2019accepter que ce que je croyais conna\u00eetre ou comprendre n\u2019est pas la v\u00e9rit\u00e9 absolue et c\u2019est aussi difficile d\u2019envisager qu\u2019il n\u2019y a de v\u00e9rit\u00e9 absolue. Je me retrouve donc face \u00e0 quelque chose de plus sensible et de plus ardu que les autres r\u00e9flexions faites auparavant, parce que je suis au c\u0153ur d\u2019un probl\u00e8me qui n\u2019est pas encore r\u00e9solu et dont je suis fait partie. Tout d\u2019abord, il est n\u00e9cessaire de comprendre que les cultures autochtones ne sont pas un sujet ou un objet d\u2019\u00e9tude, mais bien des cultures \u00e0 part enti\u00e8re qui sont proches. Aussi, il faut comprendre que le probl\u00e8me de reconnaissance est aussi une enqu\u00eate sur nos aprioris de ces cultures et sur la vision du groupe dominant, soit celle du nationalisme et du colonialisme Qu\u00e9b\u00e9cois.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La lecture compar\u00e9e des textes <em>Je suis une maudite sauvagesse<\/em> de An Antane Kapesh et du rapport Viens, soit celui de la Commission d\u2019enqu\u00eate sur les relations entre les Autochtones et certains services publics : \u00e9coute, r\u00e9conciliation et progr\u00e8s, montre que ce travail de d\u00e9construction des aprioris et d\u2019\u00e9coute n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 fait par tout ceux qui se sont auparavant pench\u00e9s sur la question. Ce qui frappe de cette lecture est que du c\u00f4t\u00e9 de la commission d\u2019enqu\u00eate, on se trouve face \u00e0 un texte qui excuse les Qu\u00e9b\u00e9cois et qui les victimise m\u00eame avec des arguments tels que leur propre minorit\u00e9, la menace qui planait sur la culture canadienne fran\u00e7aise et avec des arguments \u00e9conomiques et de d\u00e9veloppement. On lit un rapport qui justifie les actions coloniales en \u00e9voquant maintes fois le capital et les profits sans prendre la peine d\u2019\u00e9couter ou de se remettre en question, du moins c\u2019est l\u2019impression que j\u2019en ai eue. Alors que de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, on est face \u00e0 un texte qui d\u00e9clame le fait que les Blancs n\u2019ont jamais demand\u00e9 la permission pour quoi que ce soit, qu\u2019ils ne sont jamais all\u00e9s \u00e0 la rencontre des peuples autochtones pour parler ou pour \u00e9changer. Les Blancs ne sont jamais remis en question, ils ont assum\u00e9 leur supr\u00e9matie sans, encore une fois, se questionner sur les peuples autochtones ou m\u00eame s\u2019int\u00e9resser \u00e0 eux et \u00e0 leur culture. Le texte de An Antane Kapesh mis vis-\u00e0-vis de ce rapport met en lumi\u00e8re le fait que l\u2019absence de dialogue est toujours pr\u00e9sente et que les aprioris et les id\u00e9es colonialistes et de sup\u00e9riorit\u00e9 sont toujours en vigueur.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019extrait pr\u00e9sent\u00e9 de <em>Peau rouge, masques blancs<\/em> de Glen Sean Coulthard traite des demandes des peuples autochtones pour la reconnaissance de ces derniers et pour leur autod\u00e9termination. Cela nous ram\u00e8ne \u00e0 la question de l\u2019\u00e9coute. Son texte tient \u00e0 <em>d\u00e9construire l &lsquo;id\u00e9e courante selon laquelle la relation coloniale entre les peuples autochtones et l\u2019\u00c9tat canadien peut \u00eatre ad\u00e9quatement transform\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 une politique fond\u00e9e sur la reconnaissance. <\/em>[&#8230;] <em>la politique de la reconnaissance telle qu\u2019elle appara\u00eet dans sa forme lib\u00e9rale actuelle reproduit in\u00e9vitablement les configurations du pouvoir \u00e9tatique colonialiste, raciste et patriarcal que les demandes des peuples autochtones en mati\u00e8re de reconnaissance essaient pourtant de transcender depuis des d\u00e9cennies. <\/em>Ce passage montre que notre fa\u00e7on de faire et de voir le probl\u00e8me de r\u00e9conciliation n\u2019est pas la seule et n\u2019est pas n\u00e9cessairement la bonne. Il faut donc \u00e9couter et envisager que la mani\u00e8re dont nous proc\u00e9dons n\u2019est pas ad\u00e9quate. La d\u00e9construction de notre mode de pens\u00e9e et des barri\u00e8res de nos esprits doit \u00eatre faite pour que l\u2019on puisse avancer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019on lit Jos\u00e9phine Bacon dans <em>Upaki<\/em> on se trouve d\u00e9j\u00e0 face au fait que, selon l\u2019autrice, le d\u00e9sordre chez les premi\u00e8re nations \u00e0 commencer avec la s\u00e9dentarisation (qui \u00e9tait forc\u00e9e). Notre mode de vie n\u2019est donc d\u00e9j\u00e0 pas appropri\u00e9 pour tous et notre culture n\u2019est pas la meilleure. Il faut comprendre qu\u2019il n\u2019y a pas de mode de vie universelle qui s\u2019applique \u00e0 tous. Cette id\u00e9e est parfois difficile \u00e0 accepter, car elle met en cause notre propre mani\u00e8re de vie et notre intelligence. En imposant notre fa\u00e7on de faire, m\u00eame avec des bonnes intentions, en leur imposant ce que l\u2019on consid\u00e9rait comme le confort (maisons, \u00e9lectricit\u00e9, \u00e9ducation) nous avons caus\u00e9 du tort. Cela met en \u00e9vidence l\u2019absence d\u2019\u00e9coute et de dialogue. Je peux m\u00eame faire un lien avec un passage du texte de An Antane Kapesh : &nbsp; &nbsp; \u00ab Apr\u00e8s l\u2019avoir trouv\u00e9 dans le territoire des Indiens, le Blanc aurait d\u00fb leur laisser la paix, il n\u2019aurait pas d\u00fb se dire : \u00ab Quand je suis arriv\u00e9 en territoire indien, les Indiens se gouvernaient eux-m\u00eames et se suffisaient \u00e0 eux-m\u00eames. \u00bb C\u2019est ce que le Blanc aurait pu remarquer quand il les a vus pour la premi\u00e8re fois. Si le Blanc avait gard\u00e9 sa culture pour lui-m\u00eame, nous aussi nous aurions gard\u00e9 la n\u00f4tre et aujourd\u2019hui il n\u2019y aurait pas tant de conflits entre Blancs et Indiens. \u00bb Aujourd\u2019hui, nous nous retrouvons en face, en tant que peuple dominant, a une le\u00e7on d\u2019humilit\u00e9, celle d&rsquo;accepter nos erreurs et les m\u00e9faits que nous avons commis. Or, le texte de Bacon nous montre que ce n\u2019est pas tout le monde qui est pr\u00eat \u00e0 cela. En effet, lorsqu\u2019elle affirme qu\u2019en tant qu\u2019issue d\u2019une minorit\u00e9, faire acte de pr\u00e9sence est d\u00e9j\u00e0 politique, car cela cr\u00e9e du d\u00e9sordre, cela prouve que plusieurs ne veulent pas d\u00e9faire l\u2019ordre \u00e9tabli qui les arrange et qu\u2019ils ne souhaitent pas se remettre en question. Pour la po\u00e9tesse, \u00e9crire est un acte de r\u00e9sistance. Elle promouvoit sa culture, elle bouscule l\u2019ordre \u00e9tabli (comme le prouve son film T<em>shishe Mishtikuashisht \u2013 Le petit grand Europ\u00e9en : Johan Beetz<\/em>).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Que nous ayons trahi les peuples autochtones devrait nous pousser de l\u2019avant, tant pour eux que pour la terre que nous partageons. Si nous ne parvenons pas \u00e0 comprendre que la r\u00e9alit\u00e9 de la vie est un agr\u00e9gat des perceptions et de la nature de toutes les esp\u00e8ces, nous sommes condamn\u00e9s, ainsi que la terre que d\u00e9j\u00e0 nous assassinons.<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Cette citation tir\u00e9e de l\u2019extrait du texte de Jim Harrison, et ce dit texte au complet, montre ce qu&rsquo;il a appris des cultures autochtones. Cela nous ram\u00e8ne \u00e0 l\u2019importance de l\u2019\u00e9coute, de l\u2019ouverture et du combat contre nos aprioris. Aussi, cela nous am\u00e8ne \u00e0 penser que le dialogue et l\u2019\u00e9coute nous sont b\u00e9n\u00e9fiques. Nous devons comprendre que nous avons \u00e0 gagner de cette relation et qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019une faveur faite aux autochtones. Se d\u00e9faire de nos id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues, c\u2019est aussi accepter que nous ne sommes pas parfaits et sup\u00e9rieurs et que nous avons encore beaucoup \u00e0 apprendre.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience de pens\u00e9e par rapport \u00e0 l\u2019universalisme et John Rawls dans ce contexte m\u2019a seulement prouv\u00e9e que nos aprioris et nos id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues du bien sont encore pr\u00e9sentes et fortes. Nous avons assimil\u00e9 une vision du bien et en l\u2019imposant, comme nous l&rsquo;avons fait aux peuples autochtones, montre que cela cause du tort, m\u00eame si cela ne s\u2019\u00e9tait pas produit de mauvaise foi. <em>L\u2019enfer est pav\u00e9 de bonnes intentions<\/em> et il faut savoir accepter que nous devons changer notre mani\u00e8re de voir et de faire les choses pour arriver \u00e0 r\u00e9gler le probl\u00e8me de la reconnaissance.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le parcours Nomade et la po\u00e9sie autochtone nous a fait voir une mani\u00e8re alternative d\u2019aller \u00e0 la rencontre de l\u2019autre. Je me pose la question : est-ce que la po\u00e9sie et l\u2019art seraient la fa\u00e7on d\u2019y parvenir ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Journal de bord L\u2019\u00e9tude des cultures autochtones et du probl\u00e8me de la reconnaissance est l\u2019une des \u00e9tudes les plus difficiles \u00e0 faire. 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