{"id":5959,"date":"2020-10-29T20:06:49","date_gmt":"2020-10-29T20:06:49","guid":{"rendered":"https:\/\/ethique-rlaroche.profweb.ca\/?page_id=5959"},"modified":"2024-01-27T19:33:55","modified_gmt":"2024-01-27T19:33:55","slug":"lecture-comparee","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/?page_id=5959","title":{"rendered":"Lecture compar\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td><strong>An Antane Kapesh<\/strong> <strong>Je suis une maudite sauvagesse<\/strong> <br>L\u2019ARRIV\u00c9E DU BLANC DANS NOTRE TERRITOIRE Quand le Blanc a voulu exploiter et d\u00e9truire notre territoire, il n\u2019a demand\u00e9 de permission \u00e0 personne, il n\u2019a pas demand\u00e9 aux Indiens s\u2019ils \u00e9taient d\u2019accord. Quand le Blanc a voulu exploiter et d\u00e9truire notre territoire, il n\u2019a fait signer aux Indiens aucun document disant qu\u2019ils acceptaient qu\u2019il exploite et qu\u2019il d\u00e9truise tout notre territoire afin que lui seul y gagne sa vie ind\u00e9finiment. Quand le blanc a voulu que les Indiens vivent comme des Blancs, il ne leur a pas demand\u00e9 leur avis et il ne leur a rien fait signer disant qu\u2019ils acceptaient de renoncer \u00e0 leur culture pour le reste de leurs jours.<\/td><td><strong>Commission d&rsquo;enqu\u00eate sur les relations entre les Autochtones et certains services publics : \u00e9coute, r\u00e9conciliation et progr\u00e8s<\/strong> <br>EFFACER LA PR\u00c9SENCE AUTOCHTONE Si le Canada naissant menace les cultures autochtones, \u00e0 plusieurs \u00e9gards, les habitants francophones de la province de Qu\u00e9bec vivent eux aussi difficilement la seconde moiti\u00e9 du 19e&nbsp;si\u00e8cle. La situation est \u00e0 ce point critique, que les \u00e9lus et les membres du clerg\u00e9 craignent pour la survie du fait fran\u00e7ais et des valeurs qu\u2019il v\u00e9hicule. S\u2019ensuit une volont\u00e9 jusque-l\u00e0 in\u00e9gal\u00e9e d\u2019occuper le territoire. Pour les peuples autochtones, le choc est brutal. Au fur et \u00e0 mesure que s\u2019affirme la volont\u00e9 politique d\u2019assurer la survie de la culture canadienne-fran\u00e7aise par la colonisation, c\u2019est l\u2019existence m\u00eame de ces nations que l\u2019on tend \u00e0 effacer, d\u2019abord des livres d\u2019histoire, puis du territoire.<\/td><\/tr><tr><td>Quand le Blanc a eu l\u2019id\u00e9e d\u2019exploiter et de d\u00e9truire l\u2019ensemble de notre territoire, il est tout simplement venu nous rejoindre. Apr\u00e8s \u00eatre arriv\u00e9 chez nous, il nous a pris pour nous enseigner sa fa\u00e7on de vivre \u00e0 lui, il nous a donn\u00e9 toutes les choses de sa culture et il nous a fourni tous les services des Blancs&nbsp;: maisons, \u00e9cole, dispensaire. Si le Blanc nous a enseign\u00e9 sa culture et s\u2019il nous a donn\u00e9 toutes sortes de choses \u2013 comme la petite somme d\u2019argent qu\u2019il remet une fois par mois \u00e0 chaque famille indienne, les maisons et les diff\u00e9rents services qu\u2019il nous fournit \u2013 c\u2019est qu\u2019il a voulu faire en sorte que nous, les Indiens, demeurions au m\u00eame endroit pour ne pas le d\u00e9ranger pendant que lui exploite et d\u00e9truit notre territoire. Du m\u00eame coup, le Blanc a voulu tuer notre culture indienne en m\u00eame temps que notre langue indienne. Apr\u00e8s \u00eatre arriv\u00e9 sur nos terres, en nous prenant pour nous enseigner son mode de vie \u00e0 lui, le Blanc a pris du m\u00eame coup nos enfants pour leur donner une \u00e9ducation de Blancs, uniquement pour les g\u00e2cher et uniquement pour leur faire perdre leur culture et leur langue indiennes, comme il a fait \u00e0 tous les Indiens d\u2019Am\u00e9rique.<\/td><td>LE QU\u00c9BEC COLONISATEUR <br>Devenus minoritaires \u00e0 la suite de l\u2019Acte d\u2019Union de 1840, \u00e0 la fin du 19e&nbsp;si\u00e8cle, les francophones subissent une certaine marginalisation \u00e9conomique. Le manque de terres arables et les d\u00e9bouch\u00e9s \u00e9conomiques qui s\u2019amoindrissent dans les campagnes entra\u00eenent le d\u00e9part de centaines de milliers de Canadiens fran\u00e7ais vers les villes ou la Nouvelle-Angleterre, d\u00e9j\u00e0 fortement industrialis\u00e9e. En raison de cet exode urbain et des mutations sociales qu\u2019il engendre, certains membres de l\u2019\u00e9lite craignent pour la survie de la \u00ab race canadienne-fran\u00e7aise \u00bb, associ\u00e9e \u00e0 un mode de vie agraire traditionnel. C\u2019est dans le double objectif d\u2019arr\u00eater la \u00ab grande saign\u00e9e \u00bb d\u00e9mographique vers les \u00c9tats-Unis et d\u2019assurer la p\u00e9rennit\u00e9 d\u2019une culture fran\u00e7aise et catholique que le clerg\u00e9 demande au gouvernement de soutenir la colonisation. \u00c0 partir de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 19e&nbsp;si\u00e8cle, le retour \u00e0 la terre ainsi pr\u00f4n\u00e9 est per\u00e7u comme un ancrage pour la culture, la langue, la religion et les traditions canadiennes-fran\u00e7aises.<\/td><\/tr><tr><td>Quand il a voulu s\u2019emparer ainsi de nous, le Blanc n\u2019a pas convoqu\u00e9 une seule assembl\u00e9e pour bien faire comprendre aux Indiens comment il songeait \u00e0 les tromper. Nous n\u2019avons jamais entendu le Blanc nous dire et nous n\u2019avons jamais re\u00e7u de lettre dans laquelle il nous dit&nbsp;: Moi je suis Blanc et vous, vous \u00eates Indiens. Les terres o\u00f9 vous \u00eates, il est vrai qu\u2019elles vous appartiennent \u00e0 vous, les Indiens; je sais, ce ne sont pas mes terres \u00e0 moi. Mais je vais vous dire quelque chose, je vais vous demander quelque chose, je vais vous faire une demande. &nbsp;<\/td><td>Le discours de survivance \u00e9labor\u00e9 par les intellectuels de l\u2019\u00e9poque n\u2019exclut pas compl\u00e8tement les Autochtones. Leur pr\u00e9sence est utilis\u00e9e pour justifier \u00ab la propri\u00e9t\u00e9 territoriale et le d\u00e9veloppement envisag\u00e9 de la nation canadienne-fran\u00e7aise \u00bb. Les gens \u00e9duqu\u00e9s cherchent \u00e0 dissocier les Canadiens fran\u00e7ais des Autochtones en attribuant toutes les vertus aux premiers et tous les vices aux seconds. Les Autochtones sont tant\u00f4t infantilis\u00e9s (on les appelle \u00ab les enfants des bois \u00bb) et en mal de civilisation, tant\u00f4t d\u00e9crits comme des barbares bloquant le chemin au progr\u00e8s. Ces images demeureront bien vivantes dans les manuels scolaires jusque dans les ann\u00e9es&nbsp;1960 et 1970. <em>\u00ab Les missionnaires, m\u00eame s\u2019ils n\u2019avaient peut-\u00eatre pas compris que leur objectif d\u2019\u00e9vang\u00e9lisation \u00e9tait de supprimer, de traiter les Inuits comme des enfants. Il s\u2019agit donc d\u2019un effet de\u2026 vous savez, l\u2019une des premi\u00e8res choses consiste \u00e0 nous traiter, comme si nous n\u2019avions aucune connaissance. \u00bb<\/em> <em>Lisa Qiluqqi Koperqualuk, peuple inuit<\/em><\/td><\/tr><tr><td>Le Blanc ne nous a jamais dit&nbsp;: Vous les Indiens, \u00eates-vous d\u2019accord que j\u2019aille vous rejoindre dans votre territoire? \u00cates-vous d\u2019accord que j\u2019exploite votre territoire? \u00cates-vous d\u2019accord que je d\u00e9truise votre territoire? \u00cates-vous d\u2019accord que je construise des barrages sur vos rivi\u00e8res et que je pollue vos rivi\u00e8res et vos lacs? Avant que vous n\u2019acceptiez ce que je vous demande, r\u00e9fl\u00e9chissez bien et essayez de bien comprendre. Il pourrait arriver que vous regrettiez dans l\u2019avenir de m\u2019avoir permis d\u2019aller vous trouver chez vous, car si vous \u00eates d\u2019accord que j\u2019aille dans votre territoire, j\u2019irai pour y ouvrir une mine. Une fois la mine ouverte, je devrai ensuite exploiter et ruiner toute l\u2019\u00e9tendue de votre pays. Et je barrerai toutes vos rivi\u00e8res et je salirai tous vos lacs. Qu\u2019en pensez-vous? Aimeriez-vous boire de l\u2019eau pollu\u00e9e?<\/td><td>D\u2019autre part, les historiens tendent \u00e0 \u00e9vacuer autant que possible les Premiers Peuples de l\u2019histoire nationale. Aussi tard qu\u2019en 1950, Lionel Groulx l\u00e9gitime la conqu\u00eate de l\u2019Am\u00e9rique en \u00e9voquant un territoire quasi d\u00e9sert&nbsp;\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Europ\u00e9ens : \u00ab [a]u Canada, on avait affaire \u00e0 un pays aux espaces immenses, mais presque vides, peupl\u00e9 de rares tribus indig\u00e8nes, celles-ci capables tout au plus d\u2019une insignifiante collaboration \u00e9conomique \u00bb. Tel est donc le regard projet\u00e9 sur le pass\u00e9 au moment o\u00f9 l\u2019on songe \u00e0 occuper, d\u00e9velopper et agrandir le territoire du Qu\u00e9bec. &nbsp;<\/td><\/tr><tr><td>Le Blanc n\u2019a jamais parl\u00e9 de cela aux Indiens. J\u2019exploiterai votre territoire et je le d\u00e9truirai. Aujourd\u2019hui, vous voyez, il est encore tr\u00e8s propre et, vous le savez, toutes les sortes d\u2019animaux que vous avez, les animaux indiens, sont encore propres. Tous sont encore bon \u00e0 manger. Plus tard, je gaspillerai et je salirai vos animaux, toutes les esp\u00e8ces d\u2019animaux indiens. \u00c0 l\u2019avenir, votre territoire ne sera pas aussi propre que maintenant et vos animaux ne seront pas aussi propres que maintenant. Qu\u2019en pensez-vous? Apr\u00e8s que j\u2019aurai gaspill\u00e9 et sali vos animaux, est-ce que vous, les Indiens, aimerez les manger m\u00eame s\u2019ils ne sont pas propres? Par exemple, c\u2019est dans des \u00e9gouts que vous prendrez toutes les sortes de poissons que vous avez, si \u00e0 l\u2019avenir vous voulez les tuer pour votre nourriture.<\/td><td>\u00c0 la fin du si\u00e8cle, les fronti\u00e8res m\u00eames du Qu\u00e9bec changent, refl\u00e9tant la volont\u00e9 d\u2019occuper et d\u2019exploiter une r\u00e9gion de plus en plus vaste. Le territoire de l\u2019Abitibi-T\u00e9miscamingue, jusqu\u2019\u00e0 la rivi\u00e8re Rupert, est int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la province de Qu\u00e9bec en 1898, puis la partie nord, jusqu\u2019aux rives des baies d\u2019Hudson et d\u2019Ungava, en 1912. En 1927, les limites territoriales du Qu\u00e9bec \u2013 duquel on a amput\u00e9 le Labrador au profit de Terre-Neuve \u2013 ressemblent d\u00e9sormais \u00e0 celles que nous connaissons aujourd\u2019hui. Les effets de la colonisation se font sentir aussi bien dans les communaut\u00e9s autochtones de la vall\u00e9e du Saint-Laurent, dont l\u2019espace vital se r\u00e9tr\u00e9cit sans cesse, que dans celles du Moyen-Nord qu\u00e9b\u00e9cois, qui sont affect\u00e9es par le d\u00e9veloppement consid\u00e9rable de l\u2019industrie foresti\u00e8re. &nbsp;<\/td><\/tr><tr><td>Jamais le Blanc n\u2019a expliqu\u00e9 cela de cette fa\u00e7on aux Indiens. Pour ce qui est du chantier que j\u2019ouvrirai sur vos terres, il n\u2019y a que moi, qui suis Blanc, qui y gagnerai ma vie tant que je vivrai parce que le travail salari\u00e9 fait partie de ma culture \u00e0 moi, Blanc. R\u00e9fl\u00e9chissez bien au travail salari\u00e9 que je vais introduire dans votre territoire. Vous les Indiens, attention que je vous trompe et attention de vous tromper vous-m\u00eames. Le travail salari\u00e9 qu\u2019il y aura dans votre territoire, ce ne sera pas pour vous rendre heureux, gagner votre vie. Il pourrait peut-\u00eatre arriver que sur le chantier le Blanc n\u2019ait pas besoin de l\u2019Indien, de celui qui n\u2019a pas sa carte de comp\u00e9tence par exemple. Et vous, les Indiens, comment gagnerez-vous votre vie \u00e0 l\u2019avenir, pensez-vous?<\/td><td>\u00c0 partir du d\u00e9but du 20e&nbsp;si\u00e8cle, le gouvernement joue un r\u00f4le actif dans le processus de colonisation, envisag\u00e9 d\u00e9sormais comme une v\u00e9ritable strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement. Ce sera particuli\u00e8rement vrai en Abitibi, comme en t\u00e9moignent les plans Gordon et Vautrin mis en place en 1932 et en 1934 par les gouvernements successifs de Louis-Alexandre Taschereau et d\u2019Ad\u00e9lard Godbout. Ce sont toutefois les religieux, soutenus par un \u00e9piscopat influent, qui auront le r\u00f4le central dans le d\u00e9veloppement des \u00ab nouvelles \u00bb r\u00e9gions \u00e0 partir de 1840. Du recrutement dans les villages au sud de la province \u00e0 l\u2019appui logistique et moral n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement des colons au nord, ils ont \u00e9t\u00e9 d\u2019ardents d\u00e9fenseurs de l\u2019entreprise coloniale, comme en t\u00e9moignent leurs incessantes r\u00e9clamations aupr\u00e8s du gouvernement.<\/td><\/tr><tr><td>Si vous me permettez d\u2019exploiter votre territoire, je n\u2019accepterai pas que vous me d\u00e9rangiez apr\u00e8s m\u2019avoir donn\u00e9 vos terres pour mon usage. Vos animaux indiens \u2013 je le sais et vous, les Indiens, le savez aussi \u2013 toutes les sortes d\u2019animaux vous appartiennent encore aujourd\u2019hui. Mais si vous acceptez que j\u2019exploite votre territoire, si on implante le travail salari\u00e9 sur vos terres, je vous interdirai de tuer vos animaux. Je ne vous permettrai pas de vivre des animaux indiens. Quand le travail salari\u00e9 sera implant\u00e9 dans votre territoire, voici comment il servira au Blanc&nbsp;: il ira travailler chez vous quelques ann\u00e9es seulement et quand il aura accumul\u00e9 son argent, il retournera dans son pays. C\u2019est de cette unique fa\u00e7on que nous utiliserons le travail salari\u00e9 si vous acceptez que votre territoire soit d\u00e9truit. Nous, les Blancs, serons nombreux \u00e0 nous enrichir \u00e0 m\u00eame votre territoire et vous, les Indiens, serez toujours pauvres. Il se pourrait peut-\u00eatre que vous vous rendiez compte que tout cela vous apporte encore plus de mis\u00e8res qu\u2019aujourd\u2019hui, alors que vous vivez encore selon votre propre culture et que vous avez votre fa\u00e7on \u00e0 vous de gagner votre vie.<\/td><td>Les missionnaires n\u2019ont d\u2019ailleurs pas attendu les grands mouvements de colonisation pour investir les r\u00e9gions plus isol\u00e9es du Qu\u00e9bec et aller \u00e0 la rencontre des Autochtones. Avant les ann\u00e9es&nbsp;1830, ces incursions sont toutefois rest\u00e9es sporadiques, si bien qu\u2019au milieu du 19e&nbsp;si\u00e8cle, on ne trouve encore que peu d\u2019adeptes du christianisme chez les peuples autochtones du Moyen-Nord qu\u00e9b\u00e9cois. Les choses vont toutefois changer rapidement avec l\u2019envoi de pr\u00eatres en territoires anishnabe, atikamekw nehirowisiw, eeyou (cri) et innu, o\u00f9 ils s\u00e9journent d\u00e9sormais quelques mois par ann\u00e9e durant la p\u00e9riode estivale. Dans les campements d\u2019\u00e9t\u00e9 des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s, leurs efforts visent surtout \u00e0 remplacer les pratiques et les croyances ancestrales, per\u00e7ues comme diaboliques par les disciples du christianisme. Outre les services de nature religieuse, les missionnaires assurent \u00e9galement aux Autochtones un certain soutien mat\u00e9riel et offrent des soins m\u00e9dicaux. La persistance des rituels autochtones \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la p\u00e9riode estivale indique cependant que tous ne se sont pas convertis avec la m\u00eame ferveur ou que celle-ci n\u2019implique pas n\u00e9cessairement un renoncement aux croyances traditionnelles. &nbsp;<\/td><\/tr><tr><td>Le Blanc n\u2019a jamais parl\u00e9 aux Indiens dans ces termes. Apr\u00e8s que j\u2019aurai instaur\u00e9 le travail salari\u00e9 sur vos terres, vous ne devrez pas me d\u00e9ranger et je vous interdirai vos animaux. Voici tout ce que je pourrai faire pour vous, les Indiens&nbsp;: \u00e0 chaque famille une fois pas mois, je donnerai un peu d\u2019argent, je vous donnerai des maisons et je vous enseignerai ma culture. C\u2019est ce que je ferai pour que vous, les Indiens, deveniez s\u00e9dentaires. Qu\u2019en pensez-vous? Aimerez-vous demeurer constamment au m\u00eame endroit toute votre vie, pensez-vous ne jamais conna\u00eetre l\u2019ennui? &nbsp;<\/td><td>L\u2019entreprise \u00ab civilisatrice \u00bb orchestr\u00e9e par les missionnaires s\u2019\u00e9l\u00e8ve d\u2019un cran avec l\u2019ouverture des pensionnats indiens. S\u2019inscrivant dans une logique de rivalit\u00e9 confessionnelle, les deux premiers \u00e9tablissements du Qu\u00e9bec ouvrent leurs portes sur la m\u00eame \u00eele \u00e0 l\u2019est de la baie James, \u00e0 Fort George (aujourd\u2019hui Chisasibi). Apr\u00e8s que des missionnaires anglicans y aient \u00e9lu domicile en 1891, des Oblats viennent les y rejoindre en 1922, inquiets de voir les Eeyou (Cris) se convertir au protestantisme plut\u00f4t qu\u2019au catholicisme. Les Oblats sont les premiers \u00e0 construire un pensionnat en 1931. L\u2019ann\u00e9e suivante, ils sont imit\u00e9s par les anglicans. La course interconfessionnelle \u00e0 la conversion des Autochtones, qui a notamment men\u00e9 \u00e0 la multiplication des pensionnats dans l\u2019Ouest canadien, ne se produira pas tout de suite au Qu\u00e9bec. Il faudra encore une vingtaine d\u2019ann\u00e9es avant de voir la majorit\u00e9 d\u2019entre eux ouvrir. Leurs effets sur les peuples autochtones n\u2019en seront pas moins importants, comme il en sera fait mention plus loin dans ce chapitre.<\/td><\/tr><tr><td>L\u2019argent et les maisons que je vous donnerai, de m\u00eame que toutes les autres choses que je vous distribuerai sous la forme de mes services de Blancs, ma culture que je vous enseignerai, pensez-y bien. Attention que je vous trompe et attention de vous tromper vous-m\u00eames. C\u2019est par l\u2019argent et les maisons que je vous donnerai et toutes les autres choses que je vous distribuerai que vous vendrez votre territoire et votre culture. Aujourd\u2019hui encore, je vous donne tout ce que vous me demandez mais plus tard, quand vous aurez fini de vendre votre culture et votre territoire, n\u2019allez pas penser que je vous donnerai des choses comme je le fais \u00e0 pr\u00e9sent. Et vous, les Indiens, vous fonctionnerez comme fonctionnent les Blancs; que vous en soyez capables ou non, vous aussi, c\u2019est comme cela que vous devrez fonctionner. M\u00eame si vous \u00eates Indiens, vous aussi vous d\u00e9bourserez de l\u2019argent pour tout, comme les Blancs. Et si vous pensez vivre de vos animaux indiens, vous aussi vous paierez, comme les Blancs.<\/td><td>UN TERRITOIRE EXPLOIT\u00c9 ET R\u00c9GLEMENT\u00c9 L\u2019ouverture de nouveaux territoires \u00e0 la colonisation pave aussi la voie \u00e0 l\u2019exploitation des ressources naturelles par l\u2019entreprise priv\u00e9e, parfois m\u00eame sur des terres r\u00e9serv\u00e9es. \u00c0 titre d\u2019exemple, en 1914, le gouvernement accorde des droits de coupe \u00e0 la compagnie Laurentides Co. sur la r\u00e9serve de Wemotaci. L\u2019exploitation foresti\u00e8re y d\u00e9bute en 1920 et bien que la compagnie ait promis une coupe s\u00e9lective, elle n\u2019honore pas cet engagement. Les travailleurs de la compagnie s\u2019adonnent \u00e9galement au pi\u00e9geage sur les terres de la r\u00e9serve. &nbsp;<\/td><\/tr><tr><td>Le Blanc ne nous a jamais parl\u00e9 de cela de cette fa\u00e7on et ne nous en a rien expliqu\u00e9. Apr\u00e8s son arriv\u00e9e ici, dans notre territoire, il nous a pris pour nous enseigner sa fa\u00e7on de vivre \u00e0 lui et il a pris nos enfants pour leur donner une \u00e9ducation de Blancs sans nous parler de rien et sans nous expliquer quoi que ce soit. Quand le Blanc a pris nos enfants pour les \u00e9duquer \u00e0 sa mani\u00e8re, il ne nous a pas dit ceci&nbsp;: Vous, les Indiens, \u00eates-vous d\u2019accord que je donne \u00e0 vos enfants une \u00e9ducation de Blancs dans l\u2019unique but de d\u00e9truire leur culture et leur langue? R\u00e9fl\u00e9chissez bien \u00e0 ce que je vais vous dire. Attention que je vous trompe et attention de vous tromper-vous-m\u00eames, car il pourrait arriver que dans l\u2019avenir vous ayez des regrets \u00e0 cause de vos enfants. Si vous acceptez que je leur donne une \u00e9ducation de Blancs, ce sera le commencement de la fin de votre culture indienne. C\u2019est ce qui fera que vous abandonnerez graduellement votre culture. Par exemple, bient\u00f4t on ne saura plus par vos noms de famille que vous \u00eates Indiens. Blancs et Indiens, nous porterons les m\u00eames noms. Quand vous chercherez vos noms indiens partout dans les livres, vous ne vous y trouverez jamais vous-m\u00eames. Viendra un temps o\u00f9 vous ne vous reconnaitrez plus entre vous. Peut-\u00eatre que vos enfants auxquels je vais faire perdre leur culture indienne se mettront \u00e0 sa recherche plus tard, mais ils ne la retrouveront jamais. Jamais ils ne retrouveront cette langue indienne qu\u2019ils auront perdue. &nbsp;<\/td><td>Combin\u00e9e \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des colons, la pr\u00e9sence de l\u2019industrie foresti\u00e8re exerce donc une pression consid\u00e9rable sur le mode de vie semi-nomade des Autochtones. Le braconnage parfois massif pratiqu\u00e9 par les nouveaux arrivants r\u00e9duit l\u2019acc\u00e8s des Autochtones aux ressources essentielles \u00e0 leur survie. La construction d\u2019infrastructures telles que le chemin de fer modifie aussi consid\u00e9rablement le paysage des r\u00e9gions travers\u00e9es. Selon le p\u00e8re Guinard, un missionnaire oblat en Haute-Mauricie au d\u00e9but du 20e&nbsp;si\u00e8cle : \u00ab La construction du chemin de fer d\u00e9truisit \u00e0 peu pr\u00e8s toute la for\u00eat dans la r\u00e9gion. Tout fut br\u00fbl\u00e9 sur de grandes distances de chaque c\u00f4t\u00e9 du chemin. Les terrassiers [\u2026] faisaient des feux \u00e7\u00e0 et l\u00e0 pour cuire leur nourriture ou pour chasser les mouches. Ils ne surveillaient pas ces feux qui finissaient par courir dans la for\u00eat. \u00bb Pour lui, \u00ab la perte fut consid\u00e9rable pour la province de Qu\u00e9bec et pour les Indiens \u00bb. Au tournant du 20e&nbsp;si\u00e8cle, le passage d\u2019une industrie centr\u00e9e sur le bois d\u2019\u0153uvre \u00e0 la production de p\u00e2tes et papiers a \u00e9galement des impacts importants sur les modes de vie autochtones en raison des coupes foresti\u00e8res beaucoup plus importantes pratiqu\u00e9es. En plus de d\u00e9truire les \u00e9cosyst\u00e8mes desquels d\u00e9pend la survie des Autochtones, les coupes massives des compagnies foresti\u00e8res entra\u00eenent l\u2019encombrement des rivi\u00e8res par la drave. Les billots de bois achemin\u00e9s par flottage jusqu\u2019aux usines compliquent les d\u00e9placements sur les voies d\u2019eau, principales routes utilis\u00e9es par les Autochtones. Cette pratique perdurera jusqu\u2019en 1995 sur la rivi\u00e8re Saint-Maurice.<\/td><\/tr><tr><td>Le Blanc n\u2019a pas parl\u00e9 de cela \u00e0 l\u2019Indien. Ce qu\u2019il ne lui a pas dit, c\u2019est qu\u2019il voulait tuer notre culture \u00e0 notre insu, il voulait tuer notre langue \u00e0 notre insu et il nous volait notre territoire. &nbsp;<\/td><td>Plus tard au 20e&nbsp;si\u00e8cle, l\u2019exploitation de gisements miniers aura \u00e9galement un impact, comme en t\u00e9moignent la s\u00e9dentarisation, puis le d\u00e9placement de la bande anishnabe de Long Point (Winneway) au T\u00e9miscamingue. La premi\u00e8re loi concernant les mines adopt\u00e9e en 1880 ancre d\u2019ailleurs le r\u00e9gime minier du Qu\u00e9bec dans le principe de \u00ab libert\u00e9 de prospection mini\u00e8re \u00bb (free mining). Ce principe suppose une intervention minimale de l\u2019\u00c9tat et donne pr\u00e9s\u00e9ance aux int\u00e9r\u00eats miniers sur tous les autres, y compris ceux des Autochtones.<\/td><\/tr><tr><td>De nos jours, c\u2019est lui qui fait la loi dans notre territoire et \u00e0 nous les Indiens, il fait suivre ses r\u00e8glements, comme \u00e0 des Blancs. Nous remercions le Blanc de ses lois et r\u00e8glements mais ils ne nous sont d\u2019aucune utilit\u00e9 parce que nous, qui sommes Indiens, ne comprenons rien \u00e0 la loi des Blancs de toute fa\u00e7on. Que le Blanc garde ses lois et r\u00e8glements et qu\u2019ils lui servent \u00e0 lui, parce que c\u2019est de sa culture qu\u2019il s\u2019agit. Voici ce que je pense. Si, de nos jours, l\u2019Indien faisait la loi que les Blancs doivent suivre, peut-\u00eatre bien qu\u2019ils n\u2019y comprendraient rien et peut-\u00eatre bien qu\u2019ils ne pourraient pas s\u2019y conformer. Aussi, en territoire indien, seul l\u2019Indien \u00e9tait en droit de faire des lois et de les faire respecter des Blancs afin que les nouveaux venus sachent toute chose; qu\u2019ils se tiennent tranquilles apr\u00e8s \u00eatre venus eux-m\u00eames trouver les Indiens dans leur territoire; qu\u2019ils fassent attention de ne pas causer de blessures aux Indiens; qu\u2019ils connaissent bien le maniement des armes \u00e0 feu afin de ne pas tirer n\u2019importe o\u00f9; qu\u2019ils ne s\u2019amusent pas avec les animaux indiens de fa\u00e7on \u00e0 ne pas gaspiller la nourriture de l\u2019Indien qui provient des animaux indiens. Voil\u00e0 la loi que l\u2019Indien aurait demand\u00e9 au Blanc de respecter apr\u00e8s son arriv\u00e9e en territoire indien.<\/td><td>La construction de barrages sur les rivi\u00e8res et la cr\u00e9ation subs\u00e9quente de r\u00e9servoirs inondant de vastes territoires se fait aussi sans tenir compte des communaut\u00e9s autochtones y r\u00e9sidant. \u00c0 titre d\u2019exemple, la mise en eau du r\u00e9servoir Gouin en 1918 par le gouvernement du Qu\u00e9bec ne prend pas en consid\u00e9ration le fait que 30 % de l\u2019espace occup\u00e9 par la nouvelle \u00e9tendue d\u2019eau inondera les territoires de chasse des Atikamekw Nehirowisiw d\u2019Opitciwan (Obedjiwan). Elle ne tient pas compte non plus du village qui vient \u00e0 peine d\u2019\u00eatre construit sur le site d\u2019un ancien lieu de rassemblement. Les arpenteurs avaient pourtant rassur\u00e9 les autorit\u00e9s gouvernementales en affirmant en 1917 que \u00ab les terrains qui se trouveraient inond\u00e9s par l\u2019\u00e9tablissement du r\u00e9servoir projet\u00e9 [avaient] peu de valeur soit pour le bois ou l\u2019agriculture \u00bb. Les bouleversements majeurs entra\u00een\u00e9s par cette perte de territoire et la responsabilit\u00e9 des gouvernements f\u00e9d\u00e9ral et provincial \u00e0 cet \u00e9gard seront d\u2019ailleurs reconnus par le Tribunal des revendications particuli\u00e8res en 2016. <em>\u00ab Les A\u00een\u00e9s racontaient l\u00e0 que l\u2019eau l\u00e0, est devenue brune comme du th\u00e9. Du th\u00e9&nbsp;! Tellement que toute la faune, les castors, [\u2026] les arbres l\u00e0\u2026 Y pagayaient \u00e0 travers les arbres l\u00e0, comme \u00e7a, l\u00e0. Y voyaient que de l\u2019eau, que de l\u2019eau, des souches d\u2019arbres, des presqu\u2019\u00eeles, pis il fallait que\u2026 Y cherchaient un morceau de terre pas imbib\u00e9e pour pouvoir d\u00e9barquer, pour pouvoir manger, pour pouvoir dormir. Pis y pagayaient \u00e0 travers les arbustes de m\u00eame. \u00bb<\/em> <em>Lucie Basile, nation atikamekw nehirowisiw<\/em><\/td><\/tr><tr><td>Si le Blanc n\u2019avait rien compris \u00e0 ces lois et r\u00e8glements indiens et s\u2019il n\u2019avait pu s\u2019y conformer, il serait retourn\u00e9 d\u2019o\u00f9 il \u00e9tait venu, l\u00e0 o\u00f9 il y a des lois et des r\u00e8glements de Blancs. Si le Blanc n\u2019avait pas compris la loi indienne et s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 incapable de la respecter, il n\u2019aurait pu, lui non plus, \u00e9viter d\u2019\u00eatre harcel\u00e9 par les Indiens. Nous, par exemple, sommes vraiment harcel\u00e9s par les Blancs parce qu\u2019ils veulent \u00e0 tout prix \u00eatre les ma\u00eetres dans notre territoire. Mais nous en avons assez d\u2019\u00eatre, depuis des ann\u00e9es, gouvern\u00e9s par les Blancs. Nous en avons assez d\u2019\u00eatre depuis des ann\u00e9es, malmen\u00e9s par eux et nous en avons assez de les voir, depuis des ann\u00e9es, nous manquer de respect.<\/td><td>Le harnachement des rivi\u00e8res en vue de la construction de barrages et d\u2019installations hydro\u00e9lectriques a touch\u00e9 de nombreuses r\u00e9gions du Qu\u00e9bec d\u00e8s la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 20e&nbsp;si\u00e8cle. Ce fut le cas notamment lors de la cr\u00e9ation du r\u00e9servoir Baskatong (HautesLaurentides et Outaouais) en 1927, du r\u00e9servoir Cabonga (Outaouais) en 1928-1929 et du r\u00e9servoir Dozois (Abitibi-T\u00e9miscamingue) en 1949. \u00c0 chaque fois, ces am\u00e9nagements entra\u00eenent la perte de territoire, de ressources et de lieux significatifs pour les populations autochtones, la contamination de l\u2019eau et les d\u00e9m\u00e9nagements forc\u00e9s. L\u2019histoire se r\u00e9p\u00e9tera \u00e0 grande \u00e9chelle, d\u2019abord en territoire innu, au Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean (centrales sur la rivi\u00e8re P\u00e9ribonka) et sur la C\u00f4te-Nord (projet Manic-Outardes) dans les ann\u00e9es&nbsp;1950 et 1960, puis en territoire eeyou (cri) dans les ann\u00e9es&nbsp;1970 (projet de la Baie James).<\/td><\/tr><tr><td>Si le Blanc est venu chez nous, c\u2019est uniquement pour trouver un gagne-pain. Apr\u00e8s l\u2019avoir trouv\u00e9 dans le territoire des Indiens, le Blanc aurait d\u00fb leur laisser la paix, il n\u2019aurait pas d\u00fb se dire&nbsp;: \u00ab Quand je suis arriv\u00e9 en territoire indien, les Indiens se gouvernaient eux-m\u00eames et se suffisaient \u00e0 eux-m\u00eames. \u00bb C\u2019est ce que le Blanc aurait pu remarquer quand il les a vus pour la premi\u00e8re fois. Si le Blanc avait gard\u00e9 sa culture pour lui-m\u00eame, nous aussi nous aurions gard\u00e9 la n\u00f4tre et aujourd\u2019hui il n\u2019y aurait pas tant de conflits entre Blancs et Indiens.<\/td><td>D\u2019autres lois et r\u00e8glements participent \u00e0 restreindre la libert\u00e9 d\u2019agir des Autochtones, notamment avec l\u2019encadrement l\u00e9gislatif d\u2019activit\u00e9s traditionnelles telles que la chasse, la p\u00eache et le pi\u00e9geage. D\u00e8s 1858, l\u2019Acte des p\u00eacheries permet au gouvernement de c\u00e9der les droits de p\u00eache sur les rivi\u00e8res \u00e0 saumon \u00e0 des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s, notamment des clubs de p\u00eache appartenant \u00e0 de riches \u00e9trangers. Malgr\u00e9 leurs constantes protestations et la r\u00e9affirmation du fait qu\u2019ils n\u2019avaient jamais c\u00e9d\u00e9 leurs droits, du jour au lendemain, les Autochtones se retrouvent comme \u00ab des \u00e9trangers sur leurs propres rivi\u00e8res \u00bb. La Loi sur les clubs de chasse et de p\u00eache de 1885 r\u00e9gularise le syst\u00e8me des clubs priv\u00e9s. Ces clubs qui se multiplient rapidement d\u00e9tiennent d\u00e9sormais des monopoles sur l\u2019usage faunique de certains territoires, sans consid\u00e9ration pour l\u2019usage traditionnel des peuples autochtones. Dans les ann\u00e9es qui suivent, la l\u00e9gislation qu\u00e9b\u00e9coise encadre encore plus \u00e9troitement la chasse. Des quotas et des saisons de pratique sont \u00e9tablis. Certaines m\u00e9thodes de chasse traditionnelles des Autochtones sont \u00e9galement interdites, ce qui sera contest\u00e9 avec v\u00e9h\u00e9mence, mais sans grande \u00e9coute de la part des autorit\u00e9s. <em>\u00ab Comment tu peux transmettre la dignit\u00e9 dans\u2026 quand t\u2019es oblig\u00e9 de demander maintenant la permission pour tuer un orignal ! Je dirais m\u00eame la permission de nourrir ses enfants. [\u2026] C\u2019est \u00e7a, la r\u00e9serve. \u00bb<\/em> <em>Richard Kistabish, nation anishnabe<\/em><\/td><\/tr><tr><td>Le Blanc a toujours pens\u00e9&nbsp;: \u00ab Il n\u2019y a que moi d\u2019intelligent. \u00bb Nous sommes au courant du fait que le Blanc va \u00e0 l\u2019universit\u00e9 et qu\u2019il poss\u00e8de un dipl\u00f4me. L\u2019Indien, que le syst\u00e8me scolaire blanc classe en z\u00e9roi\u00e8me ann\u00e9e, poss\u00e8de aussi un dipl\u00f4me mais lui, il n\u2019a jamais montr\u00e9 qu\u2019il en poss\u00e9dait un et son dipl\u00f4me ne lui a jamais servi. Quand il vivait encore sa vie \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres, il se montrait \u00e0 lui-m\u00eame qu\u2019il poss\u00e9dait un dipl\u00f4me et il le faisait valoir. Quand le Blanc est venu le trouver dans son territoire, l\u2019Indien a rang\u00e9 son dipl\u00f4me parce que, voyant le Blanc pour la premi\u00e8re fois, il a pens\u00e9&nbsp;: \u00ab Il est probablement plus intelligent que moi. \u00bb Voil\u00e0 pourquoi il a rang\u00e9 son dipl\u00f4me. Apr\u00e8s la venue du Blanc, il s\u2019est mis \u00e0 l\u2019observer \u00e0 son insu pour voir comment il allait agir envers lui. Il voulait voir si le Blanc allait lui faire du tort et s\u2019il allait lui manquer de respect dans son propre territoire. Apr\u00e8s l\u2019avoir observ\u00e9 quelques ann\u00e9es, l\u2019Indien sait, aujourd\u2019hui, que le Blanc le croit inintelligent.<\/td><td>Au moment de son entr\u00e9e en vigueur, la r\u00e9glementation concernant la chasse et la p\u00eache n\u2019est pas appliqu\u00e9e de mani\u00e8re trop rigoureuse. Les Autochtones qui chassent hors saison ou dans des endroits qui leur sont d\u00e9sormais interdits, comme les parcs provinciaux et les clubs priv\u00e9s nouvellement cr\u00e9\u00e9s, ne re\u00e7oivent g\u00e9n\u00e9ralement que des avertissements. Cette attitude conciliante des agents du gouvernement change toutefois rapidement et l\u2019application plus s\u00e9v\u00e8re des lois entra\u00eene son lot de frustrations et d\u2019humiliations. Les r\u00e9cits de conflits entre les Autochtones et les gardes-chasse sont d\u2019ailleurs nombreux. S\u2019il est permis de contourner certains r\u00e8glements en cas d\u2019extr\u00eame n\u00e9cessit\u00e9 \u2014 ce qui doit par ailleurs avoir \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 par un agent des Indiens ou un missionnaire \u2014 , aucun commerce d\u00e9coulant de cette chasse \u00ab ill\u00e9gale \u00bb n\u2019est tol\u00e9r\u00e9. Pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle plus tard, dans son r\u00e9cit autobiographique, Marcel Pititkwe de Wemotaci se souvient de gardes-chasses venus \u00e0 la maison saisir toute la nourriture qui s\u2019y trouvait et escorter son p\u00e8re jusqu\u2019au poste de police. Celui-ci sera condamn\u00e9 \u00e0 quelques mois de prison pour avoir \u00e9chang\u00e9 de la viande d\u2019orignal contre de la farine, du lait et du sucre. Non seulement la famille avait-elle ainsi perdu ce qui devait assurer sa subsistance au cours de l\u2019hiver \u00e0 venir, mais aussi celui qui devait pourvoir \u00e0 ses besoins.<\/td><\/tr><tr><td>Le Blanc n\u2019a probablement jamais su que l\u2019Indien poss\u00e8de un dipl\u00f4me; lorsqu\u2019il est all\u00e9 le trouver dans son territoire, l\u2019indien le lui a cach\u00e9. Mais aujourd\u2019hui il n\u2019a pas honte de montrer au Blanc que lui aussi, en sa qualit\u00e9 d\u2019Indien, poss\u00e8de un dipl\u00f4me et il n\u2019a pas honte de le faire valoir. L\u2019Indien, lui, n\u2019a pas de certificat \u00e0 accrocher au mur attestant qu\u2019il est dipl\u00f4m\u00e9&nbsp;: c\u2019est dans sa t\u00eate que se trouve son dipl\u00f4me.<\/td><td>La cr\u00e9ation des r\u00e9serves \u00e0 castor par le gouvernement du Qu\u00e9bec dans les ann\u00e9es&nbsp;1930 en raison d\u2019une diminution inqui\u00e9tante des animaux \u00e0 fourrure semble t\u00e9moigner d\u2019une certaine ouverture face aux Autochtones, qui disposent d\u00e9sormais de droits exclusifs de pi\u00e9geage sur ces terres. Cette nouvelle division du territoire ne tient cependant pas compte des pratiques traditionnelles d\u2019occupation et ultimement, a pour effet de limiter la mobilit\u00e9 des Premi\u00e8res Nations et la dimension des territoires de trappe.<\/td><\/tr><tr><td>LA D\u00c9COUVERTE DU MINERAI DANS LE NORD <br>Ceci est l\u2019histoire de Tshishennish-Pien et des P\u00e8res Babel et Arnaud. Vous ne trouverez cette histoire nulle part dans un livre car avant que le Blanc nous enseigne sa culture, nous les Indiens, n\u2019avions jamais v\u00e9cu de telle mani\u00e8re que nous \u00e9crivions pour raconter les choses du pass\u00e9. \u00c0 pr\u00e9sent que le Blanc nous a enseign\u00e9 sa fa\u00e7on de vivre et qu\u2019il a d\u00e9truit la n\u00f4tre, nous regrettons notre culture. C\u2019est pour cela que nous songeons, nous aussi les Indiens, \u00e0 \u00e9crire comme le Blanc. Et je pense que, maintenant que nous commen\u00e7ons \u00e0 \u00e9crire, c\u2019est nous qui avons le plus de choses \u00e0 raconter puisque nous, nous sommes aujourd\u2019hui t\u00e9moins des deux cultures. Le Blanc dit vrai quand il dit&nbsp;: \u00ab L\u2019Indien n\u2019a pas de livres. \u00bb C\u2019est vrai, l\u2019Indien n\u2019a pas de livres mais voici ce que je pense&nbsp;: chaque Indien poss\u00e8de des histoires dans sa t\u00eate, chaque Indien pourrait raconter la vie que nous vivions dans le pass\u00e9 et la vie des Blancs que nous vivons \u00e0 pr\u00e9sent, il pourrait dire \u00e0 quel point le Blanc nous a tromp\u00e9s depuis que c\u2019est lui qui nous administre. \u00c0 mon avis, aujourd\u2019hui c\u2019est plut\u00f4t \u00e0 nous qu\u2019il revient de prendre la parole dans les journaux et \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision parce qu\u2019ici, dans notre territoire, il n\u2019y a aucun Blanc qui sache mieux que l\u2019Indien comment les choses se passaient avant l\u2019arriv\u00e9e du premier Blanc dans le Nord.<\/td><td>Chose certaine, l\u2019exploitation et la r\u00e9glementation des nouveaux territoires soumis \u00e0 la colonisation ont pour cons\u00e9quence directe d\u2019encourager la cr\u00e9ation de r\u00e9serves. En effet, devant l\u2019invasion de leurs territoires, diff\u00e9rentes communaut\u00e9s se r\u00e9signent parfois elles-m\u00eames \u00e0 demander que certains territoires leur soient r\u00e9serv\u00e9s. Cette d\u00e9cision ne les prot\u00e8ge pas toujours efficacement. Progressivement s\u2019impose d\u2019ailleurs l\u2019id\u00e9e que, sous des dehors de protection, les r\u00e9serves ont pour fonction v\u00e9ritable de lib\u00e9rer le territoire de la pr\u00e9sence autochtone pour favoriser l\u2019exploitation des ressources naturelles. <em>\u00ab Il y a eu aussi\u2026 [\u2026] ce qu\u2019on pourrait appeler des r\u00e8glements et des politiques qui venaient enlever l\u2019exercice de nos droits fondamentaux, de vivre sur le territoire. Et on a eu \u00e9norm\u00e9ment de difficult\u00e9 \u00e0 continuer de vivre de ce mode de vie-l\u00e0. La chasse, la p\u00eache, le trappage. Et puis d\u2019occuper le territoire, t\u2019sais, parce que l\u00e0, on occupait le territoire, mais on \u00e9tait \u00e0\u2026 sur le chemin compagnies foresti\u00e8res, sur le chemin de l\u2019Hydro-Qu\u00e9bec, sur le chemin des compagnies mini\u00e8res. Il fallait nous\u2026 nous tasser. Il fallait nous exclure. \u00bb<\/em> <em>Richard Kistabish, nation anishnabe<\/em><\/td><\/tr><tr><td>De nos jours, vous entendez le Blanc dire&nbsp;: \u00ab C\u2019est le P\u00e8re Babel qui a d\u00e9couvert le minerai de fer. \u00bb Voici ce que j\u2019en pense. Quand le p\u00e8re Babel a song\u00e9 \u00e0 venir ici dans notre territoire, qui l\u2019a amen\u00e9 dans le Nord? C\u2019est l\u2019Indien montagnais. C\u2019est la m\u00eame chose pour le P\u00e8re Arnaud, quand il a song\u00e9 \u00e0 venir \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres, c\u2019est aussi l\u2019Indien qui l\u2019a amen\u00e9 et c\u2019est l\u2019Indien qui l\u2019a nourri pendant une ann\u00e9e enti\u00e8re, en chassant toutes les esp\u00e8ces d\u2019animaux indiens. Si le P\u00e8re Arnaud et le P\u00e8re Babel avaient pu se d\u00e9brouiller seuls quand ils sont venus dans le Nord, ils n\u2019auraient probablement pas pris d\u2019Indiens avec eux&nbsp;: ils seraient venus tout droit dans le Nord, par leurs propres moyens.<\/td><td>La Loi concernant les terres r\u00e9serv\u00e9es aux Sauvages de 1922 viendra confirmer cette impression. De fait, si elle porte de 230&nbsp;000 \u00e0 330&nbsp;000&nbsp;acres la superficie des terres publiques mises de c\u00f4t\u00e9 pour l\u2019usage des Indiens, cette m\u00eame loi pr\u00e9voit que les nouvelles r\u00e9serves ne peuvent \u00eatre cr\u00e9\u00e9es sur des espaces o\u00f9 des concessions foresti\u00e8res ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 accord\u00e9es. Or, de tels espaces n\u2019existent pratiquement plus dans le Moyen-Nord qu\u00e9b\u00e9cois, ce qui limite la taille des nouvelles r\u00e9serves ou les confine aux r\u00e9gions encore plus isol\u00e9es vers le nord.<\/td><\/tr><tr><td>Quand on a annonc\u00e9 qu\u2019il y aurait une f\u00eate l\u00e0-bas, en ville, nous avons \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s nous aussi \u00e0 aider aux pr\u00e9paratifs. On a demand\u00e9 aux Indiens de dresser une tente et aux Indiennes de cuisiner, de pr\u00e9parer des f\u00e8ves au lard et de faire cuire de la bannique dans le sable. Aujourd\u2019hui que nous vivons la vie du Blanc, quand nous faisons une f\u00eate, on n\u2019y mange toujours que des f\u00e8ves. Quand autrefois nous vivions notre vie d\u2019Indiens, si nous faisions un <em>makushan<\/em> (banquet rituel), c\u2019\u00e9tait de la graisse de caribou que nous mangions. Il n\u2019y a rien de meilleur que la graisse de caribou, et les f\u00e8ves au lard ne peuvent se comparer \u00e0 la graisse de caribou. Avant de commencer la f\u00eate, on nous a demand\u00e9 \u2013 hommes, femmes et enfants \u2013 de nous habiller \u00e0 la mani\u00e8re indienne d\u2019autrefois et on a costum\u00e9 un Indien comme un p\u00e8re oblat d\u2019autrefois. La tente qu\u2019on avait dress\u00e9e \u00e9tait une <em>shaputuan<\/em> mais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, manquait la graisse de caribou. Dans la <em>shaputuan<\/em> se trouvent des Indiens&nbsp;: ce sont eux qui attendront les deux familles montagnaises qui vont arriver \u00e0 la <em>shaputuan<\/em> en canot. Et c\u2019est aussi l\u00e0 qu\u2019on am\u00e8nera, en canot, l\u2019homme costum\u00e9 en missionnaire. &nbsp;<\/td><td>La participation des Autochtones au d\u00e9veloppement du Qu\u00e9bec Si la tendance dans le Qu\u00e9bec post-1867 est d\u2019effacer les Autochtones du discours public, les Premi\u00e8res Nations et les Inuit sont tout de m\u00eame bien pr\u00e9sents sur le territoire et fr\u00e9quemment en contact avec les Allochtones. La traite des fourrures est longtemps rest\u00e9e l\u2019activit\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e pour favoriser la collaboration et les \u00e9changes \u00e9conomiques, mais aussi culturels. De 1668 \u00e0 1970, la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson aura ouvert plus de 80&nbsp;comptoirs de traite de fourrure \u00e0 travers le territoire du Qu\u00e9bec. Elle sera m\u00eame pr\u00e9sente chez les Inuit \u00e0 partir des ann\u00e9es&nbsp;1830, le premier comptoir voyant le jour \u00e0 Fort Chimo (Kuujjuaq). Bien que loin d\u2019\u00eatre toujours \u00e9galitaire, cette coop\u00e9ration \u00e9conomique entre Autochtones et Allochtones n\u00e9cessite et g\u00e9n\u00e8re des rapports respectueux entre les peuples, ce qui b\u00e9n\u00e9ficie g\u00e9n\u00e9ralement aux deux parties. De fait, tant que la traite des fourrures est possible, elle sera b\u00e9n\u00e9fique aux peuples autochtones semi-nomades qui peuvent ainsi maintenir leur mode de vie. En contrepartie, chez les Allochtones, la traite permet la constitution d\u2019importantes fortunes, qui contribuent sans l\u2019ombre d\u2019un doute \u00e0 l\u2019essor du Qu\u00e9bec et du Canada.<\/td><\/tr><tr><td>\u00c0 l\u2019arriv\u00e9e des deux familles indiennes pr\u00e8s de l\u2019endroit o\u00f9 se trouve la <em>shaputuank<\/em>, nous voyons le pr\u00eatre arriver lui aussi, amen\u00e9 en canot par un Indien. \u00c0 leur arriv\u00e9e, les deux familles d\u00e9barquent de leurs canots et serrent la main de tous les gens de la <em>shaputuan<\/em>. Quant \u00e0 l\u2019Indien d\u00e9guis\u00e9 en pr\u00eatre d\u2019autrefois, il d\u00e9barque lui aussi du canot et serre, lui aussi, la main de tous les Indiens. L\u2019individu costum\u00e9 en pr\u00eatre \u00e9tait la r\u00e9plique du P\u00e8re Babel et celui qui l\u2019avait amen\u00e9 en canot \u00e9tait la r\u00e9plique de l\u2019Indien qui a amen\u00e9 le P\u00e8re Babel dans le Nord. La f\u00eate du minerai, \u00e0 Schefferville, a dur\u00e9 environ trois jours. Le premier jour, Trudeau est venu voir la c\u00e9l\u00e9bration, car c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019allait sortir cette histoire in\u00e9dite qui veut que le d\u00e9couvreur du minerai de fer, ici dans le Nord, soit le P\u00e8re Babel. L\u2019apr\u00e8s-midi, avant que les gens rentrent chez eux, nous avons entendu quelqu\u2019un parler au micro, en fran\u00e7ais et en montagnais&nbsp;: \u00ab On c\u00e9l\u00e8bre aujourd\u2019hui le centenaire de la d\u00e9couverte du minerai de fer dans le Nord par le P\u00e8re Babel \u00bb, a-t-on dit. &nbsp;<\/td><td>Les Autochtones participent \u00e9galement au d\u00e9veloppement \u00e9conomique du Qu\u00e9bec par l\u2019exploitation des ressources naturelles, souvent situ\u00e9es sur leur propre territoire. De fait, le d\u00e9veloppement de l\u2019industrie foresti\u00e8re ayant r\u00e9duit consid\u00e9rablement la possibilit\u00e9 de subvenir \u00e0 leurs besoins par la traite des fourrures, de nombreux Autochtones (notamment des Anishnabek, des Atikamekw Nehirowisiw, des Ab\u00e9nakis et des Innus) se joignent aux \u00e9quipes de b\u00fbcherons. Ils participent aussi \u00e0 la construction des infrastructures li\u00e9es \u00e0 la colonisation, telles que les barrages ou les chemins de fer. Lorsque les pourvoiries et les clubs priv\u00e9s sont cr\u00e9\u00e9s, la connaissance fine qu\u2019ont les Autochtones du territoire leur permet \u00e9galement de guider les nouveaux occupants \u00e0 qui le gouvernement c\u00e9dait de vastes espaces. <em>\u00ab Les Atikamekw, y b\u00fbchaient beaucoup sur le territoire han&nbsp;! C\u2019\u00e9tait leur seule source de revenus. [\u2026] Y\u2019avait des grands clubs priv\u00e9s, l\u00e0, qui arrivaient l\u00e0, sur le territoire, l\u00e0, \u00e0 McTavish. Fait qu\u2019y\u2019ont b\u00e2ti pour ces associations-l\u00e0 qui regroupaient des professionnels, des m\u00e9decins, des avocats, des juges, des\u2026 m\u00eame un ministre [\u2026] \u00c7a l\u2019a cr\u00e9\u00e9 de l\u2019emploi, les gens qui arrivaient sur le territoire, ben ils les faisaient travailler, pr\u00e9parer les billots, nettoyer le territoire. [\u2026] Au fil des ans, les Atikamekw y\u2019ont particip\u00e9 au d\u00e9veloppement, parce que y\u2019avaient des possibilit\u00e9s d\u2019emploi l\u00e0, pis que c\u2019\u00e9tait sur leur territoire. \u00bb<\/em> <em>Lucie Basile, nation atikamekw nehirowisiw<\/em><\/td><\/tr><tr><td>Apr\u00e8s avoir entendu cela, j\u2019\u00e9tais \u00e9tonn\u00e9e&nbsp;: jamais je n\u2019avais entendu mon p\u00e8re, ni d\u2019autres Indiens, ni les Ain\u00e9s raconter cette histoire. Mon p\u00e8re est tr\u00e8s \u00e2g\u00e9, il a quatre-vingt-onze ans. Je l\u2019ai maintes fois entendu raconter tout ce qu\u2019il a vu et les histoires qu\u2019il a entendues concernant les g\u00e9n\u00e9rations pass\u00e9es. \u00c0 l\u2019\u00e2ge qu\u2019il a aujourd\u2019hui, j\u2019\u00e9tais heureuse d\u2019\u00e9couter mon p\u00e8re raconter les choses du pass\u00e9. Il n\u2019y a pas que lui qui d\u00e9tienne des histoires, il y avait aussi son p\u00e8re, son grand-p\u00e8re et son arri\u00e8re-grand-p\u00e8re. C\u2019est \u00e0 cause de cela que lui-m\u00eame poss\u00e8de des histoires qui racontent comment les choses se passaient dans le Nord avant qu\u2019un seul Blanc n\u2019y vienne. &nbsp;<\/td><td>Les Autochtones sont aussi pr\u00e9sents lorsque les prospecteurs miniers partent \u00e0 la recherche de nouveaux gisements, d\u00e9couvrant parfois eux-m\u00eames les m\u00e9taux dans leurs sous-sols. <em>\u00ab Je pense qu\u2019en ce qui concerne l\u2019exploration et le d\u00e9veloppement, [les g\u00e9ologues] n\u2019auraient pas \u00e9t\u00e9 en mesure de r\u00e9aliser ce qu\u2019ils ont r\u00e9alis\u00e9 s\u2019ils n\u2019avaient pu compter sur la pr\u00e9sence de personnes qui connaissaient tr\u00e8s bien la r\u00e9gion et [\u2026] qui ont partag\u00e9 certaines de leurs connaissances\u2026 Je ne pense pas que quiconque aurait pu contribuer \u00e0 quelque forme d\u2019exploitation ou de d\u00e9veloppement dans la r\u00e9gion, sans cette expertise, sans ces connaissances. \u00bb<\/em> <em>Glenda Sandy, nation naskapie<\/em> \u00c0 une \u00e9poque, l\u2019artisanat autochtone se popularise et devient une source de revenus importante pour les membres de certaines nations. D\u2019autres d\u00e9veloppent des expertises particuli\u00e8res, comme les monteurs de hautes charpentes m\u00e9talliques chez les Mohawks. Depuis leur participation \u00e0 l\u2019\u00e9dification du pont ferroviaire Saint-Laurent traversant le fleuve \u00e0 Kahnaw\u00e0ke en 1886, ces ouvriers sp\u00e9cialis\u00e9s dans l\u2019acier ont \u0153uvr\u00e9 sur un grand nombre de chantiers am\u00e9ricains. Ce sera le cas notamment de ceux du pont de Qu\u00e9bec au d\u00e9but du 20e&nbsp;si\u00e8cle, de l\u2019Empire State Building \u00e0 New York dans les ann\u00e9es&nbsp;1920 et du World Trade Center \u00e0 la fin des ann\u00e9es&nbsp;1960.<\/td><\/tr><tr><td>\u00c0 la fin, chacun est rentr\u00e9 chez soi. En arrivant chez nous, mon mari et moi avons commenc\u00e9 \u00e0 parler de la nouvelle que nous venions d\u2019entendre. Pendant que nous en parlions, mon p\u00e8re est entr\u00e9. \u00c0 son arriv\u00e9e chez nous, je lui ai aussit\u00f4t racont\u00e9 ce que j\u2019avais entendu dire. Je n\u2019avais pas encore termin\u00e9 ce que je voulais lui raconter que mon p\u00e8re s\u2019est mis \u00e0 rire puis il m\u2019a dit&nbsp;: \u00ab Voyons, n\u2019\u00e9coute pas ce mensonge. L\u2019histoire que tu as entendue aujourd\u2019hui, le Blanc vient de l\u2019inventer. \u00bb Mon p\u00e8re m\u2019a dit encore&nbsp;: \u00ab \u00c0 pr\u00e9sente moi je vais te raconter l\u2019histoire, \u00e9coute-moi attentivement. \u00bb Nous les Indiens, nous avons entendu dire que les P\u00e8res Babel et Arnaud ne sont venus dans le Nord que dans un but religieux&nbsp;: ils sont venus voir les Indiens qui s\u2019y trouvaient pour leur enseigner la religion et pour les baptiser, ici \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres. Jamais nous n\u2019avons entendu dire que les deux pr\u00eatres qui sont venus ici cherchaient du minerai et jamais nous n\u2019avons entendu l\u2019histoire selon laquelle le P\u00e8re Babel aurait d\u00e9couvert du minerai dans le Nord. Mon p\u00e8re a ajout\u00e9&nbsp;: Et m\u00eame s\u2019il \u00e9tait vrai que le P\u00e8re Babel ait d\u00e9couvert du minerai ici dans le Nord, je pense, moi, que ce n\u2019est pas son nom \u00e0 lui mais celui de l\u2019Indien qui l\u2019a amen\u00e9 dans le Nord qui devrait \u00eatre associ\u00e9 au minerai qu\u2019on y a d\u00e9couvert. Quand le P\u00e8re Babel a song\u00e9 \u00e0 venir ici, il n\u2019aurait jamais pu s\u2019amener \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres par ses propres moyens et il n\u2019aurait jamais pu prendre soin de lui-m\u00eame tout seul, dans une tente, pendant une ann\u00e9e enti\u00e8re. L\u2019image que vous voyez aujourd\u2019hui accroch\u00e9 au mur dans la salle des Chevaliers de Colomb repr\u00e9sente le P\u00e8re Babel et une famille montagnaise. Quant \u00e0 l\u2019Indien, il s\u2019agit de celui qu\u2019on appelle Atsapi Antane. &nbsp;<\/td><td>En d\u00e9pit de ces faits av\u00e9r\u00e9s, bien peu de choses ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites sur les relations entre les Autochtones et les Allochtones dans le contexte de la colonisation. Pourtant, le d\u00e9veloppement de certaines r\u00e9gions comme la Mauricie et l\u2019Abitibi-T\u00e9miscamingue ont provoqu\u00e9 des rencontres et des relations, parfois soutenues, entre eux. Les recherches de l\u2019historienne Sylvie LeBel ont d\u2019ailleurs d\u00e9montr\u00e9 la pr\u00e9sence d\u2019Autochtones (Atikamekw Nehirowisiw, Ab\u00e9nakis et Anishnabek) dans plusieurs paroisses mauriciennes durant le dernier tiers du 19e&nbsp;si\u00e8cle, et ce, m\u00eame si les rapports paroissiaux demeurent discrets \u00e0 ce sujet. Le souvenir des contacts entre Anishnabek et Canadiens fran\u00e7ais au d\u00e9but de la colonisation abitibienne et l\u2019existence d\u2019un village mixte sur la C\u00f4te-Nord (Moisie) confirment \u00e9galement la cohabitation et les relations existantes. <em>\u00ab Avant Mani-Utenam, il y avait le petit village de Moisie, l\u00e0, \u00e0 la pointe. Ouais. Nous, qu\u2019on appelle Metsheteu, l\u00e0. Pis \u00e0 l\u2019\u00e9poque, nos parents, nos grandsparents, avant Mani-Utenam, ben c\u2019est l\u00e0 qu\u2019ils demeuraient, t\u2019sais. Avec les Blancs, \u00e0 l\u2019\u00e9poque. [\u2026] Alors, on nous raconte qu\u2019il y avait des Blancs, pis des Innus, qui vivaient ensemble. Ce n\u2019\u00e9tait pas une r\u00e9serve, c\u2019\u00e9tait un village o\u00f9 les gens avaient d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019installer l\u00e0. Parce qu\u2019\u00e0 l\u2019embouchure de la rivi\u00e8re Moisie, il y avait du saumon en \u00e9t\u00e9, il y avait de la morue aussi, l\u00e0, que les gens pouvaient aller p\u00eacher. \u00bb<\/em> <em>R\u00e9ginald Vollant, nation innue<\/em><\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>An Antane Kapesh Je suis une maudite sauvagesse L\u2019ARRIV\u00c9E DU BLANC DANS NOTRE TERRITOIRE Quand le Blanc a voulu exploiter et d\u00e9truire notre territoire, il &#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5962,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-5959","page","type-page","status-publish","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/5959","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5959"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/5959\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":32608,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/5959\/revisions\/32608"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/5962"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5959"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}