{"id":33923,"date":"2024-03-08T03:20:40","date_gmt":"2024-03-08T03:20:40","guid":{"rendered":"https:\/\/ethique-rlaroche.profweb.ca\/?p=33923"},"modified":"2024-03-08T03:20:40","modified_gmt":"2024-03-08T03:20:40","slug":"enquete-passage-de-textes-interessants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/?p=33923","title":{"rendered":"enqu\u00eate : passage de textes int\u00e9ressants"},"content":{"rendered":"\n<p>Quelques passages des textes lu pour l&rsquo;enqu\u00eate que j&rsquo;ai trouv\u00e9 particuli\u00e8rement int\u00e9ressant. Ce sont les mots directe des autrices vues en classe.<\/p>\n\n\n\n<p>Sylvia fredirichi<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Chasse aux sorci\u00e8res et rationalisation capitaliste de la sexualit\u00e9<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>La r\u00e9pulsion que la sexualit\u00e9 non-procr\u00e9ative commen\u00e7ait \u00e0 inspirer transpara\u00eet bien dans le mythe de la vieille sorci\u00e8re volant sur son balai, qui, tout comme les animaux sur lesquels elle voyageait aussi (ch\u00e8vres, juments, chiens), \u00e9tait la projection d\u2019un p\u00e9nis en extension, symbole d\u2019une luxure d\u00e9brid\u00e9e. Cette imagerie trahit une nouvelle discipline sexuelle, qui d\u00e9niait \u00e0 la femme \u2018\u2019vieille et laide\u2019\u2019, ayant perdu sa fertilit\u00e9, le droit \u00e0 une vie sexuelle<\/p>\n\n\n\n<p>Cc Mais la pr\u00e9sence animale excessive dans la vie des sorci\u00e8res sugg\u00e8re aussi que les femmes se trouvaient \u00e0 un croisement (glissant) entre homme et animal, et non seulement la sexualit\u00e9 f\u00e9minine, mais la f\u00e9minit\u00e9 en tant que telle, \u00e9tait assimilable \u00e0 l\u2019animalit\u00e9. Pour parfaire le tout, les sorci\u00e8res \u00e9taient souvent accus\u00e9es de changer de forme et de se transformer en animaux, le \u2018\u2019familier\u2019\u2019 le plus souvent cit\u00e9 \u00e9tant le crapaud, qui, en tant que symbole du vagin, synth\u00e9tise la sexualit\u00e9, la bestialit\u00e9, la f\u00e9minit\u00e9 et le mal.<\/p>\n\n\n\n<p>La chasse aux sorci\u00e8res fut aussi le principal moyen d\u2019une restructuration g\u00e9n\u00e9rale de la vie sexuelle qui, conform\u00e9ment \u00e0 la nouvelle discipline du travail capitaliste, criminalisait toute activit\u00e9 sexuelle qui mena\u00e7ait la procr\u00e9ation, la transmission de la propri\u00e9t\u00e9 au sein de la famille, venait occuper le temps ou prendre de l\u2019\u00e9nergie destin\u00e9s au travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Les proc\u00e8s de sorci\u00e8res fournissent une liste instructive des formes de sexualit\u00e9 qui furent bannies comme \u2018\u2019non-productives\u2019\u2019 : l\u2019homosexualit\u00e9, le rapport sexuel entre personnes jeunes et \u00e2g\u00e9es ou entre des gens de classes diff\u00e9rentes, le coit anal, le coit par derri\u00e8re (r\u00e9put\u00e9 amener des rapports st\u00e9riles), la nudit\u00e9 et les danses. La sexualit\u00e9 publique et collective qui avait pr\u00e9valu au Moyen \u00c2ge fut aussi prohib\u00e9e, comme dans les f\u00eates du printemps aux origines paiennes qui, au XVIe si\u00e8cle, \u00e9taient toujours c\u00e9l\u00e9br\u00e9es dans toute l\u2019Europe. [\u2026] De la c\u00e9l\u00e9bration du premier mai en Angleterre, aux r\u00e9cits de sabbat habituels, qui accusent les sorci\u00e8res de toujours danser dans ces r\u00e9unions, de sauter en tout sens au son du pipeau et de la flute, et de s\u2019adonner \u00e0 force copulations et r\u00e9jouissances collectives.<\/p>\n\n\n\n<p>-Chasse aux sorci\u00e8res, chasse aux femmes et accumulation du travail<\/p>\n\n\n\n<p>La diff\u00e9rence la plus importante entre h\u00e9r\u00e9sie et sorcellerie est que la sorcellerie \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme un crime f\u00e9minin. Cela fut particuli\u00e8rement vrai \u00e0 l\u2019apog\u00e9e de la pers\u00e9cution, entre 1550 et 1650. Dans une premi\u00e8re p\u00e9riode, les hommes repr\u00e9sentaient jusqu\u2019\u00e0 40 % des accus\u00e9s et un plus petit nombre continua \u00e0 \u00eatre jug\u00e9 ensuite, principalement des vagabonds, des mendiants, des travailleurs itin\u00e9rants, des gitans et des pr\u00eatres de rand inf\u00e9rieur. Au XVIe si\u00e8cle, les accusations de satanisme \u00e9taient devenues un th\u00e8me commun dans les luttes politiques et religieuses<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le fait exceptionnel, c\u2019est que plus de 80 % des personnes jug\u00e9es et ex\u00e9cut\u00e9es en Europe au XVIe et au XVIIe si\u00e8cles pour des crimes de sorcellerie furent des femmes.<\/p>\n\n\n\n<p>les accusations de perversion sexuelle ou d\u2019infanticide jouaient un r\u00f4le central, \u00e9tant accompagn\u00e9es par la quasi-diabolisation des pratiques contraceptives.<\/p>\n\n\n\n<p>pratiquer des avortements et d\u2019appartenir \u00e0 une secte infanticide qui tuait les enfants et les offrait au diable. Dans l\u2019imaginaire populaire aussi, la sorci\u00e8re fut associ\u00e9e \u00e0 une femme \u00e2g\u00e9e et lubrique, hostile \u00e0 la vie nouvelle, qui se nourrissait de chair d\u2019enfants ou utilisait leurs corps pour en faire des potions magiques, un st\u00e9r\u00e9otype plus tard popularis\u00e9 par les livres pour enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>pourquoi est-ce que la transgression sociale et religieuse se recentra de mani\u00e8re pr\u00e9dominante sur les crimes reproductifs?<\/p>\n\n\n\n<p>MONA CHOLLET<\/p>\n\n\n\n<p>(d\u00e9but lu sur mon t\u00e9l\u00e9phone)<\/p>\n\n\n\n<p>UNE VICTIME DES MODERNES ET NON DES ANCIENS \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 vrai dire, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que les chasses aux sorci\u00e8res nous parlent de notre monde que nous avons d\u2019excellentes raisons de ne pas les regarder en face. S\u2019y risquer, c\u2019est se confronter au visage le plus d\u00e9sesp\u00e9rant de l\u2019humanit\u00e9. Elles illustrent d\u2019abord l\u2019ent\u00eatement des soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 d\u00e9signer r\u00e9guli\u00e8rement un bouc \u00e9missaire \u00e0 leurs malheurs, et \u00e0 s\u2019enfermer dans une spirale d\u2019irrationalit\u00e9, inaccessibles \u00e0 toute argumentation sens\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019accumulation des discours de haine et une hostilit\u00e9 devenue obsessionnelle justifient le passage \u00e0 la violence physique, per\u00e7ue comme une l\u00e9gitime d\u00e9fense du corps social. Elles illustrent, pour reprendre les mots de Fran\u00e7oise d\u2019Eaubonne, la capacit\u00e9 humaine \u00e0 \u00ab d\u00e9cha\u00eener un massacre par un raisonnement digne d\u2019un ali\u00e9n\u00e9 \u00bb.[5] La diabolisation des femmes qualifi\u00e9es de sorci\u00e8res eut d\u2019ailleurs beaucoup en commun avec l\u2019antis\u00e9mitisme. On parlait du \u00ab sabbat \u00bb ou de la \u00ab synagogue \u00bb des sorci\u00e8res; on les soup\u00e7onnait, comme les juifs, de conspirer pour d\u00e9truire la chr\u00e9tient\u00e9 et on les repr\u00e9sentait, comme eux, avec le nez crochu. En 1618, un greffier qui s\u2019ennuie lors d\u2019une ex\u00e9cution pr\u00e8s de Colmar dessine l\u2019accus\u00e9e dans la marge de son compte rendu : il la repr\u00e9sente avec une coiffure traditionnelle juive, \u00ab \u00e0 pendeloques, entour\u00e9e d\u2019\u00e9toiles de David \u00bb.[6]<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines accus\u00e9es \u00e9taient \u00e0 la fois des magiciennes et des gu\u00e9risseuses; un m\u00e9lange d\u00e9concertant \u00e0 nos yeux, mais qui allait de soi \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Elles jetaient ou levaient des sorts, fournissaient des philtres et des potions, mais elles soignaient aussi les malades et les bless\u00e9s, ou aidaient les femmes \u00e0 accoucher. Elles repr\u00e9sentaient le seul recours vers lequel le peuple pouvait se tourner et avaient toujours \u00e9t\u00e9 des membres respect\u00e9s de la communaut\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on assimile leurs activit\u00e9s \u00e0 des agissements diaboliques. Plus largement, cependant, toute t\u00eate f\u00e9minine qui d\u00e9passait pouvait susciter des vocations de chasseur de sorci\u00e8res. R\u00e9pondre \u00e0 un voisin, parler haut, avoir un fort caract\u00e8re ou une sexualit\u00e9 un peu trop libre, \u00eatre une g\u00eaneuse d\u2019une quelconque mani\u00e8re suffisait \u00e0 vous mettre en danger. Dans une logique famili\u00e8re aux femmes de toutes les \u00e9poques, chaque comportement et son contraire pouvaient se retourner contre vous : il \u00e9tait suspect de manquer la messe trop souvent, mais il \u00e9tait suspect aussi de ne jamais la manquer; suspect de se r\u00e9unir r\u00e9guli\u00e8rement avec des amies, mais aussi de mener une vie trop solitaire[10]\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019importe s\u2019il s\u2019agissait de femmes parfaitement inoffensives : leurs concitoyens \u00e9taient persuad\u00e9s qu\u2019elles d\u00e9tenaient un pouvoir de nuire sans limite. Dans La Temp\u00eate de Shakespear (1611), il est dit de l\u2019esclave Caliban que sa m\u00e8re \u00ab \u00e9tait une puissante sorci\u00e8re \u00bb, et Fran\u00e7ois Guizot pr\u00e9cisait \u00e0 ce sujet dans sa traduction de 1864 : \u00ab Dans toutes les anciennes accusations de sorcellerie en Angleterre, on trouve constamment l\u2019\u00e9pith\u00e8te strong associ\u00e9e au mot witch, comme une qualification sp\u00e9ciale et augmentative. Les tribunaux furent oblig\u00e9s de d\u00e9cider, contre l\u2019opinion populaire, que le mot strong n\u2019ajoutait rien \u00e0 l\u2019accusation. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>. Et, en effet, le r\u00e9cit des tortures est insoutenable; le corps d\u00e9sarticul\u00e9 par l\u2019estrapade, br\u00fbl\u00e9 par des si\u00e8ges en m\u00e9tal chauff\u00e9 \u00e0 blanc, les os des jambes bris\u00e9s par les brodequins, Les d\u00e9monologues recommandent de ne pas se laisser \u00e9mouvoir par les larmes, attribu\u00e9es \u00e0 une ruse diabolique et forc\u00e9ment feintes. Les chasseurs de sorci\u00e8res se montrent \u00e0 la fois obs\u00e9d\u00e9s et terrifi\u00e9s par la sexualit\u00e9 f\u00e9mini8ne. Les interrogateurs demandent inlassablement aux accus\u00e9es \u00ab comment \u00e9tait le p\u00e9nis du Diable \u00bb. Le Marteau des sorci\u00e8res affirme qu\u2019elles ont le pouvoir de faire dispara\u00eetre les sexes masculins et qu\u2019elles en conservent des collections enti\u00e8res dans des bo\u00eetes ou dans des nids d\u2019oiseau o\u00f9 ils fr\u00e9tillent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment<\/p>\n\n\n\n<p>LE D\u00c9SIR DE LA ST\u00c9RILIT\u00c9<\/p>\n\n\n\n<p>LE DERNIER BASTION DE LA \u00ab NATURE \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La procr\u00e9ation chez les couples h\u00e9t\u00e9rosexuels, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment la maternit\u00e9, est le dernier domaine o\u00f9, m\u00eame chez les protagonistes, l\u2019argument de la \u00ab nature \u00bb, dont nous avons appris \u00e0 nous m\u00e9fier partout ailleurs, r\u00e8gne en ma\u00eetre. On sait que, au fil des si\u00e8cles, les th\u00e8ses les plus fantaisistes \u2013 et les plus oppressives \u2013 ont \u00e9t\u00e9 justifi\u00e9es par les preuves \u00ab \u00e9videntes et indiscutables \u00bb qu\u2019\u00e9tait cens\u00e9e fournir l\u2019observation de la \u00ab nature \u00bb. Gustave Le Bon affirmait par exemple en 1879 : \u00ab Les cerveaux de nombre de femmes sont plus rapproch\u00e9s en taille de ceux des gorilles que des cerveaux m\u00e2les les plus d\u00e9velopp\u00e9s. Cette inf\u00e9riorit\u00e9 est si \u00e9vidente que nul ne peut la contester pour un moment; son degr\u00e9 seul vaut la peine d\u2019\u00eatre discut\u00e9[19]. Avec le recul, le caract\u00e8re ridicule de ce genre de consid\u00e9rations nous appara\u00eet clairement. D\u00e9sormais, on \u00e9vite de d\u00e9duire d\u2019une conformation physique un certain type de disposition, ou une injonction \u00e0 un comportement d\u00e9termin\u00e9. Dans les milieux progressistes, plus personne, par exemple, n\u2019irait expliquer aux gays et aux lesbiennes que leurs pratiques sexuelles sont probl\u00e9matiques, qu\u2019ils et elles d\u00e9sirent les mauvaises personnes et que leurs organes n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 con\u00e7us pour \u00eatre utilis\u00e9s de cette mani\u00e8re, \u00ab pardon mais vous avez mal lu le mode d\u2019emploi, la nature dit que\u2026 \u00bb. En revanche, d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit de femmes et de b\u00e9b\u00e9s, tout le monde se l\u00e2che : c\u2019est la f\u00eate du slip de la nature \u2013 si j\u2019ose dire.<\/p>\n\n\n\n<p>Elles ont un ut\u00e9rus : c\u2019est bien la preuve irr\u00e9futable qu\u2019elles doivent faire des enfants, n\u2019est-ce pas?<\/p>\n\n\n\n<p>On continue \u00e0 croire dur comme fer qu\u2019elles sont programm\u00e9es pour d\u00e9sirer \u00eatre m\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ut\u00e9rus sauteur a c\u00e9d\u00e9 la place dans les imaginaires \u00e0 cet organe myst\u00e9rieux appel\u00e9 \u00ab horloge biologique \u00bb,<\/p>\n\n\n\n<p>En outre, puisque leur corps offre aux femmes la possibilit\u00e9 de porter un enfant, la Nature veut \u00e9galement que ce soit \u00e0 elles de changer les couches de ladite ou dudit enfant apr\u00e8s sa naissance, de prendre les rendez-vous chez le p\u00e9diatre et aussi, tant qu\u2019on y est, de laver le sol de la cuisine, de faire les lessives et de penser \u00e0 racheter du papier hygi\u00e9nique pendant les vingt-cinq ann\u00e9es qui suivent. Cela s\u2019appelle l\u2019\u00ab instinct maternel \u00bb. Oui, la Nature commande tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment cela, et pas, par exemple, que la soci\u00e9t\u00e9, pour les remercier d\u2019assumer la plus grosse part dans la perp\u00e9tuation de l\u2019esp\u00e8ce, mette tout en \u0153uvre pour compenser les inconv\u00e9nients qui en d\u00e9coulent pour elles; mais alors pas du tout. Si vous avez compris cela, c\u2019est que vous avez mal \u00e9cout\u00e9 la Nature.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019IVRESSE DES CIMES<\/p>\n\n\n\n<p>TOUJOURS D\u00c9J\u00c0 VIEILLES<\/p>\n\n\n\n<p>ont fait \u00e9merger la question de l\u2019\u00e2ge dans le f\u00e9minisme fran\u00e7ais[24]. Mais il faut aussi parler de ce sentiment d\u2019obsolescence programm\u00e9e, de cette hantise de la p\u00e9remption qui marque toute l\u2019existence des femmes et qui leur est propre<\/p>\n\n\n\n<p>Pour une bonne part, la hantise de la p\u00e9remption chez les femmes concerne leur capacit\u00e9 \u00e0 enfanter, bien s\u00fbr. Et, \u00e0 premi\u00e8re vue, dans ce domaine, elle para\u00eet justifi\u00e9e par des donn\u00e9es biologiques : de plus grandes difficult\u00e9s \u00e0 tomber enceinte apr\u00e8s trente-cinq ans, de plus grands risques de malformation de l\u2019enfant apr\u00e8s quarante ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne se pr\u00e9occuper que de l\u2019\u00e2ge de la m\u00e8re revient \u00e0 renforcer un mod\u00e8le o\u00f9 la part \u00e9prouvante des soins et de l\u2019\u00e9ducation repose uniquement sur elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, l\u2019id\u00e9e, sans \u00e9quivalent pour les hommes, selon laquelle on ne peut \u00eatre r\u00e9ellement \u00ab femme \u00bb et \u00e9panouie que si on est m\u00e8re engendre une pression suppl\u00e9mentaire, qui n\u2019a rien de naturel.<\/p>\n\n\n\n<p>Armelle Le Bras-Choppard<\/p>\n\n\n\n<p>Les putains du Diable<\/p>\n\n\n\n<p>Sur les cendres des b\u00fbchers, naissance de l\u2019\u00c9tat moderne<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut donc que les femmes, en tant que telles, pr\u00e9sentent un r\u00e9el danger pour n\u2019avoir d\u2019autre solution que d\u2019en supprimer un maximum. Et qui peut les faire dispara\u00eetre l\u00e9galement si ce n\u2019est l\u2019autorit\u00e9 l\u00e9gitime.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019\u00c9glise de donner le coup d\u2019envoi, elle qui entend contr\u00f4ler l\u2019ensemble de la vie civile, les relations entre les sexes, le comportement des femmes en particulier, et leur corps si enclin \u00e0 la tentation<\/p>\n\n\n\n<p>Les sorci\u00e8res vont donc constituer un enjeu de pouvoir entre l\u2019\u00c9glise et l\u2019\u00c9tat,<\/p>\n\n\n\n<p>. R. Muchembled lie \u00e9galement le ph\u00e9nom\u00e8ne de la sorcellerie \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de l\u2019autonomie de l\u2019individu. C\u2019est partiellement exact, \u00e0 condition de pr\u00e9ciser que c\u2019est celle de l\u2019individu-homme qu\u2019il s\u2019agit de promouvoir. L\u2019\u00c9tat, qui se b\u00e2tira au masculin, doit d\u2019abord, pour s\u2019assurer la forme unisexe que nous lui connaissons encore largement aujourd\u2019hui, enrayer toute possibilit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019autonomie et du pouvoir aux femmes. Nous verrons donc comment la sorcellerie r\u00e9pond \u00e0 une peur, largement fantasm\u00e9e, d\u2019un pouvoir des femmes, puis comment, dans un jeu complexe entre l\u2019\u00c9glise et l\u2019\u00c9tat, la r\u00e9pression des sorci\u00e8res par les magistrats sert \u00e0 asseoir la souverainet\u00e9 \u00e9tatique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fantasme d\u2019une mont\u00e9 en puissance des femmes<\/p>\n\n\n\n<p>La crainte envers l\u2019esp\u00e8ce f\u00e9minine, que traduisent les proc\u00e8s de sorci\u00e8res, est n\u00e9e d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 diffuse et dont les hommes semblent prendre une conscience plus aigu\u00eb vers la fin du XVe si\u00e8cle : la place grandissante des femmes dans l\u2019espace social tout au long du Moyen \u00c2ge.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait croire que dans une soci\u00e9t\u00e9 dirig\u00e9e par les hommes, telle que la soci\u00e9t\u00e9 f\u00e9odale, le r\u00f4le des femmes devait \u00eatre r\u00e9duit; la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tait sensiblement diff\u00e9rente<\/p>\n\n\n\n<p>la nature faible et passive de la femme, a succ\u00e9d\u00e9, dans les travaux les plus r\u00e9cents, une autre image de celle-ci : un \u00eatre qui n\u2019\u00e9tait ni sans d\u00e9fense ni sans pouvoir. S\u2019il en \u00e9tait autrement, comment comprendre l\u2019acharnement des hommes contre des cr\u00e9atures si inoffensives?<\/p>\n\n\n\n<p>Au niveau le plus intime, les \u00e9poux devraient se trouver aussi sur le m\u00eame plan.<\/p>\n\n\n\n<p>l\u2019homme a droit au corps de la femme comme elle a droit \u00e0 celui du mari :<\/p>\n\n\n\n<p>La puissance diabolique de l\u2019\u00c9tat<\/p>\n\n\n\n<p>les sorci\u00e8res; dans l\u2019autre, la normalisation de la domination de toutes les femmes par le sexe fort<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la d\u00e9marche politique et scientifique qui va triompher d\u00e9finitivement par la suite, rel\u00e9guant la sorcellerie au rang des superstitions du pass\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<p>afin que l\u2019homme devienne \u00ab comme ma\u00eetre et possesseur de la nature \u00bb, selon la formule de Descartes.<\/p>\n\n\n\n<p>un homme est un \u00eatre humain; une femme n\u2019est pas un homme; donc une femme n\u2019appartient pas \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, du moins pas tout \u00e0 fait, donc ressort de cette nature \u00e0 ma\u00eetriser. Le nouveau discours peut se situer sans probl\u00e8me dans la continuit\u00e9 des assertions misogynes multis\u00e9culaires et, entre autres, celle des d\u00e9monologues<\/p>\n\n\n\n<p>Cette incapacit\u00e9 qui place l\u2019\u00e9pouse sous \u00ab tutelle \u00bb avec \u00ab ob\u00e9issance \u00bb au mari formalise un statut de la femme, dont nous avons not\u00e9 la d\u00e9gradation progressive depuis la fin du Moyen \u00c2ge. La grande hantise des hommes reste la libert\u00e9 des femmes : il ne s\u2019agit plus de br\u00fbler une bonne part de celles-ci comme au temps des sorci\u00e8res, mais la loi, d\u00e8s lors que l\u2019\u00c9tat est en mesure, au nom de sa souverainet\u00e9, de la promulguer et de la faire appliquer, est un moyen qui permet de brider l\u2019autonomie de toutes les femmes. Emp\u00each\u00e9es d\u2019avoir un pouvoir r\u00e9el, elles perdent cette puissance qu\u2019en des temps d\u2019incertitude sur leur identit\u00e9 les hommes leur avaient imagin\u00e9e : les sorci\u00e8res peuvent dispara\u00eetre. Le balai qui leur servait \u00e0 s\u2019envoler du foyer sera d\u00e9sormais utilis\u00e9 par les femmes\u2026 pour balayer, retrouvant une affectation qu\u2019il n\u2019aurait jamais d\u00fb perdre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelques passages des textes lu pour l&rsquo;enqu\u00eate que j&rsquo;ai trouv\u00e9 particuli\u00e8rement int\u00e9ressant. Ce sont les mots directe des autrices vues en classe. 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