{"id":5766,"date":"2020-10-26T19:00:54","date_gmt":"2020-10-26T19:00:54","guid":{"rendered":"https:\/\/ethique-rlaroche.profweb.ca\/?page_id=5766"},"modified":"2021-01-15T11:27:40","modified_gmt":"2021-01-15T11:27:40","slug":"josephine-bacon","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/?page_id=5766","title":{"rendered":"Jos\u00e9phine Bacon"},"content":{"rendered":"\n<p>Uapaki<\/p>\n\n\n\n<p>Pour demain<\/p>\n\n\n\n<p>Texte issu d&rsquo;une conversation avec Laure Morali<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Nous perdons de vue les choses qui nous unissent intimement \u00e0 la terre.<\/p><p>Nous perdons des langues, des histoires.<\/p><p>J&rsquo;ai collect\u00e9 des histoires de bouche \u00e0 oreille, puis je les ai \u00e9crites. Cela a permis de les pr\u00e9server.<\/p><p>Ceux qui vivent dans la tradition orale respectent le langage. Ils savent qu&rsquo;il doit \u00eatre utilis\u00e9 avec prudence, \u00e9cout\u00e9 avec attention, gard\u00e9 en m\u00e9moire. Il n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration de l&rsquo;oubli.<\/p><p>N. Scott Momaday<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Quand on vit dans une culture dominante, c&rsquo;est le contenu de l\u2019\u0153uvre qui cherche ou ne cherche pas \u00e0 \u00eatre engag\u00e9, qui se veut ou non politique. Mais lorsque, comme moi, on appartient \u00e0 un peuple minoritaire dont la langue et la culture, menac\u00e9e d&rsquo;extinction, ont \u00e9t\u00e9 la cible d&rsquo;une politique d&rsquo;\u00e9radication, faire acte de pr\u00e9sence est d\u00e9j\u00e0 un geste de d\u00e9sordre politique.<\/p>\n\n\n\n<p>Traditionnellement, le d\u00e9sordre n&rsquo;est pas une notion innue. En tant que peuple nomade, les Innus ne pouvaient pas se permettre de cr\u00e9er le d\u00e9sordre. Pour leur survie, ils devaient respecter l&rsquo;\u00e9quilibre de leur demeure naturelle. Les saisons et le cycle de vie des animaux r\u00e9gissaient leurs d\u00e9placements, leurs gestes. la gestion de la nourriture devait \u00eatre en accord avec les valeurs de partage et de solidarit\u00e9, comme avec la vie spirituelle des maitres des animaux. Un jour, dans le Nutshimit, l&rsquo;int\u00e9rieur des terres, avec la construction du barrage hydro\u00e9lectrique de la baie James, Kaniapishkau, qui \u00e9tait une grande \u00e9tendue d,eau, est devenu un lac immense. Les caribous le connaissaient. Ils ont voulu le traverser \u00e0 la nage comme ils le faisaient depuis des mill\u00e9naires. \u00c9puis\u00e9s, ils sont morts noy\u00e9s dans ce d\u00e9sordre cr\u00e9\u00e9 par les multinationales. Papakassik, le Maitre du caribou, n&rsquo;entend pas \u00e0 rire quand on manque de respect \u00e0 ses enfants. Mathieu Andr\u00e9, un grand chasseur, a dit : \u00abCette catastrophe sera nous.\u00bb Il avait compris l&rsquo;avertissement. <\/p>\n\n\n\n<p>On avait des soigneurs, des gu\u00e9risseurs. il y avait ceux qui parlaient le dialecte du Maitre du caribou. Il fallait \u00eatre dans le <em>kushapatshikan<\/em>, la tente tremblante, pour \u00eatre en communication avec le Maitre. Il arrivait parfois (mais ce n&rsquo;est pas arriv\u00e9 souvent) que, pendant une chasse communautaire, les chasseurs tuent trop de caribous. Ils ne pouvaient pas s&rsquo;occuper de tous les animaux, les d\u00e9couper, les mettre en r\u00e9serve&#8230; Un vieux a tenu la c\u00e9r\u00e9monie du <em>kushapatshikan<\/em>. Papakassik lui a parl\u00e9. Il lui a dit: \u00abAujourd&rsquo;hui, je me regarde. Je me vois \u00e9parpill\u00e9, partout. Je ne dis rien pour le moment. Faites bien attention \u00e0 vous.\u00bb L&rsquo;ann\u00e9e d&rsquo;apr\u00e8s, lors d&rsquo;une autre chasse communautaire, les m\u00eames chasseurs sont revenus. Ils se sont souvenus de ce qu&rsquo;avait dit Papakassik. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, le caribou n&rsquo;est pas pass\u00e9. Les chasseurs sont morts de faim, \u00e9parpill\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p>On ne d\u00e9sob\u00e9it pas \u00e0 Nutshimit. Tout Innu sait que venir troubler l&rsquo;ordre naturel aura des cons\u00e9quences. <\/p>\n\n\n\n<p>Utshekatakuat tshiuauinauat<\/p>\n\n\n\n<p>Shipua tshuauitamatin<\/p>\n\n\n\n<p>Ka ishi-takuak tshishikut tshuauiten<\/p>\n\n\n\n<p>Shakaikana tshuauitamatin<\/p>\n\n\n\n<p>Anisheniuat tshuauinauat<\/p>\n\n\n\n<p>Uashtuashkuan tshuauinauat<\/p>\n\n\n\n<p>Uashtuashkuan tshuauitamatin<\/p>\n\n\n\n<p>Uashku tshuauiten<\/p>\n\n\n\n<p>Nutshimiau tshuauitamatin<\/p>\n\n\n\n<p>Tu parles d&rsquo;\u00e9toiles<\/p>\n\n\n\n<p>Je te parle de rivi\u00e8res<\/p>\n\n\n\n<p>Tu parles d&rsquo;astres<\/p>\n\n\n\n<p>Je te parle de lacs<\/p>\n\n\n\n<p>Tu parles de l&rsquo;infini<\/p>\n\n\n\n<p>Je te parle de la toundra<\/p>\n\n\n\n<p>Tu parles d&rsquo;anges<\/p>\n\n\n\n<p>Je te parle d&rsquo;aurores bor\u00e9ales<\/p>\n\n\n\n<p>Tu parles des cieux<\/p>\n\n\n\n<p>Je te parle de la terre<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9sordre, chez les Premi\u00e8res Nations, a vraiment commenc\u00e9 avec la s\u00e9dentarisation. Afin de prendre possession de la terre sur laquelle nous vivions en nomades et de l&rsquo;exploiter, le gouvernement a nelev\u00e9 les enfants \u00e0 leurs familles et, ce faisant, a affaibli le nomadisme. La cr\u00e9ation des r\u00e9serves et des pensionnats indiens a oblig\u00e9 les parents \u00e0 se s\u00e9dentariser. Les chasseurs ne rejoignaient plus leur territoire que jusqu&rsquo;en d\u00e9cembre, puis ils redescendaient, mais sans leurs femmes et leurs enfants comme \u00b8a se passait dans le temps. Les m\u00e8res attendaient sur la c\u00f4te le retour de leurs enfants. Les multinationales s&rsquo;installaient insidieusement dans le Nutshimit de moins en moins fr\u00e9quent\u00e9 \u00e0 la suite du traumatisme de la s\u00e9paration forc\u00e9e. Quand ils ont construit les pensionnats pour que nous apprenions \u00e0 lire et \u00e0 \u00e9crire, ils ont tu\u00e9 le nomadisme, ce qui en retour a tu\u00e9 le territoire, parce que la r\u00e9gion a vu venir des gens qui cherchaient des limites. Ces gens ont creus\u00e9 la terre. Ils ont gaspill\u00e9 et bless\u00e9 toute cette terre qui \u00e9tait notre survivance. Il faut aller loin, loin, loin pour retrouver un territoire qui nous soigne. Les pensionnats avaient pour but de \u00abtuer l&rsquo;Indien dans l&rsquo;enfant\u00bb, comme c&rsquo;est encore \u00e9crit dans la Loi sur les Indiens. <\/p>\n\n\n\n<p>De l&rsquo;\u00e2ge de 5 ans jusqu&rsquo;\u00e0 mes 19 ans, au pensionnat indien pr\u00e8s de Mani-Utenam, j&rsquo;ai appris les outils qui me permettent aujourd&rsquo;hui d&rsquo;exprimer ce qu&rsquo;on a voulu faire taire en nous. Tout en voulant m&rsquo;acculturer, on m&rsquo;a donn\u00e9 les armes pour d\u00e9fendre ma culture. C&rsquo;est le paradoxe de la s\u00e9dentarisation. J&rsquo;entendais souvent les gens dire : \u00abD&rsquo;ici 50 ans, il n&rsquo;y aura plus d&rsquo;Indiens.\u00bb Le temps a pass\u00e9 et pourtant, nous n&rsquo;avons jamais \u00e9t\u00e9 aussi pr\u00e9sents qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui dans les sph\u00e8res culturelle, sociale et politique. Vers l&rsquo;\u00e2ge de 15 ou 16 ans, au pensionnat, je me voyais plus tard parler au nom de ma nation. Je m&rsquo;imaginais grande, tout en sachant tr\u00e8s bien que je ne mesurerais jamais plus de 4 pieds 11 pouces.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis partie pour la ville, o\u00f9 je suis devenue interpr\u00e8te pour plusieurs anthropologues avec qui j&rsquo;ai connu notre histoire et les mythes fondateurs qui m&rsquo;auraient \u00e9t\u00e9 racont\u00e9s s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas eu le pensionnat, et avec qui j&rsquo;ai aussi appris \u00e0 \u00e9crire ma langue. Tout ce que j&rsquo;aurais d\u00fb savoir il y a bien longtemps m,a \u00e9t\u00e9 rendu. aujourd&rsquo;hui, je transmets, par la po\u00e9sie, des mots anciens de la langue innue, des valeurs essentielles de notre culture et des pans de notre histoire. Si les anthropologues ne m&rsquo;avaient pas amen\u00e9e \u00e0 enregistrer et \u00e0 traduire les anciens, je ne pourrais pas l\u00e9guer leurs connaissances. Je reconnais l&rsquo;apport des linguistes et des anthropologues allochtones dans cette r\u00e9appropriation culturelle. Nous avons longtemps \u00e9t\u00e9 d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de notre parole puisque les livres \u00e9crits sur nous \u00e9taient toujours sign\u00e9s par d&rsquo;autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fait de pouvoir publier des \u0153uvres en notre nom est un renversement de l&rsquo;ordre \u00e9tabli depuis des g\u00e9n\u00e9rations. Il ne faut pas oublier que le premier livre \u00e9crit dans notre langue est la Bible, texte qui n&rsquo;avait rien \u00e0 voir avec notre culture. \u00catre po\u00e8te, parler des miens en innu-aimun et en fran\u00e7ais dans chacune de mes publications est un geste de r\u00e9sistance et de subversion. La culture qu&rsquo;on a voulu faire dispara\u00eetre s&rsquo;affirme dans mes po\u00e8mes. Je suis consciente de l&rsquo;urgence de sauvegarder l&rsquo;innu-aimun, notre langue qui s&rsquo;en va tranquillement. Le mode de vie s\u00e9dentaire fait dispara\u00eetre les mots du nomadisme li\u00e9s au Nutshimit. Nutshimit-aimun, la langue de l&rsquo;int\u00e9rieur des terres, est une langue n\u00e9e de la terre. elle est diff\u00e9rente de celle qu&rsquo;on utilise dans les villages ou les villes de la c\u00f4te. je r\u00e9entends les vieux dire : \u00abJ&rsquo;aimerais \u00eatre \u00e9tendu l\u00e0.\u00bb Ils choisissent l&rsquo;endroit o\u00f9 ils voulaient \u00eatre enterr\u00e9s. Ils y avaient v\u00e9cu des choses sp\u00e9ciales, s&rsquo;y sentaient bien. Si je parle du Nutshimit dans mes po\u00e8mes, il faut que je prenne le langage des anciens. il ne s&rsquo;agit pas de folklore ou de pass\u00e9isme, mais de survivance, de transmission pour les g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/p>\n\n\n\n<p>Manutakuaki aimun<\/p>\n\n\n\n<p>apu nita nipumakak<\/p>\n\n\n\n<p>Tshika petamuat<\/p>\n\n\n\n<p>nikan tshe takushiniht.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand une parole est offerte,<\/p>\n\n\n\n<p>elle ne meurt jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux qui viendront<\/p>\n\n\n\n<p>l&rsquo;entendront.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui, nous devons inventer de nouveaux lieux de rassemblement comme cela se passait dans le temps du nomadisme, quand les gens redescendaient vers la c\u00f4te pour laisser reposer les esprits des Maitres des animaux pendant l&rsquo;\u00e9t\u00e9. Le premier qui arrivait \u00e0 ce lieu de rassemblement attendait tous les autres. C&rsquo;\u00e9tait au premier printemps. Il restait encore de la neige. Les glaces n&rsquo;\u00e9taient pas totalement bris\u00e9es sur les rivi\u00e8res. Le deuxi\u00e8me printemps arrivait et c&rsquo;\u00e9tait le moment de la parole, le moment de danser, de festoyer. C&rsquo;\u00e9tait de belles rencontres, une grande f\u00eate lorsque les rivi\u00e8res n&rsquo;avaient plus de glace et qu&rsquo;on les descendait pour rejoindre la c\u00f4te. Peux-tu imaginer des centaines de canots sur la rivi\u00e8re, avec un vieux qui la connaissait bien post\u00e9 en avant pour diriger tous les canots, parce que la rivi\u00e8re est dangereuse quand elle est haute et qu&rsquo;elle peut \u00eatre parfois trompeuse&#8230; Il \u00e9tait capitaine, mais dans son canot, au lieu d&rsquo;\u00eatre sur un grand bateau.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut se rassembler autour d&rsquo;un livre. Quand j&rsquo;interviens dans les \u00e9coles d&rsquo;une communaut\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre et que je portage avec la parole des anciens \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de mes recueils, je rassemble les g\u00e9n\u00e9rations. J&rsquo;apporte de l&rsquo;espoir aux jeunes et je leur redonne la fiert\u00e9. Ils prennent de la force \u00e0 travers les mots qu&rsquo;ils lisent et \u00e9crivent. Quand ils d\u00e9couvrent le langage du Nutshimit, ils reprennent possession de leurs racines et trouvent le courage de regarder vers l&rsquo;avenir. Un seul mot a le pouvoir de les ramener \u00e0 la grandeur de la culture de leurs grands-parents. Chez nous, le respect des ain\u00e9s est tr\u00e8s important. <\/p>\n\n\n\n<p>Alors, oui, \u00e9crire dans ma langue, publier dans ma langue est une action rare et militante. Chacun de mes recueils peut para\u00eetre comme un objet non identifi\u00e9 dans le paysage litt\u00e9raire francophone, une m\u00e9t\u00e9orite cr\u00e9atrice d&rsquo;un l\u00e9ger d\u00e9sordre par rapport aux attentes habituelles, et pourtant, il s&rsquo;agit de ramener l&rsquo;ordre ancestral dans nos communaut\u00e9s comme dans nos relations avec les allochtones. Je r\u00eave que la po\u00e9sie soit la rivi\u00e8re menant \u00e0 une cohabitation pacifique. <\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai compris assez t\u00f4t dans ma vie que ce n&rsquo;est pas en s&rsquo;opposant qu&rsquo;on avance, mais en cr\u00e9ant des collaborations in\u00e9dites avec les autres. En 1995, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 laur\u00e9ate pour la formation d&rsquo;un cin\u00e9aste autochtone \u00e0 l&rsquo;Office national du film du Canada. Tout le monde s&rsquo;attendait \u00e0 ce que je r\u00e9alise un film sur les miens, alors je me suis dit que, puisque les cin\u00e9astes allochtones font sans cesse des films sur les Indiens, j&rsquo;allais r\u00e9aliser un film sur un Blanc. Toutes les ann\u00e9es o\u00f9 j&rsquo;avais enregistr\u00e9s les ain\u00e9s, j&rsquo;entendais souvent parler d&rsquo;un certain Tshishe Mistikushisht, \u00e9galement surnomm\u00e9 Inashikushiss, \u00abcelui qui sait vivre deux cultures\u00bb. Il s&rsquo;agissait du Belge Johan Beetz. Apr\u00e8s avoir constat\u00e9, \u00e0 l&rsquo;exposition universelle de Paris au d\u00e9but du 20e si\u00e8cle, le prix auquel les gens \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 payer les fourrures, il a fait grimper celui-ci pour assurer la juste r\u00e9mun\u00e9ration des chasseurs. \u00c9tabli sur la Basse-C\u00f4te-Nord, mari\u00e9 \u00e0 une m\u00e9tisse innue, il faisait l&rsquo;\u00e9levage du renard argent\u00e9. J&rsquo;aimais ce personnage parce que les vieux en parlaient en bien. Ils le trouvaient diff\u00e9rent, avec sa moustache aristocratique. Je suis partie en Belgique et sur la Basse-C\u00f4te-Nord pour retracer son voyage jusqu&rsquo;\u00e0 nous. Le film s&rsquo;intitule <em>Tshishe Mishtikuashisht &#8211; Le petit grand Europ\u00e9en : Johan Beetz<\/em>. Une Innue qui r\u00e9alise un film sur un Belge, c&rsquo;\u00e9tait un beau pied de nez \u00e0 tous ces films exotiques sur les Indiens, un renversement des r\u00f4les &#8211; un acte politique, sans doute. J&rsquo;ai toujours \u00e9t\u00e9 un peu d\u00e9sob\u00e9issante.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon engagement est celui d&rsquo;une force tranquille. J&rsquo;essaie de voir le bon c\u00f4t\u00e9 en toute chose, ce qui me fait prendre l&rsquo;art \u00e0 contrepied. Tandis que l&rsquo;on parle beaucoup d&rsquo;appropriation culturelle, je suis plut\u00f4t quelqu&rsquo;un qui cr\u00e9e des complicit\u00e9s culturelles. Il est impossible de vivre chacun de son c\u00f4t\u00e9 aujourd&rsquo;hui. Il ne faut pas non plus aller dans le sens du ghetto dans lequel on a voulu nous enfermer. Si la relation est bas\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, l,\u00e9change, la curiosit\u00e9 et le respect de l&rsquo;autre, l&rsquo;harmonie apparait. Je crois au pouvoir du dialogue et de la co-naissance. Il nous faut cr\u00e9er un nouvel ordre port\u00e9 par des cr\u00e9ations communes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abEka pashishta e tepitepuatakuini tshetshi tshiueshkuenin<\/p>\n\n\n\n<p>-Ob\u00e9is \u00e0 ton coeur qui se souvient de tout <\/p>\n\n\n\n<p>-J&rsquo;ob\u00e9is \u00e0 la joie qui prend ta main<\/p>\n\n\n\n<p>-D\u00e9sob\u00e9is aux couleurs qui s\u00e9parent, aux fronti\u00e8res qui morc\u00e8lent<\/p>\n\n\n\n<p>-Pashista minuashitun uetinaki tshitishinu<\/p>\n\n\n\n<p>-D\u00e9sob\u00e9is \u00e0 tes enfants qui font fl\u00e9chir tes genoux<\/p>\n\n\n\n<p>-N&rsquo;ob\u00e9is pas quand on manque de respect \u00e0 la tristesse de l&rsquo;enfant<\/p>\n\n\n\n<p>-Ob\u00e9is \u00e0 l&rsquo;enfant quand il te regarde de travers<\/p>\n\n\n\n<p>-Eka pashishta e manenimakaniti auass ka ushtuenitak<\/p>\n\n\n\n<p>-D\u00e9sob\u00e9is aux remords, aux regrets, aux chemins tout trac\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>-Ob\u00e9is \u00e0 l&rsquo;homme de l&rsquo;int\u00e9rieur des terres qui se bat pour sa vie<\/p>\n\n\n\n<p>-D\u00e9sob\u00e9is \u00e0 ce qui t&#8217;emp\u00eache de grandir et de te transformer<\/p>\n\n\n\n<p>-Pushishtu pishim Uatamakuini aimunu<\/p>\n\n\n\n<p>-Ob\u00e9is aux vibrations sonores des arbres qui chantent entre eux<\/p>\n\n\n\n<p>-Ne te retourne pas quand on te demande de gaspiller les arbres<\/p>\n\n\n\n<p>-D\u00e9sob\u00e9is \u00e0 la nuit quand tu veux qu&rsquo;il fasse jour<\/p>\n\n\n\n<p>-Ob\u00e9is aux arbres qui voyagent en po\u00e9sie<\/p>\n\n\n\n<p>-D\u00e9sob\u00e9is au jour quand tu sais qu&rsquo;il fait nuit ailleurs<\/p>\n\n\n\n<p>-Ob\u00e9is \u00e0 la terre, elle demande r\u00e9paration<\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;]\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi commence le dialogue po\u00e9tique \u00abMatshimashka! R\u00e9siste!\u00bb, c\u00e9crit avec Laure Morali. C,est \u00e0 travers des \u00e9changes personnels que nous pouvons atteindre l&rsquo;universel. Depuis la parution, en 2008, de l&rsquo;anthologie de correspondances entre \u00e9crivains des Premi\u00e8res nations et \u00e9crivains qu\u00e9b\u00e9cois <em>Aimititau! Parlons-nous!<\/em>, dans laquelle j&rsquo;ai fait para\u00eetre mes premiers po\u00e8mes en correspondance avec ceux de Jos\u00e9 Acquelin, j,ai compris l&rsquo;importance de sortir de la solitude pour faire entendre sa propre histoire. Le livre se termine sur le po\u00e8me suivant, paru par la suite dans mon premier recueil, <em>Tsissinuatshitakana &#8211; B\u00e2tons \u00e0 message<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Niminunakuitishun<\/p>\n\n\n\n<p>nuash nishkana tshetshi uapatakaniti<\/p>\n\n\n\n<p>tshetshi pishkapatakaniti<\/p>\n\n\n\n<p>nin eka nita<\/p>\n\n\n\n<p>tshe tipatshimikauian.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis faite belle<\/p>\n\n\n\n<p>pour qu&rsquo;on remarque <\/p>\n\n\n\n<p>la moelle de mes os<\/p>\n\n\n\n<p>survivante d&rsquo;un r\u00e9cit<\/p>\n\n\n\n<p>qu&rsquo;on ne raconte pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce po\u00e8me marque la fin de l&rsquo;effacement. L&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;<em>Aimititau! Parlons-nous!<\/em> dans le paysage qu\u00e9b\u00e9cois a permis de cr\u00e9er un premier rapprochement \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 on ne parlait pas encore de r\u00e9conciliation. Petit \u00e0 petit, les publications issues de cette anthologie se sont multipli\u00e9es. les auteurs des Premi\u00e8res Nations participent maintenant \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements litt\u00e9raires nationaux et internationaux aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;auteurs de tous horizons. L&rsquo;important, pour moi, au-del\u00e0 de faire connaitre ma culture et ma langue, est d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme po\u00e8te, tout simplement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici commence un acte encore plus subversif. L&rsquo;institution est-elle pr\u00eate \u00e0 lire un auteur sans consid\u00e9rer ses origines? Ma demande est tr\u00e8s simple et pourtant, elle semble compliqu\u00e9e. Lorsqu&rsquo;on me pr\u00e9sente, dans une lecture, dans les m\u00e9dias, dans un rayon de librairie, je suis toujours une \u00abpo\u00e8te innue\u00bb, une \u00ab\u00e9crivaine autochtone\u00bb&#8230; Assiste-t-on \u00e0 la naissance d&rsquo;un autre exotisme?<\/p>\n\n\n\n<p>Je r\u00eave d&rsquo;une relation juste, de respect, d&rsquo;\u00e9galit\u00e9. J&rsquo;\u00e9cris pour qu&rsquo;on nous reconnaisse comme d\u00e9positaires d&rsquo;une grande culture au m\u00eame titre que les autres cultures et pour que nos valeurs viennent enrichir la part commune de notre humanit\u00e9. \u00abInnu\u00bb signifie \u00ab\u00eatre humain\u00bb. Je m&rsquo;appelle humain. Je suis une po\u00e8te de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Uapaki Pour demain Texte issu d&rsquo;une conversation avec Laure Morali Nous perdons de vue les choses qui nous unissent intimement \u00e0 la terre. 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