{"id":307,"date":"2019-09-10T21:26:23","date_gmt":"2019-09-10T21:26:23","guid":{"rendered":"https:\/\/ethique-rlaroche.profweb.ca\/?page_id=307"},"modified":"2021-01-15T11:25:42","modified_gmt":"2021-01-15T11:25:42","slug":"mona-chollet","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/?page_id=307","title":{"rendered":"Mona Chollet"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Sorci\u00e8res,\nLa puissance invaincue des femmes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>(Extrait)<\/p>\n\n\n\n<p>Introduction <\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;UNE VICTIME DES MODERNES ET NON DES\nANCIENS&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il m\u2019a fallu un temps\n\u00e9tonnamment long pour mesurer le malentendu que recouvraient la d\u00e9bauche de\nfantaisie, l\u2019imagerie d\u2019h\u00e9ro\u00efne aux superpouvoirs associ\u00e9es aux sorci\u00e8res dans\nles productions culturelles qui m\u2019entouraient. Pour comprendre que, avant de\ndevenir un stimulant pour l\u2019imagination ou un titre honorifique, le mot\n\u00ab&nbsp;sorci\u00e8re&nbsp;\u00bb avait \u00e9t\u00e9 la pire marque d\u2019infamie, l\u2019imputation\nmensong\u00e8re qui avait valu la torture et la mort \u00e0 des dizaines de milliers de\nfemmes. Dans la conscience collective, les chasses aux sorci\u00e8res qui se sont\nd\u00e9roul\u00e9es en Europe, essentiellement aux XVI<sup>e<\/sup> et XVII<sup>e<\/sup>\nsi\u00e8cles, occupent une place \u00e9trange. Les proc\u00e8s en sorcellerie reposaient sur\ndes accusations extravagantes \u2013 le vol de nuit pour se rendre au sabbat, le\npacte et la copulation avec le Diable \u2013 qui semblent les avoir entra\u00een\u00e9s \u00e0 leur\nsuite dans la sph\u00e8re de l\u2019irr\u00e9alit\u00e9, les arrachant \u00e0 leur ancrage historique. \u00c0\nnos yeux, quand nous la d\u00e9couvrons aujourd\u2019hui, la premi\u00e8re repr\u00e9sentation\nconnue d\u2019une femme volant sur balai, dans la marge du manuscrit de Martin le\nFranc <em>Le champion des dames<\/em>\n(1441-1442), a des allures l\u00e9g\u00e8res et fac\u00e9tieuses; elle semble surgie d\u2019un film\nde Tim Burton, du g\u00e9n\u00e9rique de Ma sorci\u00e8re bien-aim\u00e9e ou d\u2019une d\u00e9coration\nd\u2019Halloween. Et pourtant, au moment o\u00f9 elle appara\u00eet, vers 1440, elle annonce\ndes si\u00e8cles de souffrances. \u00c9voquant l\u2019invention du sabbat, l\u2019historien Guy\nBechtel constate&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce grand po\u00e8me id\u00e9ologique a beaucoup\ntu\u00e9.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>\nQuant aux tortures sexuelles, leur r\u00e9alit\u00e9 semble s\u2019\u00eatre dissoute dans\nl\u2019imagerie sadienne et les \u00e9mois troubles qu\u2019elle suscite.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2016, le Mus\u00e9e\nSaint-Jean de Bruges a consacr\u00e9 une exposition aux \u00ab&nbsp;Sorci\u00e8res de\nBruegel&nbsp;\u00bb, le ma\u00eetre flamand ayant \u00e9t\u00e9 le premier peintre \u00e0 s\u2019emparer de\nce th\u00e8me. Sur un panneau figuraient les noms des dizaines de femmes de la ville\nbr\u00fbl\u00e9es comme sorci\u00e8res sur la place publique. \u00ab&nbsp;Beaucoup d\u2019habitants de\nBruges portent toujours ces noms de famille et ignoraient, avant de visiter\nl\u2019exposition, qu\u2019ils ont peut-\u00eatre eu une anc\u00eatre accus\u00e9e de\nsorcellerie&nbsp;\u00bb, commentait le directeur du mus\u00e9e.<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> Il disait cela en\nsouriant, comme si le fait de compter dans son arbre g\u00e9n\u00e9alogique une innocente\nmassacr\u00e9e sur la base d\u2019all\u00e9gations d\u00e9lirantes \u00e9tait une petite anecdote trop\nsympa \u00e0 raconter \u00e0 ses amis. Et l\u2019on s\u2019interroge&nbsp;: de quel autre crime de\nmasse, m\u00eame ancien, est-il possible de parler ainsi le sourire aux l\u00e8vres?<\/p>\n\n\n\n<p>En an\u00e9antissant parfois\ndes familles enti\u00e8res, en faisant r\u00e9gner la terreur, en r\u00e9primant sans piti\u00e9\ncertains comportements et certaines pratiques d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9s comme\nintol\u00e9rables, les chasses aux sorci\u00e8res ont contribu\u00e9 \u00e0 fa\u00e7onner le monde qui\nest le n\u00f4tre. Si elles n\u2019avaient pas eu lieu, nous vivrions probablement dans\ndes soci\u00e9t\u00e9s tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Elles nous en disent beaucoup sur les choix qui\nont \u00e9t\u00e9 faits, sur les voies qui ont \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9es et celles qui ont \u00e9t\u00e9\ncondamn\u00e9es. Pourtant, nous nous refusons \u00e0 les regarder en face. M\u00eame quand\nnous acceptons la r\u00e9alit\u00e9 de cet \u00e9pisode de l\u2019histoire, nous trouvons des\nmoyens de le tenir \u00e0 distance. Ainsi, on fait souvent l\u2019erreur de le situer au Moyen\n\u00c2ge, d\u00e9peint comme une \u00e9poque recul\u00e9e et obscurantiste avec laquelle nous\nn\u2019aurions plus rien \u00e0 voir, alors que les grandes chasses se sont d\u00e9roul\u00e9es \u00e0\nla Renaissance \u2013 elles ont commenc\u00e9 vers 1400 et pris de l\u2019ampleur surtout \u00e0\npartir de 1560. Des ex\u00e9cutions ont encore eu lieu \u00e0 la fin du XVIII<sup>e<\/sup>\nsi\u00e8cle, comme celle d\u2019Anna G\u00f6ldi, d\u00e9capit\u00e9 \u00e0 Glaris, en Suisse, en 1782. La\nsorci\u00e8re, \u00e9crit Guy Bechtel, \u00ab&nbsp;fut victime des Modernes et non des\nanciens&nbsp;\u00bb.<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, on met souvent\nles pers\u00e9cutions sur le compte d\u2019un fanatisme religieux incarn\u00e9 par des\ninquisiteurs pervers. Or l\u2019Inquisition, avant tout pr\u00e9occup\u00e9e des h\u00e9r\u00e9tiques, a\ntr\u00e8s peu pourchass\u00e9 les sorci\u00e8res; l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 des condamnations ont\n\u00e9t\u00e9 le fait de cours civiles. En mati\u00e8re de sorcellerie, les juges la\u00efcs se\nsont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s \u00ab&nbsp;plus cruels et plus fanatiques que Rome&nbsp;\u00bb.<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a> La distinction n\u2019a\nd\u2019ailleurs qu\u2019un sens tr\u00e8s relatif dans un monde o\u00f9 il n\u2019existait pas\nd\u2019en-dehors possible \u00e0 la croyance religieuse. M\u00eame les quelques voix qui\ns\u2019\u00e9lev\u00e8rent contre les pers\u00e9cutions, comme celle du m\u00e9decin Jean Wier, qui, en\n1563, d\u00e9non\u00e7a un \u00ab&nbsp;bain de sang d\u2019innocents&nbsp;\u00bb, ne remettaient pas en\nquestion l\u2019existence du Diable. Quant aux protestants, malgr\u00e9 leur image de\nplus grande rationalit\u00e9, ils ont traqu\u00e9 les sorci\u00e8res avec la m\u00eame ardeur que\nles catholiques. Le retour \u00e0 une lecture litt\u00e9rale de la Bible pr\u00f4n\u00e9 par la\nR\u00e9forme ne favorisait pas la cl\u00e9mence, au contraire. \u00c0 Gen\u00e8ve, sous Calvin, on\nex\u00e9cuta trente-cinq \u00ab&nbsp;sorci\u00e8res&nbsp;\u00bb, au nom de deux lignes de l\u2019Exode qui\ndisent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu ne laisseras pas vivre la magicienne.&nbsp;\u00bb\nL\u2019intol\u00e9rance du climat \u00e0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019orgie sanguinaire des guerres de religion\n\u2013 trois mille protestants tu\u00e9s \u00e0 Paris \u00e0 la Saint-Barth\u00e9lemy, en 1572 \u2013 ont\nnourri la cruaut\u00e9 des deux camps \u00e0 leur \u00e9gard. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 vrai dire, c\u2019est\npr\u00e9cis\u00e9ment parce que les chasses aux sorci\u00e8res nous parlent de notre monde que\nnous avons d\u2019excellentes raisons de ne pas les regarder en face. S\u2019y risquer,\nc\u2019est se confronter au visage le plus d\u00e9sesp\u00e9rant de l\u2019humanit\u00e9. Elles illustrent\nd\u2019abord l\u2019ent\u00eatement des soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 d\u00e9signer r\u00e9guli\u00e8rement un bouc \u00e9missaire \u00e0\nleurs malheurs, et \u00e0 s\u2019enfermer dans une spirale d\u2019irrationalit\u00e9, inaccessibles\n\u00e0 toute argumentation sens\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019accumulation des discours de\nhaine et une hostilit\u00e9 devenue obsessionnelle justifient le passage \u00e0 la\nviolence physique, per\u00e7ue comme une l\u00e9gitime d\u00e9fense du corps social. Elles\nillustrent, pour reprendre les mots de Fran\u00e7oise d\u2019Eaubonne, la capacit\u00e9\nhumaine \u00e0 \u00ab&nbsp;d\u00e9cha\u00eener un massacre par un raisonnement digne d\u2019un\nali\u00e9n\u00e9&nbsp;\u00bb.<a href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>\nLa diabolisation des femmes qualifi\u00e9es de sorci\u00e8res eut d\u2019ailleurs beaucoup en\ncommun avec l\u2019antis\u00e9mitisme. On parlait du \u00ab&nbsp;sabbat&nbsp;\u00bb ou de la\n\u00ab&nbsp;synagogue&nbsp;\u00bb des sorci\u00e8res; on les soup\u00e7onnait, comme les juifs, de\nconspirer pour d\u00e9truire la chr\u00e9tient\u00e9 et on les repr\u00e9sentait, comme eux, avec\nle nez crochu. En 1618, un greffier qui s\u2019ennuie lors d\u2019une ex\u00e9cution pr\u00e8s de\nColmar dessine l\u2019accus\u00e9e dans la marge de son compte rendu&nbsp;: il la\nrepr\u00e9sente avec une coiffure traditionnelle juive, \u00ab&nbsp;\u00e0 pendeloques,\nentour\u00e9e d\u2019\u00e9toiles de David&nbsp;\u00bb.<a href=\"#_ftn6\">[6]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Comme souvent, la\nd\u00e9signation du bouc \u00e9missaire, loin d\u2019\u00eatre le fait d\u2019une populace grossi\u00e8re,\nest venue d\u2019en haut, des classes cultiv\u00e9es. La naissance du mythe de la\nsorci\u00e8re co\u00efncide \u00e0 peu pr\u00e8s avec celle \u2013 en 1454 \u2013 de l\u2019imprimerie, qui y a\njou\u00e9 un r\u00f4le essentiel. Bechtel parle d\u2019une \u00ab&nbsp;op\u00e9ration m\u00e9diatique&nbsp;\u00bb\nqui \u00ab&nbsp;utilisa tous les vecteurs d\u2019information de l\u2019\u00e9poque&nbsp;\u00bb&nbsp;:\n\u00ab&nbsp;les livres pour ceux qui lisaient, les sermons pour les autres, pour\ntous grandes quantit\u00e9s de repr\u00e9sentations&nbsp;\u00bb. \u0152uvre de deux inquisiteurs,\nl\u2019Alsacien Henri Institoris (ou Heinrick Kr\u00e4mer) et le B\u00e2lois Jakob Sprenger, <em>Le Marteau des sorci\u00e8res<\/em> (<em>Malleus maleficarum<\/em>), publi\u00e9 en 1487, a\npu \u00eatre compar\u00e9 \u00e0 <em>Mein Kampf<\/em> d\u2019Adolf\nHitler. R\u00e9\u00e9dit\u00e9 une quinzaine de fois, il fut diffus\u00e9 \u00e0 trente mille\nexemplaires dans toute l\u2019Europe durant les grandes chasses&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pendant\nce temps de feu, dans tous les proc\u00e8s, les juges vont s\u2019en servir. Ils vont\nposer les questions du <em>Malleus<\/em> et\nentendre les r\u00e9ponses du <em>Malleus<\/em>.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn7\">[7]<\/a> De quoi battre en br\u00e8che\nnotre vision un brin id\u00e9alis\u00e9e des premiers usages de l\u2019imprimerie\u2026 Accr\u00e9ditant\nl\u2019id\u00e9e d\u2019une menace imminente qui exige l\u2019emploi de moyens exceptionnels, <em>Le Marteau des sorci\u00e8res<\/em> entretient une\nhallucination collective. Son succ\u00e8s fait na\u00eetre d\u2019autres vocations de\nd\u00e9monologues, qui nourrissent un v\u00e9ritable filon \u00e9ditorial. Les auteurs de ces\nouvrages \u2013 tel le philosophe fran\u00e7ais Jean Bodin (1530-1596) -, qui y\napparaissent comme des fous furieux, \u00e9taient par ailleurs des \u00e9rudits et des\nhommes de grand renom, souligne Bechtel&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quel contraste avec la\ncr\u00e9dulit\u00e9, la brutalit\u00e9 dont ils firent tous preuve dans leurs expos\u00e9s\nd\u00e9monologiques.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9LIMINER LES T\u00caTES\nF\u00c9MININES QUI D\u00c9PASSENT<\/p>\n\n\n\n<p>On ressort glac\u00e9 de ces\nr\u00e9cits, et encore davantage quand on est une femme. Certes, de nombreux hommes\nont \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9s pour sorcellerie; mais la misogynie a \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur des\npers\u00e9cutions. \u00ab&nbsp;Les sorciers sont peu de chose&nbsp;\u00bb, assure le <em>Malleus maleficarum<\/em>. Ses auteurs\nestiment que s\u2019il n\u2019y avait pas la \u00ab&nbsp;malice&nbsp;\u00bb des femmes, \u00ab&nbsp;m\u00eame\nen ne disant rien des sorci\u00e8res, le monde serait lib\u00e9r\u00e9 d\u2019innombrables\np\u00e9rils&nbsp;\u00bb. Faibles de corps et d\u2019esprit, anim\u00e9es par un insatiable d\u00e9sir de\nluxure, elles sont cens\u00e9es faire des proies faciles pour le Diable. Dans les\nproc\u00e8s, elles ont repr\u00e9sent\u00e9 en moyenne 80 % des accus\u00e9s et 85 % des condamn\u00e9s.<a href=\"#_ftn8\">[8]<\/a> Elles \u00e9taient aussi plus\nd\u00e9munies face \u00e0 la machine judiciaire&nbsp;: en France, les hommes comptaient\npour 20 % des accus\u00e9s, mais ils furent \u00e0 l\u2019origine de 50 % des proc\u00e9dures en\nappel aupr\u00e8s du Parlement. Alors qu\u2019auparavant les tribunaux refusaient leur\nt\u00e9moignage, les Europ\u00e9ennes n\u2019acc\u00e9d\u00e8rent au statut de sujets \u00e0 part enti\u00e8re aux\nyeux de la loi que pour \u00eatre accus\u00e9es en masse de sorcellerie. La campagne\nmen\u00e9e entre 1587 et 1593 dans vingt-deux villages des environs de Tr\u00e8ves, en\nAllemagne \u2013 lieu d\u2019apparition et \u00e9picentre, avec la Suisse, des chasses aux\nsorci\u00e8res -, fut si f\u00e9roce que, dans deux d\u2019entre eux, elle ne laissa plus\nqu\u2019une femme encore en vie; en tout, on en avait br\u00fbl\u00e9 368. Des lign\u00e9es\nf\u00e9minines enti\u00e8res furent \u00e9limin\u00e9es&nbsp;: les charges contre Madelaine Denas,\nbr\u00fbl\u00e9e dans le Cambr\u00e9sis en 1670, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de soixante-dix-sept ans, n\u2019\u00e9taient\npas tr\u00e8s claires, mais on avait d\u00e9j\u00e0 ex\u00e9cut\u00e9 sa tante, sa m\u00e8re et sa fille, et\non pensait que la sorcellerie \u00e9tait h\u00e9r\u00e9ditaire. <\/p>\n\n\n\n<p>Les accusations ont\nlongtemps \u00e9pargn\u00e9 les classes sup\u00e9rieures et, quand elles ont fini par les\natteindre \u00e0 leur tour, les proc\u00e8s se sont rapidement \u00e9teints. Auparavant, les\nennemis politiques de certains notables d\u00e9non\u00e7aient parfois comme sorci\u00e8res les\nfilles ou les \u00e9pouses de ces derniers, parce que c\u2019\u00e9tait plus facile que de s\u2019en\nprendre directement \u00e0 eux; mais, dans leur grande majorit\u00e9, les victimes\nappartenaient aux classes populaires. Elles se retrouvaient aux mains d\u2019institutions\nenti\u00e8rement masculines&nbsp;: interrogateurs, pr\u00eatres ou pasteurs,\ntortionnaires, gardiens, juges, bourreaux. On imagine leur panique et leur\nd\u00e9tresse, d\u2019autant plus qu\u2019elles affrontaient en g\u00e9n\u00e9ral cette \u00e9preuve dans une\nsolitude totale. Les hommes de leur famille prenaient rarement leur d\u00e9fense,\nquand ils ne se joignaient pas aux accusateurs. Pour certains, cette s\u2019expliquait\npar la peur, puisque la plupart des hommes accus\u00e9s l\u2019\u00e9taient en tant que\nproches de \u00ab sorci\u00e8res \u00bb. D\u2019autres profit\u00e8rent du climat de suspicion\ng\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e \u00ab pour se d\u00e9barrasser d\u2019\u00e9pouses ou d\u2019amantes encombrantes, ou pour\nemp\u00eacher la vengeance de celles qu\u2019ils avaient s\u00e9duites ou viol\u00e9es \u00bb, relate\nSilvia Federici, pour qui \u00ab ces ann\u00e9es de terreur et de propagande sem\u00e8rent les\ngraines d\u2019une ali\u00e9nation psychologique profonde des hommes envers les femmes \u00bb<a href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines accus\u00e9es\n\u00e9taient \u00e0 la fois des magiciennes et des gu\u00e9risseuses; un m\u00e9lange d\u00e9concertant\n\u00e0 nos yeux, mais qui allait de soi \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Elles jetaient ou levaient des\nsorts, fournissaient des philtres et des potions, mais elles soignaient aussi\nles malades et les bless\u00e9s, ou aidaient les femmes \u00e0 accoucher. Elles repr\u00e9sentaient\nle seul recours vers lequel le peuple pouvait se tourner et avaient toujours\n\u00e9t\u00e9 des membres respect\u00e9s de la communaut\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on assimile leurs\nactivit\u00e9s \u00e0 des agissements diaboliques. Plus largement, cependant, toute t\u00eate\nf\u00e9minine qui d\u00e9passait pouvait susciter des vocations de chasseur de sorci\u00e8res.\nR\u00e9pondre \u00e0 un voisin, parler haut, avoir un fort caract\u00e8re ou une sexualit\u00e9 un\npeu trop libre, \u00eatre une g\u00eaneuse d\u2019une quelconque mani\u00e8re suffisait \u00e0 vous\nmettre en danger. Dans une logique famili\u00e8re aux femmes de toutes les \u00e9poques,\nchaque comportement et son contraire pouvaient se retourner contre vous&nbsp;:\nil \u00e9tait suspect de manquer la messe trop souvent, mais il \u00e9tait suspect aussi\nde ne jamais la manquer; suspect de se r\u00e9unir r\u00e9guli\u00e8rement avec des amies,\nmais aussi de mener une vie trop solitaire<a href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>\u2026 L\u2019\u00e9preuve du bain le\nr\u00e9sume tr\u00e8s bien. La femme \u00e9tait jet\u00e9e \u00e0 l\u2019eau&nbsp;: si elle soulait, elle\n\u00e9tait innocente; si elle flottait, elle \u00e9tait une sorci\u00e8re et devait donc \u00eatre\nex\u00e9cut\u00e9e. On retrouve \u00e9galement beaucoup le m\u00e9canisme du \u00ab refus d\u2019aum\u00f4ne \u00bb&nbsp;:\nles riches qui d\u00e9daignaient la main tendue d\u2019une mendiante et qui, ensuite,\ntombaient malades ou souffraient d\u2019une infortune quelconque s\u2019empressaient de l\u2019accuser\nde leur avoir jet\u00e9 un sort, transf\u00e9rant ainsi sur elle un obscur sentiment de\nculpabilit\u00e9. Dans d\u2019autres cas, on rencontre la logique du bouc \u00e9missaire sous\nsa forme la plus pure&nbsp;: \u00ab Des navires sont en difficult\u00e9 sur la mer? Digna\nRobert, en Belgique, est saisie, br\u00fbl\u00e9e, expos\u00e9e sur une roue (1585). Un moulin\npr\u00e8s de Bordeaux ne fonctionne plus ? On pr\u00e9tend que Jeanne Noals, dite Gache,\nl\u2019a \u00ab chevill\u00e9 \u00bb (1619)<a href=\"#_ftn11\">[11]<\/a>. \u00bb Qu\u2019importe s\u2019il s\u2019agissait\nde femmes parfaitement inoffensives&nbsp;: leurs concitoyens \u00e9taient persuad\u00e9s\nqu\u2019elles d\u00e9tenaient un pouvoir de nuire sans limite. Dans <em>La Temp\u00eate <\/em>de\nShakespear (1611), il est dit de l\u2019esclave Caliban que sa m\u00e8re \u00ab \u00e9tait une\npuissante sorci\u00e8re \u00bb, et Fran\u00e7ois Guizot pr\u00e9cisait \u00e0 ce sujet dans sa\ntraduction de 1864&nbsp;: \u00ab Dans toutes les anciennes accusations de\nsorcellerie en Angleterre, on trouve constamment l\u2019\u00e9pith\u00e8te <em>strong <\/em>associ\u00e9e\nau mot <em>witch<\/em>, comme une qualification sp\u00e9ciale et augmentative. Les\ntribunaux furent oblig\u00e9s de d\u00e9cider, contre l\u2019opinion populaire, que le mot <em>strong<\/em>\nn\u2019ajoutait rien \u00e0 l\u2019accusation. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Avoir un corps de femme\npouvait suffire \u00e0 faire de vous une suspecte. Apr\u00e8s leur arrestation, les\naccus\u00e9es \u00e9taient d\u00e9nud\u00e9es, ras\u00e9es et livr\u00e9es \u00e0 un \u00ab piqueur \u00bb, qui recherchait\nminutieusement la marque du Diable, \u00e0 la surface comme \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de leur\ncorps, en y enfon\u00e7ant des aiguilles. N\u2019importe quelle tache, cicatrice ou irr\u00e9gularit\u00e9\npouvait faire office de preuve et on comprend que les femmes \u00e2g\u00e9es aient \u00e9t\u00e9\nconfondues en masse. Cette marque \u00e9tait cens\u00e9e rester insensible \u00e0 la douleur;\nor beaucoup de prisonni\u00e8res \u00e9taient si choqu\u00e9es par ce viol de leur pudeur \u2013\npar ce viol tout court \u2013 qu\u2019elles s\u2019\u00e9vanouissaient \u00e0 moiti\u00e9 et ne r\u00e9agissaient\ndonc pas aux piq\u00fbres. En \u00c9cosse, des \u00ab piqueurs \u00bb passaient m\u00eame dans les\nvillages et les villes en proposant de d\u00e9masquer les sorci\u00e8res qui se\ndissimulaient parmi leurs habitantes. En 1649, la ville anglaise de Newcastle-upon-Tyne\nengagea l\u2019un d\u2019eux en lui promettant vingt shillings par condamn\u00e9e. Trente\nfemmes furent amen\u00e9es \u00e0 la mairie et d\u00e9shabill\u00e9es. La plupart \u2013 quelle surprise\n\u2013 furent d\u00e9clar\u00e9es coupables.<a href=\"#_ftn12\">[12]<\/a> <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Comme lorsque je lis le\njournal, j\u2019en ai appris davantage que je ne l\u2019aurais souhait\u00e9 sur la cruaut\u00e9\nhumaine \u00bb, avoue Anne L. Barstow dans l\u2019introduction \u00e0 son \u00e9tude des chasses\naux sorci\u00e8res europ\u00e9ennes<a href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>. Et, en effet, le r\u00e9cit\ndes tortures est insoutenable; le corps d\u00e9sarticul\u00e9 par l\u2019estrapade, br\u00fbl\u00e9 par\ndes si\u00e8ges en m\u00e9tal chauff\u00e9 \u00e0 blanc, les os des jambes bris\u00e9s par les\nbrodequins, Les d\u00e9monologues recommandent de ne pas se laisser \u00e9mouvoir par les\nlarmes, attribu\u00e9es \u00e0 une ruse diabolique et forc\u00e9ment feintes. Les chasseurs de\nsorci\u00e8res se montrent \u00e0 la fois obs\u00e9d\u00e9s et terrifi\u00e9s par la sexualit\u00e9\nf\u00e9mini8ne. Les interrogateurs demandent inlassablement aux accus\u00e9es \u00ab comment\n\u00e9tait le p\u00e9nis du Diable \u00bb. <em>Le Marteau des sorci\u00e8res <\/em>affirme qu\u2019elles\nont le pouvoir de faire dispara\u00eetre les sexes masculins et qu\u2019elles en conservent\ndes collections enti\u00e8res dans des bo\u00eetes ou dans des nids d\u2019oiseau o\u00f9 ils fr\u00e9tillent\nd\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment (on n\u2019en a cependant jamais retrouv\u00e9). Par sa forme phallique, le\nbalai qu\u2019elles chevauchent, en plus d\u2019\u00eatre un symbole m\u00e9nager d\u00e9tourn\u00e9, t\u00e9moigne\nde leur libert\u00e9 sexuelle. Le sabbat est vu comme le lieu d\u2019une sexualit\u00e9\nd\u00e9brid\u00e9e, hors de contr\u00f4le. Les tortionnaires jouissent de la domination\nabsolue qu\u2019ils exercent sur les prisonni\u00e8res; ils peuvent donner libre cours \u00e0\nleur voyeurisme et leur sadisme sexuel. S\u2019y ajoutent les viols par les gardiens&nbsp;:\nlorsqu\u2019une d\u00e9tenue est retrouv\u00e9e \u00e9trangl\u00e9e dans on cachot, on dit que le Diable\nest venu reprendre sa servante. Beaucoup de condamn\u00e9es, au moment de leur\nex\u00e9cution, ne peuvent m\u00eame plus tenir debout. Mais, m\u00eame si elles sont\nsoulag\u00e9es d\u2019en finir, il leur reste \u00e0 affronter une mort atroce. Le d\u00e9monologue\nHenry Boguet relate la fin de Clauda Jam-Guillaume, qui trouve par trois fois\nla force de s\u2019\u00e9chapper du b\u00fbcher. Le bourreau n\u2019avait pas respect\u00e9 sa promesse\nde l\u2019\u00e9trangler avant que les flammes ne l\u2019atteignent. Elle l\u2019oblige ainsi \u00e0\ntenir parole&nbsp;: la troisi\u00e8me fois, il l\u2019assomme, de sorte qu\u2019elle meurt\ninconsciente<a href=\"#_ftn14\">[14]<\/a>.\n<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>UNE\nVIE \u00c0 SOI.<\/p>\n\n\n\n<p>LE FL\u00c9AU DE L\u2019IND\u00c9PENDANCE\nF\u00c9MININE<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;\u00ab Bonjour Gloria, je suis si heureuse d\u2019avoir enfin l\u2019occasion de vous parler\u2026 \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce jour de mars\n1990, sur CNN, Larry King re\u00e7oit Gloria Steinem, monstre sacr\u00e9 su f\u00e9minisme aux\n\u00c9tats-Unis. Une t\u00e9l\u00e9spectatrice appelle de Cleveland, Ohio. La voix est douce\net on pr\u00e9sume qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une admiratrice. Mais, tr\u00e8s vite, on comprend qu\u2019on\ns\u2019est tromp\u00e9. \u00ab Je pense que votre mouvement a \u00e9t\u00e9 un \u00e9chec complet, accuse la\nvoix suave. Je pense que vous \u00eates l\u2019une des causes principales du d\u00e9clin de\nnotre belle famille et de notre belle soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine. Quelques questions&nbsp;:\nj\u2019aimerais savoir si vous \u00eates mari\u00e9e? si vous avez des enfants? &#8230; \u00bb Par deux\nfois, l\u2019invit\u00e9e, tr\u00e8s calme, r\u00e9pond cr\u00e2nement \u00ab non \u00bb. Interrompue par le\npr\u00e9sentateur, qui tente diplomatiquement de r\u00e9sumer son propos, la vengeresse\nanonyme conclut en lan\u00e7ant&nbsp;: \u00ab Je pense que Gloria Steinem devrait br\u00fbler\nen enfer! \u00bb<a href=\"#_ftn15\">[15]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Journaliste devenue tr\u00e8s\nactive dans la d\u00e9fense des droits des femmes au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, Gloria\nSteinem (n\u00e9e en 1934) a toujours donn\u00e9 du fil \u00e0 retordre \u00e0 ses ennemis. D\u2019abord,\nsa beaut\u00e9 et ses nombreux amants invalident l\u2019all\u00e9gation classique selon\nlaquelle les revendications f\u00e9ministes ne feraient que dissimuler l\u2019aigreur et\nla frustration de laiderons \u00e0 qui aucun homme n\u2019a fait l\u2019honneur de jeter son\nd\u00e9volu sur elles. En outre, la vie pleine et intense qu\u2019elle a men\u00e9e et qu\u2019elle\nm\u00e8ne toujours, tourbillon de voyages et de d\u00e9couvertes, de militantisme et d\u2019\u00e9criture,\nd\u2019amours et d\u2019amiti\u00e9s, complique s\u00e9rieusement la t\u00e2che \u00e0 ceux pour qui l\u2019existence\nd\u2019une femme ne saurait avoir de sens sans le couple et la maternit\u00e9. \u00c0 un\njournaliste qui lui demandait pourquoi elle ne se mariait pas, elle avait fait\ncette r\u00e9ponse rest\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre&nbsp;: \u00ab Je n\u2019arrive pas \u00e0 m\u2019accoupler en captivit\u00e9.\n\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle a d\u00e9rog\u00e9 \u00e0 cette\nligne de conduite \u00e0 l\u2019\u00e2ge de soixante-six ans, pour que son compagnon d\u2019alors,\nqui \u00e9tait sud-africain, puisse obtenir sa <em>green card <\/em>et rester aux\n\u00c9tats-Unis. Elle l\u2019a \u00e9pous\u00e9 en Oklahoma, chez son amie la leader am\u00e9rindienne\nWilma Mankiller, lors d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie cherokee suivie d\u2019un \u00ab fantastique petit\nd\u00e9jeuner \u00bb; pour l\u2019occasion, elle avait rev\u00eatu son \u00ab plus beau jean \u00bb. Son mari\nest mort d\u2019un cancer trois ans plus tard. \u00ab Parce que nous avons \u00e9t\u00e9 l\u00e9galement\nmari\u00e9s, certains pensent qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 l\u2019amour de ma vie, et que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 le\nsien, confiait Steinem des ann\u00e9es plus tard \u00e0 la journaliste Rebecca Traister,\nqui enqu\u00eatait sur l\u2019histoire du c\u00e9libat f\u00e9minin aux \u00c9tats-Unis. C\u2019est vraiment\nne rien comprendre \u00e0 la singularit\u00e9 humaine. Il avait \u00e9t\u00e9 mari\u00e9 deux fois\nauparavant et il avait de merveilleux enfants adultes. J\u2019avais v\u00e9cu plusieurs\nhistoires heureuses avec des hommes qui sont encore mes amis et qui constituent\nma famille choisie. Certaines personnes ont un seul partenaire au cours de leur\nvie mais ce n\u2019est pas le cas de la plupart d\u2019entre nous. Et chacun de nos\namours est essentiel et unique<a href=\"#_ftn16\">[16]<\/a>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es\n1960, rappelle Rebecca Traister, le f\u00e9minisme am\u00e9ricain \u00e9tait domin\u00e9 par la\ntendance Betty Friedan \u2013 autrice en 1963 de <em>La Mystique f\u00e9minine<\/em>,\ncritique retentissante de l\u2019id\u00e9al de la femme au foyer. Friedan d\u00e9fendait \u00ab\ncelles qui voulaient l\u2019\u00e9galit\u00e9, mais tout en continuant d\u2019aimer leur mari et\nleurs enfants \u00bb. La critique du mariage en tant que tel n\u2019est apparue dans le\nmouvement que gr\u00e2ce \u00e0 la naissance du combat pour les droits des homosexuels et\n\u00e0 la plus grande visibilit\u00e9 des lesbiennes. Mais, m\u00eame alors, il paraissait impensable\n\u00e0 beaucoup de militantes que l\u2019on puisse \u00eatre h\u00e9t\u00e9rosexuelle et ne pas\nsouhaiter se marier<a href=\"#_ftn17\">[17]<\/a>; \u00ab du moins jusqu\u2019\u00e0 ce\nque Gloria apparaisse \u00bb. Gr\u00e2ce \u00e0 elle et \u00e0 quelques autres, en 1973, <em>Newsweek\n<\/em>constatait qu\u2019il \u00e9tait \u00ab enfin possible d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois c\u00e9libataire et\nenti\u00e8re \u00bb. \u00c0 la fin de la d\u00e9cennie, le taux de divorce avait explos\u00e9,\natteignant pr\u00e8s de 50 % <a href=\"#_ftn18\">[18]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>LE\nD\u00c9SIR DE LA ST\u00c9RILIT\u00c9<\/p>\n\n\n\n<p>LE DERNIER BASTION\nDE LA \u00ab NATURE \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La procr\u00e9ation\nchez les couples h\u00e9t\u00e9rosexuels, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment la maternit\u00e9, est le\ndernier domaine o\u00f9, m\u00eame chez les protagonistes, l\u2019argument de la \u00ab nature \u00bb,\ndont nous avons appris \u00e0 nous m\u00e9fier partout ailleurs, r\u00e8gne en ma\u00eetre. On sait\nque, au fil des si\u00e8cles, les th\u00e8ses les plus fantaisistes \u2013 et les plus\noppressives \u2013 ont \u00e9t\u00e9 justifi\u00e9es par les preuves \u00ab \u00e9videntes et indiscutables \u00bb\nqu\u2019\u00e9tait cens\u00e9e fournir l\u2019observation de la \u00ab nature \u00bb. Gustave Le Bon\naffirmait par exemple en 1879&nbsp;: \u00ab Les cerveaux de nombre de femmes sont\nplus rapproch\u00e9s en taille de ceux des gorilles que des cerveaux m\u00e2les les plus\nd\u00e9velopp\u00e9s. Cette inf\u00e9riorit\u00e9 est si \u00e9vidente que nul ne peut la contester pour\nun moment; son degr\u00e9 seul vaut la peine d\u2019\u00eatre discut\u00e9<a href=\"#_ftn19\">[19]<\/a>. Avec le recul, le\ncaract\u00e8re ridicule de ce genre de consid\u00e9rations nous appara\u00eet clairement.\nD\u00e9sormais, on \u00e9vite de d\u00e9duire d\u2019une conformation physique un certain type de\ndisposition, ou une injonction \u00e0 un comportement d\u00e9termin\u00e9. Dans les milieux\nprogressistes, plus personne, par exemple, n\u2019irait expliquer aux gays et aux\nlesbiennes que leurs pratiques sexuelles sont probl\u00e9matiques, qu\u2019ils et elles\nd\u00e9sirent les mauvaises personnes et que leurs organes n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 con\u00e7us pour\n\u00eatre utilis\u00e9s de cette mani\u00e8re, \u00ab pardon mais vous avez mal lu le mode d\u2019emploi,\nla nature dit que\u2026 \u00bb. En revanche, d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit de femmes et de b\u00e9b\u00e9s, tout\nle monde se l\u00e2che&nbsp;: c\u2019est la f\u00eate du slip de la nature \u2013 si j\u2019ose dire. Vous\nn\u2019avez plus face \u00e0 vous que des partisans enthousiastes du d\u00e9terminisme\nbiologique le plus \u00e9troit.<\/p>\n\n\n\n<p>Elles ont un\nut\u00e9rus&nbsp;: c\u2019est bien la preuve irr\u00e9futable qu\u2019elles <em>doivent<\/em> faire\ndes enfants, n\u2019est-ce pas? On n\u2019a pas boug\u00e9 d\u2019un pouce depuis l\u2019article \u00ab Femme\n\u00bb de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> de Diderot et d\u2019Alembert, au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle,\nqui concluait, au terme d\u2019une description physique&nbsp;: \u00ab Tous ces faits\nprouvent que la destination de la femme est d\u2019avoir des enfants et de les\nnourrir<a href=\"#_ftn20\">[20]<\/a>. \u00bb On continue \u00e0 croire\ndur comme fer qu\u2019elles sont programm\u00e9es pour d\u00e9sirer \u00eatre m\u00e8res. Autrefois, on\ninvoquait l\u2019action autonome de leur ut\u00e9rus, \u00ab animal redoutable \u00bb, \u00ab poss\u00e9d\u00e9 du\nd\u00e9sir de faire des enfants \u00bb, \u00ab vivant, rebelle au raisonnement, qui s\u2019efforce\nsous l\u2019action de ses d\u00e9sirs furieux de tout dominer \u00bb<a href=\"#_ftn21\">[21]<\/a>. L\u2019ut\u00e9rus sauteur a c\u00e9d\u00e9\nla place dans les imaginaires \u00e0 cet organe myst\u00e9rieux appel\u00e9 \u00ab horloge\nbiologique \u00bb, dont aucune radiographie n\u2019a encore pu localiser l\u2019emplacement\npr\u00e9cis, mais dont on entend distinctement le tic-tac en se penchant sur leur\nventre lorsqu\u2019elles ont entre trente-cinq et quarante ans. \u00ab Nous avons pris l\u2019habitude\nde consid\u00e9rer des m\u00e9taphores comme \u00abl\u2019horloge biologique\u00bb non comme des\nm\u00e9taphores, mais comme de simples descriptions, neutres et factuelles, du corps\nhumain\u00bb, remarque l\u2019essayiste Moira Weigel. Or l\u2019expression \u00ab horloge\nbiologique \u00bb, appliqu\u00e9e \u00e0 la fertilit\u00e9 des femmes, est apparue pour la premi\u00e8re\nfois le 16 mars 1978 dans un article du <em>Waxhington Post <\/em>intitul\u00e9 \u00ab L\u2019horloge\ntourne pour la femme qui fait carri\u00e8re \u00bb<a href=\"#_ftn22\">[22]<\/a>. Autrement dit&nbsp;:\nelle est une manifestation pr\u00e9coce du <em>backlash<\/em>, et son int\u00e9gration\nfulgurante \u00e0 l\u2019anatomie f\u00e9minine en fait un ph\u00e9nom\u00e8ne unique dans l\u2019histoire de\nl\u2019\u00e9volution, qui aurait de quoi stup\u00e9fier Darwin\u2026 En outre, puisque leur corps\noffre aux femmes la possibilit\u00e9 de porter un enfant, la Nature veut \u00e9galement\nque ce soit \u00e0 elles de changer les couches de ladite ou dudit enfant apr\u00e8s sa\nnaissance, de prendre les rendez-vous chez le p\u00e9diatre et aussi, tant qu\u2019on y\nest, de laver le sol de la cuisine, de faire les lessives et de penser \u00e0 racheter\ndu papier hygi\u00e9nique pendant les vingt-cinq ann\u00e9es qui suivent. Cela s\u2019appelle\nl\u2019\u00ab instinct maternel \u00bb. Oui, la Nature commande tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment cela, et pas,\npar exemple, que la soci\u00e9t\u00e9, pour les remercier d\u2019assumer la plus grosse part\ndans la perp\u00e9tuation de l\u2019esp\u00e8ce, mette tout en \u0153uvre pour compenser les\ninconv\u00e9nients qui en d\u00e9coulent pour elles; mais alors <em>pas du tout<\/em>. Si\nvous avez compris cela, c\u2019est que vous avez mal \u00e9cout\u00e9 la Nature. <\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019IVRESSE\nDES CIMES<\/p>\n\n\n\n<p>TOUJOURS D\u00c9J\u00c0 VIEILLES<\/p>\n\n\n\n<p>En 1972, l\u2019intellectuelle\nam\u00e9ricaine Susan Sontag avait consacr\u00e9 un brillant article au \u00ab deux poids,\ndeux mesures \u00bb du vieillissement chez les hommes et les femmes<a href=\"#_ftn23\">[23]<\/a>. Elle y \u00e9voque une de ses\namies qui, le jour de ses vingt et un ans, se lamentait&nbsp;: \u00ab La meilleure\npartie de ma vie est termin\u00e9e. J\u2019ai cess\u00e9 d\u2019\u00eatre jeune! \u00bb \u00c0 trente ans, elle\nd\u00e9cr\u00e9ta que, cette fois, c\u2019\u00e9tait \u00ab vraiment la fin \u00bb. Dix ans plus tard, elle\nraconta \u00e0 Susan (qui n\u2019y avait pas assist\u00e9) que son quaranti\u00e8me anniversaire\navait \u00e9t\u00e9 le pire de sa vie, mais qu\u2019elle \u00e9tait bien d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 profiter du peu\nd\u2019ann\u00e9es qu\u2019il lui restait. Et je me revois moi-m\u00eame, le soir de la f\u00eate que j\u2019avais\norganis\u00e9e pour mes vingt ans, incapable de parler \u00e0 mes invit\u00e9s d\u2019autre chose\nque de mon angoisse \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00eatre d\u00e9sormais vieille \u2013 la boute-en-train\ntotale; ils n\u2019avaient pas d\u00fb regretter le d\u00e9placement, les pauvres. Je ne\ncomprends plus l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit qui \u00e9tait le mien ce soir-l\u00e0, mais je m\u2019en\nsouviens tr\u00e8s nettement. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, deux grandes figures qui y\n\u00e9taient confront\u00e9es, Th\u00e9r\u00e8se Clerc, la fondatrice de la Maison des Babayagas \u2013\nune maison de retraite autog\u00e9r\u00e9e pour femmes \u2013 \u00e0 Montreuil, et l\u2019\u00e9crivaine\nBeno\u00eete Groult (toutes deux mortes en 2016), ont fait \u00e9merger la question de l\u2019\u00e2ge\ndans le f\u00e9minisme fran\u00e7ais<a href=\"#_ftn24\">[24]<\/a>. Mais il faut aussi parler\nde ce sentiment d\u2019obsolescence programm\u00e9e, de cette hantise de la p\u00e9remption\nqui marque <em>toute<\/em> l\u2019existence des femmes et qui leur est propre&nbsp;: on\nimagine mal un homme se rouler par terre le soir de ses vingt ans en g\u00e9missant\nqu\u2019il est vieux. \u00ab Depuis que j\u2019ai vingt-deux ans, les journalistes me\ndemandent&nbsp;: \u00ab Avez-vous peur de vieillir ? \u00bb t\u00e9moigne l\u2019actrice Pen\u00e9lope\nCruz<a href=\"#_ftn25\">[25]<\/a>. Barbara Macdonald\nremarquait en 1986&nbsp;: \u00ab Le message que re\u00e7oivent les jeunes femmes, c\u2019est\nqu\u2019il est merveilleux d\u2019\u00eatre jeune et affreux d\u2019\u00eatre vieille. Mais comment\npouvez-vous prendre un bon d\u00e9part dans la vie si on vous dit en m\u00eame temps \u00e0\nquel point la fin est terrible<a href=\"#_ftn26\">[26]<\/a>? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pour une bonne part, la\nhantise de la p\u00e9remption chez les femmes concerne leur capacit\u00e9 \u00e0 enfanter,\nbien s\u00fbr. Et, \u00e0 premi\u00e8re vue, dans ce domaine, elle para\u00eet justifi\u00e9e par des\ndonn\u00e9es biologiques&nbsp;: de plus grandes difficult\u00e9s \u00e0 tomber enceinte apr\u00e8s\ntrente-cinq ans, de plus grands risques de malformation de l\u2019enfant apr\u00e8s\nquarante ans. Martin Winckler souligne cependant l\u2019alarmisme excessif entretenu\npar les m\u00e9decins&nbsp;: \u00ab \u00c0 trente-cinq ans, quatre-vingt-trois femmes sur cent\npeuvent avoir un enfant, et \u00e0 quarante elles sont encore soixante-sept sur\ncent! C\u2019est loin d\u2019\u00eatre le tableau catastrophique que beaucoup de m\u00e9decins\npeignent<a href=\"#_ftn27\">[27]<\/a>\n\u00bb. En outre, les cas d\u2019hommes c\u00e9l\u00e8bres devenus p\u00e8res \u00e0 un \u00e2ge avanc\u00e9 \u2013 comme Mick\nJagger, qui a accueilli son huiti\u00e8me enfant en 2016, alors qu\u2019il avait soixante-treize\nans et qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 arri\u00e8re-grand-p\u00e8re \u2013 donnent l\u2019illusion que, pour les\nhommes, l\u2019\u00e2ge ne compte pas. Or leur fertilit\u00e9 \u00e0 eux aussi d\u00e9cline avec le\ntemps&nbsp;: elle est \u00e0 son maximum \u00e0 30-40 ans, puis elle diminue peu \u00e0 peu\net, \u00e0 55-59 ans, elle est deux fois plus faible. Le d\u00e9lai de conception et m\u00eame\nle risque de fausse couche, d\u2019anomalie chromosomique ou de maladie g\u00e9n\u00e9tique du\nf\u0153tus augmentent avec l\u2019\u00e2ge du p\u00e8re<a href=\"#_ftn28\">[28]<\/a>. Bien s\u00fbr, une femme doit\naussi \u00eatre assez en forme pour supporter la grossesse et l\u2019accouchement; mais,\napr\u00e8s la naissance, il vaut mieux que les parents soient tous les deux aptes \u00e0\nprendre soin de l\u2019enfant. Ne se pr\u00e9occuper que de l\u2019\u00e2ge de la m\u00e8re revient \u00e0\nrenforcer un mod\u00e8le o\u00f9 la part \u00e9prouvante des soins et de l\u2019\u00e9ducation repose\nuniquement sur elle. (Les deux derniers enfants de Mick Jagger sont d\u2019ailleurs\n\u00e9lev\u00e9s par leurs m\u00e8res respectives, dont il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 s\u00e9par\u00e9 \u00e0 leur naissance.\nIl s\u2019est content\u00e9 de leur fournir un toit et de leur verser une pension\nalimentaire \u00e0 la mesure de ses moyens.) Enfin, l\u2019id\u00e9e, sans \u00e9quivalent pour les\nhommes, selon laquelle on ne peut \u00eatre r\u00e9ellement \u00ab femme \u00bb et \u00e9panouie que si\non est m\u00e8re engendre une pression suppl\u00e9mentaire, qui n\u2019a rien de naturel.<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>Chollet, Mona, <em>Sorci\u00e8res,\nLa puissance invaincue des femmes<\/em>, Zones \u00c9ditions La D\u00e9couverte, Paris,\n2018.<br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Guy Bechtel, <em>La Sorci\u00e8re et l\u2019Occident, la destruction de la Sorcellerie en Europe,\ndes origines aux grands b\u00fbchers<\/em>, Plon, Paris, 1997.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> \u00ab&nbsp;Dans le sillage des\nsorci\u00e8res de Bruegel&nbsp;\u00bb, <em>Arte journal<\/em>,\nArte, 8 avril 2016.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Guy Bechtel, <em>La Sorci\u00e8re et l\u2019Occident<\/em>, op.cit.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Idem<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Fran\u00e7oise d\u2019Eaubonne, <em>Le Sexocide des sorci\u00e8res<\/em>, L\u2019Esprit\nfrappeur, Paris 1999.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a>\nGuy Bechtel, <em>La Sorci\u00e8re et l\u2019Occident<\/em>,\n<em>op.cit<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> <em>Idem.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Anne L. Barstow, <em>Witchcraze<\/em>, op. cit.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a>\nSilvia Federuci, <em>Caliban et la sorci\u00e8re. Femmes, corps et accumulation\nprimitive<\/em>, 2004.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> Guy\nBechtel, <em>La Sorci\u00e8re et l\u2019Occident<\/em>, <em>op.cit<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> <em>Idem<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> Anne L. Barstow, <em>Witchcraze<\/em>, op. cit.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a> <em>Idem<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a> Guy\nBechtel, <em>La Sorci\u00e8re et l\u2019Occident<\/em>, <em>op.cit<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\">[15]<\/a>\nS\u00e9quence reprise dans le documentaire de Peter KUNHARDT, Gloria, 2011.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\">[16]<\/a> Rebecca Traister, <em>All the Single\nLadies, op. cit.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\">[17]<\/a>\nCela ne signifie \u00e9videmment pas que le mariage n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9\nauparavant. <em>C.F par exemple Voltairine De Cleyre, <\/em>Le mariage est une\nmauvaise action, 1907.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\">[18]<\/a> Rebecca Traister, <em>All the\nSingle Ladies, op. cit.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\">[19]<\/a>\nCit\u00e9 par Muriel Salle et Catherine Vidal, <em>Femmes et sant\u00e9, encore une\naffaire d\u2019hommes?, <\/em>2017.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\">[20]<\/a>\nIdem<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref21\">[21]<\/a>\nIdem<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref22\">[22]<\/a> Moira Weigel, <em>The foul reign of\nthe biological clock, The Guardian, 10 mai 2016.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref23\">[23]<\/a> Susan Sontag, <em>The double\nstandard of aging, The Saturday review, 23 septembre 1972.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref24\">[24]<\/a> <em>C.F.\n<\/em>Juliette Rennes, Vieillir au f\u00e9minin, Le Monde diplomatique, d\u00e9cembre 2016.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref25\">[25]<\/a> Klho\u00e9\nDominguez, P\u00e9n\u00e9lope Cruz agac\u00e9e par l\u2019obsession de l\u2019\u00e2ge de Hollywood, Paris\nMatch, 9 octobre 2017.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref26\">[26]<\/a> Jean Swallow, <em>Both feet life<\/em>\n(\u2026) 1986.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref27\">[27]<\/a>\nMartin Winckler, Les Brutes en blanc, op. cit.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref28\">[28]<\/a>\nDaphn\u00e9e Leportois, L\u2019anormal silence autour de l\u2019\u00e2ge des p\u00e8res, Slate.fr, 2\nmars 2017.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sorci\u00e8res, La puissance invaincue des femmes (Extrait) Introduction [\u2026] \u00ab&nbsp;UNE VICTIME DES MODERNES ET NON DES ANCIENS&nbsp;\u00bb Il m\u2019a fallu un temps \u00e9tonnamment long pour &#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":167,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-307","page","type-page","status-publish","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/307","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=307"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/307\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7867,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/307\/revisions\/7867"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/167"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=307"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}