{"id":27378,"date":"2022-11-04T16:28:39","date_gmt":"2022-11-04T16:28:39","guid":{"rendered":"https:\/\/ethique-rlaroche.profweb.ca\/?p=27378"},"modified":"2024-01-30T22:38:40","modified_gmt":"2024-01-30T22:38:40","slug":"apprendre-a-dire-kuei","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/?p=27378","title":{"rendered":"Apprendre \u00e0 dire kuei"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9chantillonnage autour des questions : <\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Qu&rsquo;est-ce qui en nous, nuit \u00e0 la relation avec les peuples autochtones? <\/li>\n\n\n\n<li>Serait-il possible de nous disposer \u00e0 entrer en relation?<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"http:\/\/www.philo-cvm.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Nouvel-enregistrement-11.m4a\"><\/audio><figcaption class=\"wp-element-caption\">ILLUMINATION (pas full bien expliqu\u00e9e mais spontan\u00e9e) en date du 21 novembre<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-rich is-provider-spotify wp-block-embed-spotify wp-embed-aspect-21-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe title=\"Spotify Embed: KANEN PAROLE 1\" style=\"border-radius: 12px\" width=\"100%\" height=\"152\" frameborder=\"0\" allowfullscreen allow=\"autoplay; clipboard-write; encrypted-media; fullscreen; picture-in-picture\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed\/track\/2jh1P2wMteOE2JXI6dZBFQ?si=c9a64a65eb0a4627&#038;utm_source=oembed\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Voir l&rsquo;album \u00abL&rsquo;amour\u00bb de Phil\u00e9mon Cimon pour faire des liens avec l&rsquo;enqu\u00eate<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c0 consulter : <\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Je suis une maudite sauvagesse par An Antane Kapesh<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>L&rsquo;oeil du ma\u00eetre de Dalie Giroux<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.philo-cvm.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/image-12.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-27748\" width=\"277\" height=\"392\" srcset=\"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/image-12.png 400w, https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/image-12-212x300.png 212w\" sizes=\"auto, (max-width: 277px) 100vw, 277px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Cabaret des vari\u00e9t\u00e9s litt\u00e9raires - Dalie Giroux\" width=\"525\" height=\"295\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/gplmLuRwlXM?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><figcaption class=\"wp-element-caption\">Balado : Dalie Giroux qui lit des extraits du livre ci-dessus <em>L&rsquo;oeil du ma\u00eetre<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Quelques articles de r\u00e9f\u00e9rence par Dalie Giroux : <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-background\" style=\"background-color:#fac52861\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"has-small-font-size\"><a href=\"https:\/\/erudit-vieuxmtl.proxy.collecto.ca\/fr\/revues\/globe\/2012-v15-n1-2-globe0483\/1014635ar\/\">https:\/\/erudit-vieuxmtl.proxy.collecto.ca\/fr\/revues\/globe\/2012-v15-n1-2-globe0483\/1014635ar\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Le territoire de l\u2019\u00e2me, l\u2019\u00e9criture, la mati\u00e8re. Politique de la parole de Pierre Perrault &#8211; Dalie Giroux<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques extraits de l&rsquo;essai qui pourraient \u00eatre utiles pour mon enqu\u00eate :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Le refus de nommer, de repr\u00e9senter, de coloniser, d\u2019\u00e9crire est explicite chez Perrault qui dit, \u00e0 propos de son cin\u00e9ma&nbsp;: \u00ab&nbsp;j\u2019ai abdiqu\u00e9 l\u2019\u00e9criture et confi\u00e9 \u00e0 la cam\u00e9ra le soin de d\u00e9crire leur r\u00e9alit\u00e9. \u00c0 leur parlure de les nommer&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;36). Et encore&nbsp;: \u00ab&nbsp;et tout compte fait, dans mes films, je ne prends pas la parole, je la donne&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;16).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(Est-ce qu&rsquo;on essaie pas de faire une fiction de l&rsquo;histoire des peuples autochtones? Voir comparaison entre An Antane Kapesh et Rapport)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Sous la formule du refus de la fiction, Perrault d\u00e9fend en somme<br>dans l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie de sa pratique cin\u00e9matographique l\u2019\u00e9ternit\u00e9 du territoire<br>de l\u2019\u00e2me. Cette d\u00e9fense implique n\u00e9cessairement une forme de programme<br>politique, avec ses valeurs, ses concepts, ses propositions, ses strat\u00e9gies et ses<br>tactiques. Deleuze indique bien d\u2019ailleurs un lien entre la th\u00e9orie de la<br>repr\u00e9sentation manifeste dans la pratique de Pierre Perrault et une certaine<br>concep tion de l\u2019action politique. Il la d\u00e9finit ainsi :<br>Ainsi, quand Perrault critique toute fiction, c\u2019est au sens o\u00f9 elle forme<br>un mod\u00e8le de v\u00e9rit\u00e9 pr\u00e9\u00e9tabli, qui exprime n\u00e9cessairement les id\u00e9es<br>dominantes ou le point de vue du colonisateur, m\u00eame quand elle est<br>forg\u00e9e par l\u2019auteur du film. La fiction est ins\u00e9parable d\u2019une \u00ab v\u00e9n\u00e9ra &#8211;<br>tion \u00bb qui la pr\u00e9sente pour vraie, dans la religion, dans la soci\u00e9t\u00e9, dans<br>le cin\u00e9ma, dans les syst\u00e8mes d\u2019images. Jamais le mot de Nietzsche,<br>\u00ab supprimez vos v\u00e9n\u00e9rations \u00bb, n\u2019a \u00e9t\u00e9 aussi bien entendu que par<br>Perrault. Quand Perrault s\u2019adresse \u00e0 ses personnages r\u00e9els du Qu\u00e9bec,<br>ce n\u2019est pas seulement pour \u00e9liminer la fiction, mais pour la lib\u00e9rer du<br>mod\u00e8le de v\u00e9rit\u00e9 qui la p\u00e9n\u00e8tre, et retrouver au contraire la pure et<br>simple fonction de fabulation qui s\u2019oppose \u00e0 ce mod\u00e8le. Ce qui s\u2019op &#8211;<br>pose \u00e0 la fiction, ce n\u2019est pas le r\u00e9el, ce n\u2019est pas la v\u00e9rit\u00e9 qui est tou &#8211;<br>jours celle des ma\u00eetres ou des colonisateurs, c\u2019est la fonction fabula &#8211;<br>trice des pauvres, en tant qu\u2019elle donne au faux la puissance qui en fait<br>une m\u00e9moire, une l\u00e9gende, un monstre26.<br>R\u00e9f\u00e9rant \u00e0 un imaginaire progressiste et succombant \u00e0 sa propre tentation<br>m\u00e9taphysique, Deleuze estime que le geste cin\u00e9matographique de Perrault<br>consiste \u00e0 lib\u00e9rer la fonction fabulatrice des pauvres, \u00e0 la lib\u00e9rer des griffes de<br>la fiction imp\u00e9riale. Perrault serait selon lui une avant-garde po\u00e9tique de la<br>r\u00e9volution, un lib\u00e9rateur de l\u2019imaginaire populaire, un contempteur de la<br>v\u00e9rit\u00e9 qui est toujours celle des ma\u00eetres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Je pense que Deleuze ici ne se trompe peut-\u00eatre pas tout \u00e0 fait,<br>mais quand m\u00eame un peu. D\u2019abord, dans le projet du cin\u00e9ma v\u00e9cu, il me<br>semble que ce sont plut\u00f4t ces cultivateurs, ces p\u00eacheurs et ces chasseurs, ces<br>habitants, ces Autochtones, ces pauvres, ces demeur\u00e9s, ces vieux concombres,<br>ces marginaux, ces illettr\u00e9s, ces vaincus, ces d\u00e9fricheurs de pays, ces construc &#8211;<br>teurs de pourrillons qui lib\u00e8rent Pierre Perrault de la fiction imp\u00e9riale, qui lui<br>donnent acc\u00e8s aux arcanes de la m\u00e9moire inaugurale. Je pense que ces<br>intercesseurs sont pour Perrault tout sauf des pauvres dont il faudrait lib\u00e9rer<br>la fonction de fabulation. Ce serait plut\u00f4t le pr\u00e9sent qu\u2019il faudrait lib\u00e9rer de<br>la fiction imp\u00e9riale, par l\u2019amour et par la m\u00e9moire, en pla\u00e7ant le cam\u00e9ramage<br>au milieu de la parole. Lib\u00e9rer leurs fils locataires peut-\u00eatre, leurs fils lettr\u00e9s,<br>professionnels, engag\u00e9s, d\u00e9localis\u00e9s, d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s, souverains culturels, mais<br>pas ces p\u00e8res pauvres, surtout pas eux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Principe d\u2019amiti\u00e9. Dans une r\u00e9plique \u00e0 Paul Warren qui lui repro &#8211;<br>che de mettre en sc\u00e8ne les gens qu\u2019il filme, les \u00e9loignant par l\u00e0 de leur r\u00e9alit\u00e9<br>pour en faire des personnages de fiction, Pierre Perrault souligne la fonction<br>d\u2019amiti\u00e9 qui inspire ses projets documentaires : \u00ab J\u2019essaie de rejoindre le<br>meilleur de chacun. De les filmer en \u00e9tat de gr\u00e2ce. L\u00e0 est la v\u00e9rit\u00e9 de chacun.<br>Et je ne filme jamais que des gens que j\u2019aime, que je trouve beaux. Que j\u2019ap &#8211;<br>prouve. Qui me r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 moi-m\u00eame6 \u00bb. Et plus loin, il ajoutera \u00e0 ce m\u00eame<br>propos : \u00ab J\u2019ob\u00e9is \u00e0 mes amiti\u00e9s. Je filme ce que j\u2019aime7 \u00bb. Il s\u2019agit donc pour<br>Perrault, dans cette r\u00e9alit\u00e9 qui s\u2019oppose \u00e0 la fiction, d\u2019un \u00e9tat de gr\u00e2ce : les<br>per sonnages sont mis en image, encadr\u00e9s, dans ce qui pourrait \u00eatre dit leur<br>puis sance maximale. Cette puissance prend \u00e0 sa cr\u00eate la forme de l\u2019expression<br>pure de la fabulation, et celle-ci ne peut \u00eatre saisie que dans l\u2019espace relation &#8211;<br>nel que produit l\u2019amiti\u00e9. La v\u00e9rit\u00e9 des gens se r\u00e9v\u00e8le dans le regard aimant,<br>celui de la \u00ab cam\u00e9ra fraternelle \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">L\u2019auteur ne doit donc pas se faire l\u2019ethnologue de son peuple, pas plus<br>qu\u2019inventer lui-m\u00eame une fiction qui serait encore une histoire<br>priv\u00e9e : car toute fiction personnelle, comme tout mythe imperson &#8211;<br>nel, est du c\u00f4t\u00e9 des \u00ab ma\u00eetres \u00bb. C\u2019est ainsi qu\u2019on voit Rocha d\u00e9truire<br>du dedans les mythes, et Perrault d\u00e9noncer toute fiction qu\u2019un auteur<br>pourrait cr\u00e9er. Il reste \u00e0 l\u2019auteur la possibilit\u00e9 de se donner des \u00ab inter &#8211;<br>cesseurs \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de prendre des personnages r\u00e9els et non fictifs,<br>mais en les mettant eux-m\u00eames en \u00e9tat de \u00ab fictionner \u00bb, de \u00ab l\u00e9gen &#8211;<br>der \u00bb, de \u00ab fabuler \u00bb. L\u2019auteur fait un pas vers ses personnages, mais les<br>personnages font un pas vers l\u2019auteur : double devenir. La fabulation<br>n\u2019est pas un mythe impersonnel, mais ce n\u2019est pas non plus une fic &#8211;<br>tion personnelle : c\u2019est une parole en acte, un acte de parole par lequel<br>le personnage ne cesse de franchir la fronti\u00e8re qui s\u00e9parait son af faire<br>priv\u00e9e de la politique, et produit lui-m\u00eame des \u00e9nonc\u00e9s collectif<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(Gilles DELEUZE, Cin\u00e9ma 2. L\u2019image-temps, Paris, Minuit, 1985, p. 289)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">La diff\u00e9rence r\u00e9volutionnaire de la fabulation, ce que Deleuze appelle \u00ab dou &#8211;<br>ble devenir \u00bb, est le c\u0153ur de la pratique cin\u00e9matographique de Perrault, de la<br>m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019elle d\u00e9finit la m\u00e9thode ex\u00e9g\u00e9tique de Gilles Deleuze. Il<br>faut aimer ses personnages, il faut aimer ses auteurs \u2013 l\u2019amiti\u00e9 est le canal du<br>double devenir, et c\u2019est ce double devenir qui est producteur d\u2019\u00e9nonc\u00e9s<br>collectifs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Il y va de cette mani\u00e8re d\u2019une conception de la connaissance selon<br>laquelle la production d\u2019\u00e9nonc\u00e9s vrais exige une disposition \u00e9rotique<br>particuli\u00e8re, et selon laquelle, en cons\u00e9quence, la v\u00e9rit\u00e9 ne peut advenir que<br>de mani\u00e8re relationnelle, et donc au pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">L\u2019esprit ne pense pas le monde en parcourant l\u2019espace, en \u00e9coulant le<br>temps, mais en passant d\u2019un lieu \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un temps \u00e0 un espace,<br>d\u2019une chose \u00e0 l\u2019autre. Le montage, c\u2019est un peu le travail de l\u2019esprit sur<br>la mati\u00e8re. C\u2019est ne pas se laisser ligoter par l\u2019image sainte ou la parole<br>d\u2019\u00e9vangile. Le montage, c\u2019est une transgression de la chronologie,<br>donc une r\u00e9flexion. Une r\u00e9flexion sur la m\u00e9moire. Ou plut\u00f4t une<br>r\u00e9flexion sur la r\u00e9alit\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9moire inaugurale. Nous entrons<br>de plain-pied dans le territoire de l\u2019\u00e2me. Un territoire \u00e0 explorer. \u00c0<br>r\u00e9aliser. \u00c0 inaugurer. Comme Cartier inaugure un fleuve en notre<br>faveur. Par le r\u00e9cit du voyage11. (. Pierre PERRAULT, Cin\u00e9aste de la parole. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Entretiens avec Paul Warren, op. cit., p. 93)<br>Perrault insiste en particulier sur la transgression de la chronologie, qui serait<br>une fa\u00e7on d\u2019entrer dans cette autre dimension qu\u2019il appelle le territoire de<br>l\u2019\u00e2me. Dans cette dimension, la m\u00e9moire et la r\u00e9alit\u00e9 manifestent leur soli &#8211;<br>darit\u00e9 dans des images-sons qui oscillent entre le tactile et l\u2019insondable, entre<br>l\u2019espace et le temps, entre le lieu et l\u2019origine. Ces images-sons font l\u2019effet d\u2019un<br>v\u00e9cu radicalement pr\u00e9sent et situ\u00e9 et pourtant \u00e9ternel comme l\u2019\u00e9cho du<br>monde. Comme une promesse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Le cadre de<br>l\u2019image du cin\u00e9ma v\u00e9cu est lim\u00e9, il fuit : l\u2019\u00e9quipe de tournage est avec la com &#8211;<br>munaut\u00e9 de p\u00eacheurs et le spectateur est avec cette \u00e9quipe de tournage et ces<br>p\u00eacheurs, dans l\u2019humanit\u00e9 et non devant la divinit\u00e9. Il n\u2019y a plus de spectacle,<br>il n\u2019y a qu\u2019une exigence \u2013 celle de nommer ce que l\u2019on ne conna\u00eet pas, cette<br>mati\u00e8re23.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">\u00ab Qui voudrait \u00e9changer sa m\u00e8re pour une actrice24 ? \u00bb <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">C\u2019est\u00e0-dire : qui pr\u00e9f\u00e8re la fiction \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong>Quand Perrault proclame que son ma\u00eetre est la parole populaire27, il signifie<br>son ardent d\u00e9sir de conjurer l\u2019ali\u00e9nation mentale impos\u00e9e par les ma\u00eetres, son<br>souhait de battre le mensonge de la fiction colonisatrice par l\u2019humble v\u00e9rit\u00e9<br>de la parole vivante. Il y a une conception libertaire du langage dans sa pen &#8211;<br>s\u00e9e.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">La notion d\u2019\u00e9criture incarne ainsi dans la pens\u00e9e de Perrault le vi &#8211;<br>sage multiforme de l\u2019oppression. Elle nomme le syst\u00e8me linguistique des<br>grands accumulateurs de puissance qui hantent la parole ordinaire : Paris, sa<br>grande litt\u00e9rature et ses imitateurs ; Rome, son royaume hors de ce monde et<br>ses petits clercs ; Hollywood, son sc\u00e9nario de film et son industrie culturelle ;<br>Ottawa, son f\u00e9d\u00e9ralisme rentable et ses rois n\u00e8gres ; la Iron Ore Company,<br>son argent et ses bo\u00eetes \u00e0 lunch. Ce que Perrault nomme \u00e9criture est le mode<br>po\u00e9tique ou la forme mentale de l\u2019appropriation imp\u00e9rialiste, chr\u00e9tienne,<br>capitaliste et f\u00e9d\u00e9rale, cette repr\u00e9sentation sacr\u00e9e29 qui occupe le territoire de<br>l\u2019\u00e2me, qui ruine la fonction po\u00e9tique populaire. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Quand l\u2019image propose une fiction qui se pr\u00e9tend r\u00e9elle (la reli &#8211;<br>gion, l\u2019empire, les Expos, les jeux olympiques, Brigitte Bardot et Marilyn<br>Monroe, le spectaculaire, les images plus grandes que nature, Snoopy, les<br>dau phins bleus de Floride qui font du cirque dans un aquarium Alcan), elle<br>est le lieu possible et av\u00e9r\u00e9 de l\u2019id\u00e9ologie, du texte autoritaire, de l\u2019\u00e9criture qui<br>\u00e9crase la vie sur elle-m\u00eame. L\u2019\u00e9criture qui envahit le territoire de l\u2019\u00e2me, \u00e0 dis &#8211;<br>tance, pour des int\u00e9r\u00eats qui n\u2019ont rien \u00e0 voir aux vies qu\u2019elle met ainsi en<br>sc\u00e8ne, rien en commun avec les paroles qu\u2019elle conjure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Non seulement l\u2019\u00e9criture imp\u00e9riale est un facteur d\u2019oubli de la parole, mais<br>elle est une force active et consciente de destruction de la facult\u00e9 de parler, de<br>fabuler, d\u2019inventer. Perrault vit cette destruction \u00e0 la fois comme une d\u00e9faite<br>politique et comme une douleur intime, soulignant parfois de mani\u00e8re socra &#8211;<br>tique le caract\u00e8re humiliant de \u00ab ce ph\u00e9nom\u00e8ne qui pollue l\u2019\u00e2me et le<br>langage34 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong>Il y a d\u2019une part les images produites par les puissances accumul\u00e9es, <br>r\u00e9ifi\u00e9es, f\u00e9tichis\u00e9es, plus grandes que<br>nature, ces fictions qui embaument le v\u00e9cu ali\u00e8nent le pr\u00e9sent, et il y a<br>d\u2019autre part les images qui r\u00e9sistent, qui habitent, qui arrivent par le vaisseau<br>de la parole.<\/strong> Il y a d\u2019une part les puissances de capture, l\u2019\u00c9glise, l\u2019\u00c9tat, le<br>Capital, et d\u2019autre part la machine de guerre, le v\u00e9cu ordinaire, la puissance<br>qui fuit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong>Le cin\u00e9ma v\u00e9cu est une prise en charge politique du probl\u00e8me de la repr\u00e9 &#8211;<br>sentation et une prise de position radicale en faveur <\/strong>du r\u00e9gional, du vernacu &#8211;<br>laire, <strong>de l\u2019oral <\/strong>\u2013 en faveur d\u2019une certaine id\u00e9e de la libert\u00e9. <strong>\u00ab J\u2019ai propos\u00e9 une<br>voie, une fa\u00e7on de regarder les hommes. Une fa\u00e7on d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019\u00e9criture<br>imp\u00e9riale. De ne pas me sentir ali\u00e9n\u00e9 par l\u2019\u00e9criture35\u2026 \u00bb. Cin\u00e9ma en voyage<br>au pays du peuple, l\u2019image qui en surgit est le fruit d\u2019une conjuration de la<br>fiction en faveur de la r\u00e9alit\u00e9. Par amour fraternel pour ceux qui parlent.<br>Pour entendre cette parole d\u00e9pouill\u00e9e des fictions imp\u00e9riales, \u00e0 tout prix.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Pour activer la m\u00e9moire inaugurale. Pour se rappeler, surtout, que la fonction<br>po\u00e9tique populaire existe toujours, comme une promesse de lib\u00e9ration.<br>Le penseur cr\u00e9e alors un langage cin\u00e9matographique, une lit &#8211;<br>t\u00e9rature du futur qui ne remplace pas une repr\u00e9sentation par une autre, mais<br>qui d\u00e9sali\u00e8ne la vie symbolique. <strong>\u00ab [Le personnage dans mes films] se<br>repr\u00e9sente lui-m\u00eame. Et m\u00eame si j\u2019\u00e9tais le seul spectateur de mes films je ne<br>les renierais pas parce que je pr\u00e9f\u00e8re les hommes de chair et de sang \u00e0 leur<br>repr\u00e9sentation36 \u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">En ce sens, l\u2019entreprise de Perrault ne nomme pas tout simple &#8211;<br>ment quelque chose qui serait la nation, elle ne rabat pas b\u00eatement sur elle<br>m\u00eame l\u2019identit\u00e9 nationale en prenant sur soi cette identit\u00e9 (ce serait encore<br>repr\u00e9senter en ma\u00eetre), mais propose dans un geste de confiance totale une<br>pratique des virtualit\u00e9s populaires qui s\u2019abandonne au r\u00e9el, \u00ab en d\u00e9sespoir de<br>cause \u00bb, comme le dira souvent Perrault \u00e0 propos de sa qu\u00eate37. \u00ab N\u2019aurait-on<br>pas quelque chose \u00e0 se dire, \u00e0 partager ? Quelque chose qui n\u2019est pas spec &#8211;<br>taculaire. Quelque chose comme une \u00e2me obscure et sans bornes et indispen &#8211;<br>sable pour contourner l\u2019ali\u00e9nation galopante38 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong>Dans cette recherche p\u00e9nible et t\u00eatue de sobri\u00e9t\u00e9, dans cette<br>machination \u00e9perdue contre la repr\u00e9sentation, dans l\u2019opposition au fantasme<br>et la parano\u00efa identitaire du r\u00e9gime d\u2019\u00e9criture imp\u00e9riale, on trouve dans la<br>pens\u00e9e politique de Perrault une supplication \u00e0 la parole. Parler pour ne pas<br>mourir.<\/strong> Et s\u2019il est vrai que cette pens\u00e9e est guett\u00e9e de toute part par la r\u00e9ac &#8211;<br>tion, le ressentiment, la rage, le nationalisme plat, l\u2019accablement de la jeu &#8211;<br>nesse et la nostalgie, par ce chagrin de grand-p\u00e8re qui accompagne souvent la<br>m\u00e9moire de la libert\u00e9, elle contient pourtant une injonction vitale et phi &#8211;<br>losophique que je voudrais, pour compl\u00e9ter ce portrait de la pens\u00e9e de<br>Perrault, souligner. Il s\u2019agit de la dimension mat\u00e9rialiste de sa conception du<br>langage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Pour Perrault, la parole est d\u00e9positaire des rudiments de cette ma &#8211;<br>ni\u00e8re de vivre, qui est mani\u00e8re de la terre et mani\u00e8re de la mer, mani\u00e8re du<br>pain et de la p\u00eache, mani\u00e8re du cidre et du capitaine, et aussi sueur du d\u00e9fri &#8211;<br>cheur, piste du chasseur, c\u2019est-\u00e0-dire, dans cette mani\u00e8re de vivre, qu\u2019il s\u2019agit<br>d\u2019une mani\u00e8re d\u2019habiter.<strong> Plus encore, la parole est d\u00e9positaire de la possibilit\u00e9<br>m\u00eame de vivre \u00e0 sa mani\u00e8re.<\/strong> C\u2019est le sens de cette belle formule du cin\u00e9aste<br>d\u2019une correspondance entre le gastronomique et le m\u00e9taphysique. Et c\u2019est<br>aussi le sens que donne Perrault aux mots souverainet\u00e9, ind\u00e9pendance et li &#8211;<br>bert\u00e9 \u2013 <strong>avoir sa propre mani\u00e8re d\u2019habiter et de garder vivante la possibilit\u00e9 de<br>vivre \u00e0 sa mani\u00e8re dans le langage. Acc\u00e9der au territoire de l\u2019\u00e2me pour y vivre,<br>vivre sur la terre selon ses propres mots.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Subir l\u2019\u00e9criture, c\u2019est se voir \u00eatre<br>d\u00e9pouill\u00e9 de vivre de sa parole propre, celle qui nomme la mati\u00e8re dans le<br>geste infini de production de la vie. Entrer dans le capital, c\u2019est devenir<br>locataire de la terre en m\u00eame temps que du langage. (&#8230;)  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Parler pour conjurer la bi\u00e8re Molson qui fait du<br>peuple un locataire de son pays. Parler pour conjurer la bo\u00eete \u00e0 lunch qui<br>oblit\u00e8re le royaume des enfants d\u2019Hauris Lalancette. Parler pour conjurer le<br>langage de Proust qui ne permet pas de nommer les oiseaux du fleuve.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong>Perrault nous l\u00e8gue en cela une conception \u00e0 la fois libertaire et<br>mat\u00e9rialiste du langage, qui est d\u2019une simplicit\u00e9 et d\u2019une int\u00e9grit\u00e9 d\u00e9sar &#8211;<br>mantes. <\/strong>La parole vivante nous y appara\u00eet comme une conspiration infinie et<br>fraternelle qui, en cultivant le territoire de l\u2019\u00e2me, pr\u00e9serve de la servitude<br>qu\u2019entra\u00eene l\u2019assimilation de l\u2019\u00e9criture imp\u00e9riale. <strong>Parler chez Perrault est en<br>somme une fonction terrestre, c\u2019est-\u00e0-dire une fonction d\u2019habitation, une<br>fonction vitale et une fonction de r\u00e9sistance au capital. <\/strong>La libert\u00e9 qu\u2019engage<br>la parole est une libert\u00e9 de produire la vie \u00e0 hauteur d\u2019homme, avec les<br>mains, avec les outils, avec les mots, avec la terre et la mer qu\u2019il habite. Au<br>terme, il me semble que ce ne sont pas tant les contenus de la tradition que<br>Perrault veuille l\u00e9guer, ce qui en ferait un simple conservateur et un autre<br>cur\u00e9, ou au mieux un ali\u00e9nateur catholicos-h\u00e9g\u00e9lien, <strong>mais plut\u00f4t cet amour<br>du monde qui engage dans la parole vitale sous le mode de la conspiration.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Ajouter \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de parole, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9coute<\/em>&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(Parall\u00e8le entre Ma\u00eetre chez nous (1962) et Pierre Perreault (pour la suite du monde en 1963) deux visions \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque)<\/em><\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-background\" style=\"background-color:#fa83288f\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"has-small-font-size\"><a href=\"https:\/\/erudit-vieuxmtl.proxy.collecto.ca\/fr\/revues\/rel\/2018-n795-rel03467\/87798ac.pdf\">https:\/\/erudit-vieuxmtl.proxy.collecto.ca\/fr\/revues\/rel\/2018-n795-rel03467\/87798ac.pdf<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Enterrer la souverainet\u00e9 coloniale &#8211; Dalie Giroux<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Pour penser une telle politique de lib\u00e9ration multiforme de<br>l\u2019usage du territoire, il nous faut, dans le cadre d\u2019un travail<br>intensif d\u2019alliances et d\u2019invention de formes de vies originales,<br>envisager de laisser tomber, minimalement sous la forme d\u2019un<br>exercice de pens\u00e9e, deux id\u00e9es qui ont \u00e9t\u00e9 jug\u00e9es incontournables<br>dans les diff\u00e9rentes conceptions de l\u2019\u00e9mancipation et qui<br>contribuent \u00e0 une reconduction paradoxale des termes m\u00eames<br>du colonialisme britannique. La premi\u00e8re est l\u2019id\u00e9e de nation,<br>qui est intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00c9tat et \u00e0 une conception<br>coloniale du rapport au territoire. La seconde est l\u2019id\u00e9e de propri\u00e9t\u00e9, <br>qui ne permet pas de penser l\u2019usage comme forme plus<br>\u00e9galitaire et plus libre du rapport au territoire.<br><strong>En somme, les luttes pour la d\u00e9colonisation nous invitent<br>plus largement \u00e0 lib\u00e9rer l\u2019imagination politique de son carcan<br>et \u00e0 entendre les voix tues depuis trop longtemps, y compris \u00e0<br>l\u2019int\u00e9rieur de nous-m\u00eames.<\/strong><\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-background\" style=\"background-color:#e6b55ce8\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"has-small-font-size\"><a href=\"https:\/\/ici.radio-canada.ca\/ohdio\/premiere\/grandes-series\/232\/pierre-perrault-un-poete-sans-bon-sens\">https:\/\/ici.radio-canada.ca\/ohdio\/premiere\/grandes-series\/232\/pierre-perrault-un-poete-sans-bon-sens<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Deux balados \u00e0 \u00e9couter sur Pierre Perreault&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Son aventure po\u00e9tique s\u2019appuie d&rsquo;abord sur l&rsquo;oralit\u00e9. Pour lui, aucun po\u00e8me n&rsquo;est aussi beau que la parole des hommes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Il est aussi question dans cette partie du documentaire de l\u2019homme derri\u00e8re le po\u00e8te, celui qui se d\u00e9finit comme un artiste engag\u00e9, non pas au service d&rsquo;une id\u00e9ologie, mais au service des hommes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Notes :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Michel Garneau<\/strong> : Ses films partaient \u00e0 la captation de la parole. () Il n\u2019aimait pas la fiction au cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>St\u00e9phane Albert boulet<\/strong> prof de cinema et ami Perrault :<\/p>\n\n\n\n<p>2e balado : C\u2019est \u00e7a qui est g\u00e9nial chez lui, il commence d\u00e8s 1956 \u00e0 donner la parole \u00e0 ceux qui ne l\u2019ont jamais. () Alors qu\u2019\u00e0 la radio on donne la parole au premier ministre ou au directeur d\u2019entreprise.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pierre Perrault<\/strong>\u00a0: <\/p>\n\n\n\n<p>Pour moi Le cinema c\u2019est tr\u00e8s simple, c\u2019est vivre, c\u2019est vivre en dehors de la fiction justement. Je crois que (\u2026) les soci\u00e9t\u00e9s colonis\u00e9es ont vecu \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de fictions qui ont \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9es par d\u2019autres. C\u2019\u00e9tait un moyen extraordinaire de d\u00e9personnaliser les hommes. (\u2026) \u00e9ventuellement on couvait les soci\u00e9t\u00e9s de cette mani\u00e8re l\u00e0. <\/p>\n\n\n\n<p>le cinema que je fais n\u2019est possible que si il y a une complicit\u00e9 qui est pas \u00e0 un autre niveau que celui d\u2019une fraternit\u00e9 du sentiment de confiance qui peut s\u2019\u00e9tablir entre des gens qui se connaissent.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis aper\u00e7u que j\u2019\u00e9tais pas tout seul \u00e0 aimer \u00e7a. () De fil en aiguille je me suis dit si je suis pas seul je vais essayer de partager cette connaissance de moi-m\u00eame parce que je me sentais parent avec eux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Yves lacroix&nbsp;<\/strong>: pour lui l\u2019\u00eatre humain est une chambre d\u2019\u00e9cho de ce qu\u2019il vit. () Et la parole c\u2019est l\u2019\u00e9cho de ce qu\u2019ils ont v\u00e9cu.&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p>Article de Paul Warren qui critique la fascination du r\u00e9el chez Perrault :<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.erudit.org\/fr\/revues\/qf\/1983-n52-qf1216361\/45668ac\/\">https:\/\/www.erudit.org\/fr\/revues\/qf\/1983-n52-qf1216361\/45668ac\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lecture des textes propos\u00e9s dans le cours &#8211; extraits qui inspirent ma r\u00e9flexion :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Glen Sean Coulthard<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Richard J.F. Day, j\u2019utilise l\u2019expression <strong>\u00abpolitique de la reconnaissance\u00bb pour renvoyer \u00e0 toute une gamme de mod\u00e8les de pluralisme lib\u00e9ral fond\u00e9s sur le concept de reconnaissance, qui cherchent \u00e0&nbsp;<em>r\u00e9concilier&nbsp;<\/em>les revendications de statut de nation autochtone avec la souverainet\u00e9 de l\u2019\u00c9tat colonial en accommodant certaines demandes identitaires faites par les Autochtones gr\u00e2ce \u00e0 un renouvellement des relations juridiques et politiques avec le gouvernement canadien. <\/strong>Si ces mod\u00e8les ont tendance \u00e0 varier, en th\u00e9orie et en pratique, la plupart demandent le transfert de territoires, de capitaux et de pouvoirs politiques de l\u2019\u00c9tat aux communaut\u00e9s autochtones, par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019une combinaison de r\u00e8glements de revendications territoriales, d\u2019initiatives de d\u00e9veloppement \u00e9conomique, et d\u2019ententes relatives \u00e0 l\u2019autonomie gouvernementale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9ponse \u00e0 cette version de l\u2019approche fond\u00e9e sur la reconnaissance, je soutiens qu\u2019au lieu de conduire \u00e0 une \u00e8re de coexistence pacifique fond\u00e9e sur un id\u00e9al de reconnaissance&nbsp;<em>r\u00e9ciproque&nbsp;<\/em>et&nbsp;<em>mutuelle<\/em>, <strong>la politique de la reconnaissance telle qu\u2019elle appara\u00eet dans sa forme lib\u00e9rale actuelle reproduit in\u00e9vitablement les configurations du pouvoir \u00e9tatique colonialiste, raciste et patriarcal que les demandes des peuples autochtones en mati\u00e8re de reconnaissance essaient pourtant de transcender depuis des d\u00e9cennies.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mais parce que nos identit\u00e9s se forment gr\u00e2ce \u00e0 ces rapports, elles peuvent \u00e9galement \u00eatre&nbsp;<em>d\u00e9form\u00e9es&nbsp;<\/em>quand ces processus n\u2019aboutissent pas. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que Taylor veut dire lorsqu\u2019il affirme que<strong> les identit\u00e9s sont form\u00e9es non seulement par la reconnaissance, mais aussi par la \u00abnon-reconnaissance ou la reconnaissance erron\u00e9e des autres. Les individus et les groupes peuvent subir de r\u00e9els dommages, une v\u00e9ritable d\u00e9naturation, lorsque les gens ou la soci\u00e9t\u00e9 autour d\u2019eux leur renvoient une image r\u00e9ductrice, p\u00e9jorative ou m\u00e9prisante d\u2019eux-m\u00eames. La non-reconnaissance et la reconnaissance erron\u00e9e peuvent \u00eatre la source de pr\u00e9judice, une forme d\u2019oppression, emprisonnant des individus dans un mode d\u2019existence d\u00e9form\u00e9, d\u00e9grad\u00e9 et faux<\/strong>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame s\u2019il faut admettre que la dimension normative du projet de Taylor repr\u00e9sente une am\u00e9lioration par rapport aux \u00abstrat\u00e9gies ant\u00e9rieures d\u2019exclusion, de g\u00e9nocide et d\u2019assimilation\u00bb qui ont \u00e9t\u00e9 mises en place au Canada, <strong>je soutiens plus loin que la logique selon laquelle la reconnaissance est con\u00e7ue comme quelque chose qui est accord\u00e9 ou offert \u00e0 un groupe ou une entit\u00e9 subalterne par un groupe ou une entit\u00e9 dominant, que cette logique donc est vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec, car incapable de modifier, encore moins de transcender, l\u2019ampleur du pouvoir qui est en jeu dans les relations coloniales.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour l\u2019\u00c9tat, la reconnaissance et l\u2019accommodation de l\u2019\u00abaspect culturel\u00bb dans les n\u00e9gociations territoriales&nbsp;<em>n\u2019incluaient pas&nbsp;<\/em>la reconnaissance des \u00e9conomies et des formes d\u2019autorit\u00e9 politique autochtones, comme le concept de mode de production et de mode de vie le sugg\u00e8rent ; au contraire, <strong>l\u2019\u00c9tat a insist\u00e9 pour que toute accommodation institutionnelle de la diff\u00e9rence culturelle autochtone soit compatible avec&nbsp;<em>une seule&nbsp;<\/em>forme politique \u2013 \u00e0 savoir la souverainet\u00e9 de l\u2019\u00c9tat colonial \u2013 et&nbsp;<em>un seul&nbsp;<\/em>mode de production \u2013 \u00e0 savoir le capitalisme.<\/strong> (Lien \u00e0 faire avec fin du Balado Dalie Giroux?)<\/p>\n\n\n\n<p>Dalie Giroux propose de r\u00e9gler les revendication territoriales. Sans la reconnaissance de ce lien au territoire il n&rsquo;y aurait pas de lien possible&#8230; <\/p>\n\n\n\n<p>Probl\u00e8me, impasse? voir premier paragraphe<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jos\u00e9phine Bacon<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quand on vit dans une culture dominante, c\u2019est le contenu de l\u2019\u0153uvre qui cherche ou ne cherche pas \u00e0 \u00eatre engag\u00e9, qui se veut ou non politique. Mais lorsque, comme moi, on appartient \u00e0 un peuple minoritaire dont la langue et la culture, menac\u00e9e d\u2019extinction, ont \u00e9t\u00e9 la cible d\u2019une politique d\u2019\u00e9radication, faire acte de pr\u00e9sence est d\u00e9j\u00e0 un geste de d\u00e9sordre politique.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, oui, \u00e9crire dans ma langue, publier dans ma langue est une action rare et militante. Chacun de mes recueils peut para\u00eetre comme un objet non identifi\u00e9 dans le paysage litt\u00e9raire francophone, une m\u00e9t\u00e9orite cr\u00e9atrice d\u2019un l\u00e9ger d\u00e9sordre par rapport aux attentes habituelles, et pourtant, il s\u2019agit de ramener l\u2019ordre ancestral dans nos communaut\u00e9s comme dans nos relations avec les allochtones. Je r\u00eave que la po\u00e9sie soit la rivi\u00e8re menant \u00e0 une cohabitation pacifique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>C&rsquo;est \u00e0 travers des \u00e9changes personnels que nous pouvons atteindre l\u2019universel.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>(l&rsquo;universalisation se construit par la parole, le contact, le partage d&rsquo;une m\u00eame exp\u00e9rience, ressenti)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ici commence un acte encore plus subversif. L\u2019institution est-elle pr\u00eate \u00e0 lire un auteur sans consid\u00e9rer ses origines? Ma demande est tr\u00e8s simple et pourtant, elle semble compliqu\u00e9e. Lorsqu\u2019on me pr\u00e9sente, dans une lecture, dans les m\u00e9dias, dans un rayon de librairie, je suis toujours une \u00abpo\u00e8te innue\u00bb, une \u00ab\u00e9crivaine autochtone\u00bb\u2026 Assiste-t-on \u00e0 la naissance d\u2019un autre exotisme?<\/p>\n\n\n\n<p>Je r\u00eave d\u2019une relation juste, de respect, d\u2019\u00e9galit\u00e9. J\u2019\u00e9cris pour qu\u2019on nous reconnaisse comme d\u00e9positaires d\u2019une grande culture au m\u00eame titre que les autres cultures et pour que nos valeurs viennent enrichir la part commune de notre humanit\u00e9. \u00abInnu\u00bb signifie \u00ab\u00eatre humain\u00bb. Je m\u2019appelle humain. Je suis une po\u00e8te de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jim Harrison<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>il suffit \u00e0 toute personne moyennement intelligente de se pencher par la fen\u00eatre pour constater, hormis en de tr\u00e8s rares lieux, \u00e0 quel point nous avons souill\u00e9 notre nid? Cette perception est parfois insupportable \u00e0 certains d\u2019entre nous, <strong>comme si nous \u00e9tions condamn\u00e9s \u00e0 porter durant toute notre vie le pesant et r\u00e9pugnant havresac de ce savoir.<\/strong> Cette prise de conscience peut tr\u00e8s bien entamer notre bonheur, troubler notre sommeil et nos mariages, g\u00e2cher nos promenades quotidiennes et jusqu\u2019\u00e0 la gr\u00e2ce \u00e9ph\u00e9m\u00e8re d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 implacable. Ce savoir se r\u00e9sume toujours dans la duret\u00e9 de \u00ab&nbsp;ce qui aurait pu \u00eatre&nbsp;\u00bb.<strong> Il faut scruter longtemps pour trouver de l\u2019amour parmi les ruines.<\/strong><em> (parole)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il existe de toute \u00e9vidence des milliers d\u2019individus comme moi-m\u00eame qui barbotent dans leur propre sentiment d\u2019injustice et qui grincent avec la roue, \u00ab&nbsp;mon probl\u00e8me est plus grave que le tien&nbsp;\u00bb.<strong> Il est tr\u00e8s difficile pour un peuple d\u2019avoir la moindre perception de l\u2019histoire, quand tant d\u2019\u00e9l\u00e9ments de cette histoire ont \u00e9t\u00e9 bannis hors de sa vue.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Notes de cours<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e9thodologie &#8211; cultures autochtones<\/p>\n\n\n\n<p>Pi\u00e8ges : <\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>ne pas se situer (le fait d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 un peuple conquis&#8230;)<\/li>\n\n\n\n<li>l&rsquo;objectivation (rationalisation)<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffb835\">Les cultures autochtones ne seront pas notre objet d&rsquo;\u00e9tudes<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fcb632\">Qu&rsquo;est-ce qui en nous nuit\/fait \u00e9cran\/emp\u00eache d&rsquo;entrer en relation avec leur mani\u00e8re de vivre et de penser?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffb732\">Qu&rsquo;est-ce qui a \u00e9t\u00e9 institu\u00e9 en nous?<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9coute permet de r\u00e9fl\u00e9chir sur soi. (valeur autochtone)<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Reconnaissance <\/p>\n\n\n\n<p>Des humains conscients de soi devraient pouvoir reconna\u00eetre d&rsquo;autres humains en tant qu&rsquo;ils sont aussi conscients de soi. (r\u00e9ciprocit\u00e9)<\/p>\n\n\n\n<p>La conception que nous formons de nous m\u00eames est d\u00e9termin\u00e9e par la relation avec autrui.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes le produit de nos rapports sociaux.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-orange-background-color has-background\">L&rsquo;id\u00e9e de reconnaissance demeure une posture autoritaire et insinue qu&rsquo;il y avait une connaissance (RE).<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9chantillonnage autour des questions : Voir l&rsquo;album \u00abL&rsquo;amour\u00bb de Phil\u00e9mon Cimon pour faire des liens avec l&rsquo;enqu\u00eate \u00c0 consulter : Quelques articles de r\u00e9f\u00e9rence par &#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":610,"featured_media":28282,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[348],"tags":[],"class_list":["post-27378","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-automne-2022"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/27378","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/610"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=27378"}],"version-history":[{"count":17,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/27378\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":28357,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/27378\/revisions\/28357"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/28282"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=27378"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=27378"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=27378"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}