{"id":32312,"date":"2023-12-16T02:54:24","date_gmt":"2023-12-16T02:54:24","guid":{"rendered":"https:\/\/ethique-rlaroche.profweb.ca\/?p=32312"},"modified":"2024-01-27T14:05:35","modified_gmt":"2024-01-27T14:05:35","slug":"indignation-un-gouvernement-avide-de-terres-ancestrales","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/?p=32312","title":{"rendered":"Indignation : un gouvernement avide de terres ancestrales"},"content":{"rendered":"\n<p><em>\u00abLa municipalit\u00e9, pour prot\u00e9ger un club de golf priv\u00e9 qui veut s\u2019agrandir sur des terres publiques, est en train de cr\u00e9er un climat de violence dans notre village que ni les Mohawks r\u00e9sidents ni les Blancs, nous ne voulons.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Citoyen d\u2019Oka<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Notre gouvernement canadien actuel descend d\u2019un peuple colonisateur. En arrivant aux Am\u00e9riques, il a impos\u00e9 sa sup\u00e9riorit\u00e9 aux Premi\u00e8res Nations qui y habitaient d\u00e9j\u00e0 depuis des mill\u00e9naires tout en r\u00e9quisitionnant des terres pour \u00e9tablir ses colonies. Au fil du temps, la gourmandise de l&rsquo;\u00c9tat envers les territoires autochtones n\u2019a malheureusement pas diminu\u00e9. \u00c0 plusieurs reprises, le pouvoir en place a tent\u00e9 de s\u2019emparer des terres ancestrales des Premi\u00e8res Nations pour ses propres int\u00e9r\u00eats (souvent \u00e9conomiques). Personnellement, je trouve cela aberrant qu\u2019un peuple s\u2019autorise \u00e0 prendre possession des biens d\u2019un autre. \u00c0 travers l\u2019emprisonnement des Premi\u00e8res Nations dans des r\u00e9serves et les \u00e9v\u00e9nements de la crise d\u2019Oka, je tenterai donc d&rsquo;analyser le sentiment d\u2019indignation qui m\u2019habite.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, il est important de comprendre les motivations qui ont pouss\u00e9 l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 s\u2019approprier les terres des autochtones et \u00e0 les regrouper volontairement dans des r\u00e9serves. Comme je l\u2019ai dit plus t\u00f4t, l\u2019incitatif principal est \u00e9conomique. En effet, au XVIIe si\u00e8cle, les immenses territoires de chasse des Premi\u00e8res Nations ont une valeur mon\u00e9taire tr\u00e8s importante \u00e0 cause de la quantit\u00e9 faramineuse de bois qui s&rsquo;y trouve ainsi que des peaux de gibier, tr\u00e8s pris\u00e9es \u00e0 cette \u00e9poque. Le gouvernement souhaitant exploiter rapidement ces ressources, la coupe \u00e0 blanc et la chasse intensive deviennent des pratiques courantes. Plus tard, ce sont les mines et les rivi\u00e8res pour l\u2019hydro-\u00e9lectricit\u00e9 qui poussent les gouvernements \u00e0 vouloir garder le contr\u00f4le sur ces territoires. \u00c9videmment, ces techniques d\u2019exploitation ne sont pas durables et ne permettent pas \u00e0 la nature de se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer. La cons\u00e9quence principale en ce qui a trait aux cultures autochtones est donc une destruction de leur territoire de chasse et une rar\u00e9faction du gibier. La nourriture se faisant de plus en plus rare, une grande famine se met peu \u00e0 peu \u00e0 ravager les Premi\u00e8res Nations. Pour pallier le probl\u00e8me qu\u2019il a lui-m\u00eame cr\u00e9\u00e9, l&rsquo;\u00c9tat instaure donc des \u00abbons de nourriture\u00bb qui permettent \u00e0 chaque clan d\u2019obtenir des victuailles. Cependant, pour avoir acc\u00e8s \u00e0 ces bons, les autochtones devaient obligatoirement se regrouper en bandes (dans les r\u00e9serves) et \u00e9lire un chef qui les repr\u00e9senterait. Cette \u00absolution\u00bb cr\u00e9e donc un autre probl\u00e8me puisque les Autochtones, incapables de se nourrir de fa\u00e7on autonome, deviennent enti\u00e8rement d\u00e9pendants de l\u2019\u00c9tat pour survivre.\u00a0 Bref, le gouvernement, contr\u00f4l\u00e9 par les enjeux et la croissance \u00e9conomiques, a engendr\u00e9 une terrible famine qu\u2019il \u00e9tait oblig\u00e9 de r\u00e9gler. Pour ce faire, il n\u2019a pas laiss\u00e9 d\u2019autre choix aux Autochtones que de d\u00e9laisser l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de leur mode de vie traditionnel pour s\u2019entasser dans des r\u00e9serves. Je ne peux pas m\u2019emp\u00eacher de me r\u00e9volter int\u00e9rieurement contre les actions pos\u00e9es par notre gouvernement. J\u2019y vois un manque de consid\u00e9ration cruel envers les terres ancestrales et le mode de vie des cultures autochtones en plus de ressentir un certain malaise puisque je suis moi-m\u00eame issu de ce peuple colonisateur. En effet, malgr\u00e9 le fait que je ne sois pas personnellement responsable de cet \u00e9tat de fait, je ressens une honte et une culpabilit\u00e9 grandissante puisque je descends du peuple qui a commis ces atrocit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de la crise d\u2019Oka, qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e du 11 juillet au 26 septembre 1990, le gouvernement n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 plus empathique face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des Premi\u00e8res Nations. Cet \u00e9v\u00e9nement, beaucoup plus r\u00e9cent, est un autre exemple poignant du manque de compassion profond de l\u2019\u00c9tat envers certaines terres sacr\u00e9es. Encore une fois, l\u2019incitatif principal \u00e9tait \u00e9conomique puisque le projet envisag\u00e9 visait \u00e0 construire une soixantaine d\u2019habitations luxueuses et \u00e0 agrandir un terrain de golf. \u00c9videmment, les promoteurs immobiliers n\u2019avaient pas \u00e0 c\u0153ur la pr\u00e9servation du cimeti\u00e8re et des terres ancestrales sur lesquelles allait s\u2019\u00e9tendre leur projet. Pour contester cette d\u00e9cision, plusieurs activistes mohawks d\u00e9cident, pouss\u00e9s par leur communaut\u00e9, d\u2019\u00e9riger de nombreux barrages sur des axes routiers importants. Au lieu de reconsid\u00e9rer le projet immobilier, le gouvernement a fait appel \u00e0 la S\u00fbret\u00e9 du Qu\u00e9bec et m\u00eame \u00e0 l\u2019arm\u00e9e canadienne pour r\u00e9gler cette crise par la force. C\u2019est l\u2019aspect de la crise d\u2019Oka qui m\u2019indigne le plus. Je n\u2019arrive pas \u00e0 croire que la premi\u00e8re solution mise de l\u2019avant par le gouvernement pour r\u00e9gler cette crise fut l\u2019utilisation de la violence. Pour moi, les demandes des Warriors (les militants mohawks) \u00e9taient tout \u00e0 fait l\u00e9gitimes et je trouve que la r\u00e9action de l\u2019\u00c9tat est l\u00e2che. Suite \u00e0 mes recherches sur cet \u00e9v\u00e9nement marquant de l\u2019Histoire du Qu\u00e9bec, mon indignation face aux d\u00e9cisions du gouvernement est plus forte que jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019ailleurs, pour certains, une indignation aussi intense peut \u00eatre un moteur d\u2019action, une motivation pour faire changer les choses. Malheureusement, en toute honn\u00eatet\u00e9, je suis forc\u00e9 d\u2019admettre que mon indignation personnelle envers cette cause ne suffira pas \u00e0 ce que je devienne un militant. La raison est simple, le militantisme repr\u00e9sente un investissement de temps consid\u00e9rable et je ne suis pas assez impliqu\u00e9 personnellement dans cette cause pour y consacrer suffisamment de temps. De plus, je ne serais pas en mesure de mettre de c\u00f4t\u00e9 mes ambitions pour militer avec ferveur pour une cause qui ne me concerne pas directement. Ce raisonnement peut para\u00eetre \u00e9go\u00efste et individualiste, mais selon moi, il y a trop de causes \u00e0 d\u00e9fendre pour une seule personne. Il faut obligatoirement choisir ses combats. Bref, je suis pris dans un dilemme moral et \u00e9thique entre la poursuite de mes r\u00eaves et mon devoir de m\u2019insurger contre les injustices de ce monde.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour conclure cette analyse, il serait int\u00e9ressant de s\u2019attarder au r\u00f4le jou\u00e9 par nos institutions dans la transmission des \u00e9v\u00e9nements historiques concernant les peuples autochtones. Dans les derni\u00e8res ann\u00e9es, on observe heureusement un effort de la part du gouvernement pour reconna\u00eetre les torts qu\u2019il a commis dans le pass\u00e9. Personnellement, je crois que nos institutions (en particulier le syst\u00e8me d\u2019\u00e9ducation) peuvent contribuer \u00e0 cet effort de reconnaissance. En informant la population (surtout les jeunes) des atrocit\u00e9s qu\u2019ont subies les autochtones, notre soci\u00e9t\u00e9 pourra militer collectivement afin de renouer et de rendre aux Premi\u00e8res Nations ce qui leur revient. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, je suis persuad\u00e9 qu\u2019il sera possible, un jour, de se r\u00e9concilier avec les peuples autochtones.<\/p>\n\n\n\n<p>1054 mots<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Sources : <\/p>\n\n\n\n<p>Louise Beaudoin, \u00abLe 26 septembre 1990 se terminait la crise d\u2019Oka\u00bb, 10 juillet 2020, dans Radio-Canada<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/ici.radio-canada.ca\/nouvelle\/1718260\/crise-oka-warriors-mohawks-kanesatake-kanahwake-autochtones-archives\">https:\/\/ici.radio-canada.ca\/nouvelle\/1718260\/crise-oka-warriors-mohawks-kanesatake-kanahwake-autochtones-archives<\/a>  (consult\u00e9 le 8 d\u00e9cembre 2023) <\/p>\n\n\n\n<p>Fred Glover, \u00abTraite des fourrures au Canada\u00bb, 15 janvier 2020, dans L\u2019Encyclop\u00e9die Canadienne, <a href=\"https:\/\/www.thecanadianencyclopedia.ca\/fr\/article\/traite-des-fourrures-au-canada-resume-en-termes-simples#:~:text=La%20traite%20des%20fourrures%20a,chapeaux%20de%20fourrure%20en%20Europe\">https:\/\/www.thecanadianencyclopedia.ca\/fr\/article\/traite-des-fourrures-au-canada-resume-en-termes-simples#:~:text=La%20traite%20des%20fourrures%20a,chapeaux%20de%20fourrure%20en%20Europe<\/a>. (consult\u00e9 le 15 d\u00e9cembre)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0Alexi Riopel et Antoine B\u00e9land, \u00abLa crise d\u2019Oka, jour par jour\u00bb, 9 juillet 2020 dans Le Devoir, <a href=\"https:\/\/www.ledevoir.com\/documents\/special\/2020-07-09-crise-oka-jour-par-jour\/index.html\">https:\/\/www.ledevoir.com\/documents\/special\/2020-07-09-crise-oka-jour-par-jour\/index.html<\/a> (consult\u00e9 le 10 d\u00e9cembre 2023)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Image de la toute premi\u00e8re r\u00e9serve au Qu\u00e9bec.<\/p>\n","protected":false},"author":670,"featured_media":32311,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[356],"tags":[316,354],"class_list":["post-32312","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-automne-2023","tag-cultures-autochtones","tag-redaction-finale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/32312","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/670"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=32312"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/32312\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":32313,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/32312\/revisions\/32313"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/32311"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=32312"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=32312"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=32312"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}