{"id":290,"date":"2019-09-06T23:46:19","date_gmt":"2019-09-06T23:46:19","guid":{"rendered":"https:\/\/ethique-rlaroche.profweb.ca\/?page_id=290"},"modified":"2020-02-17T18:02:13","modified_gmt":"2020-02-17T18:02:13","slug":"silvia-federici","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/?page_id=290","title":{"rendered":"Silvia Federici"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Caliban et la sorci\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>(Extraits)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Accumulation primitive<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Marx introduisit le concept d\u2019<em>accumulation primitive <\/em>\u00e0 la fin du <em>Capital <\/em>pour d\u00e9crire la restructuration \u00e9conomique et sociale initi\u00e9e par la classe dominante europ\u00e9enne en r\u00e9ponse \u00e0 sa crise d\u2019accumulation. Il montrait ainsi, au cours de sa pol\u00e9mique avec Adam Smith, que : (1) le capitalisme n\u2019aurait pas pu se d\u00e9velopper sans une concentration pr\u00e9alable de capital et de travail, et que (2) c\u2019est la s\u00e9paration entre les travailleurs et les moyens de production et non la frugalit\u00e9 des riches qui est la source de la richesse capitaliste. L\u2019accumulation primitive est alors un concept utile, en ce qu\u2019il raccorde la r\u00e9action f\u00e9odale au d\u00e9veloppement d\u2019une \u00e9conomie capitaliste, et qu\u2019il identifie les conditions <em>historiques <\/em>et <em>logiques <\/em>du d\u00e9veloppement du syst\u00e8me capitaliste, \u2018\u2019primitive\u2019\u2019 (originel) d\u00e9signant ici tout autant les conditions pr\u00e9alables \u00e0 l\u2019existence de rapports capitalistes qu\u2019un \u00e9v\u00e9nement particulier dans le temps.&nbsp;<br><\/p>\n\n\n\n<p>Mon analyse se distingue cependant de celle de Marx de deux fa\u00e7ons. L\u00e0 o\u00f9 Marx envisage l\u2019accumulation primitive du point de vue du prol\u00e9tariat salari\u00e9 masculin et du d\u00e9veloppement de la production des marchandises, je l\u2019examine en fonction des changements qu\u2019elle a induits dans la position sociales des femmes et la production de la force de travail. Ma description de l\u2019accumulation primitive comprend ainsi un ensemble de ph\u00e9nom\u00e8nes historiques absents chez Marx et qui ont pourtant \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement importants pour l\u2019accumulation capitaliste. Ce sont : (1) le d\u00e9veloppement d\u2019une nouvelle division sexu\u00e9e du travail assujettissant le travail des femmes et leur fonction reproductive \u00e0 la reproduction de la force de travail ; (2) la construction d\u2019un nouvel ordre patriarcal, fond\u00e9 sur l\u2019exclusion des femmes du travail salari\u00e9 et leur soumission aux hommes ; (3) la m\u00e9canisation du corps prol\u00e9taire et sa transformation, dans le cas des femmes, en une machine de production de nouveaux travailleurs. Le plus important a \u00e9t\u00e9 d\u2019introduire au coeur de mon analyse de l\u2019accumulation primitive les chasses aux sorci\u00e8res des XVIe et XVIIe si\u00e8cle, d\u00e9montrant que la pers\u00e9cution des sorci\u00e8res, en Europe comme dans le Nouveau Monde, a \u00e9t\u00e9 aussi importante pour le d\u00e9veloppement du capitalisme que la colonisation et l\u2019expropriation de la paysannerie europ\u00e9enne.&nbsp;<br><br><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chasse aux sorci\u00e8res et rationalisation capitaliste de la sexualit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La chasse aux sorci\u00e8res ne d\u00e9boucha pas pour les femmes sur de nouvelles possibilit\u00e9s sexuelles ou des plaisirs sublim\u00e9s. Au contraire, elle fut le premier pas dans la longue marche vers du \u2018\u2019sexe propre entre des draps propres\u2019\u2019 et la transformation de l\u2019activit\u00e9 sexuelle des femmes en un travail, un service pour les hommes, et en procr\u00e9ation. L\u2019interdiction de toutes activit\u00e9s sexuelles f\u00e9minines non-productives ou non procr\u00e9atrices, potentiellement d\u00e9moniaques et antisociales, fut centrale dans ce processus.&nbsp;<br><\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9pulsion que la sexualit\u00e9 non-procr\u00e9ative commen\u00e7ait \u00e0 inspirer transpara\u00eet bien dans le mythe de la vieille sorci\u00e8re volant sur son balai, qui, tout comme les animaux sur lesquels elle voyageait aussi (ch\u00e8vres, juments, chiens), \u00e9tait la projection d\u2019un p\u00e9nis en extension, symbole d\u2019une luxure d\u00e9brid\u00e9e. Cette imagerie trahit une nouvelle discipline sexuelle, qui d\u00e9niait \u00e0 la femme \u2018\u2019vieille et laide\u2019\u2019, ayant perdu sa fertilit\u00e9, le droit \u00e0 une vie sexuelle. Par la cr\u00e9ation de ce st\u00e9r\u00e9otype, les d\u00e9monologues conformaient la sensibilit\u00e9 morale de leur \u00e9poque.&nbsp;<br><\/p>\n\n\n\n<p>Ind\u00e9pendamment de l\u2019\u00e2ge (mais pas de la classe), il y a, dans les proc\u00e8s des sorci\u00e8res, une identification constante entre sexualit\u00e9 f\u00e9minine et bestialit\u00e9. Cela \u00e9tait sugg\u00e9r\u00e9 par la copulation avec le dieu-bouc (l\u2019une des repr\u00e9sentation du diable), l\u2019inf\u00e2me baiser <em>sub cauda <\/em>et l\u2019accusation que les sorci\u00e8res poss\u00e9daient une vari\u00e9t\u00e9 d\u2019animaux, \u2018\u2019diabotins\u2019\u2019 ou \u2018\u2019familiers\u2019\u2019, qui les aidaient dans leurs crimes et avec qui elles entretenaient un rapport particuli\u00e8rement intime. Il s\u2019agissait de chats, de chiens, de li\u00e8vres, de grenouilles, dont elles prenaient soin et qu\u2019elles allaitaient cens\u00e9ment \u00e0 l\u2019aide de t\u00e9tons sp\u00e9ciaux.&nbsp;&nbsp;<br><\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres animaux jouaient aussi un r\u00f4le dans la vie de la sorci\u00e8re en tant qu\u2019instruments du diable : des ch\u00e8vres et des juments (en anglais, <em>mare, <\/em>dont est tir\u00e9 <em>nightmare, <\/em>cauchemar) pour voler jusqu\u2019au sabbat, des crapauds qui lui fournissaient du poison pour ses concoctions. La pr\u00e9sence des animaux dans le monde des sorci\u00e8res \u00e9tait telle que l\u2019on peut supposer qu\u2019eux aussi \u00e9taient jug\u00e9s.<br><\/p>\n\n\n\n<p>\tL\u2019union de la sorci\u00e8re avec ses \u2018\u2019familiers\u2019\u2019 \u00e9tait peut-\u00eatre une r\u00e9f\u00e9rence aux pratiques \u2018\u2019bestiales\u2019\u2019 qui caract\u00e9risaient la vie sexuelle des paysans en Europe, et qui rest\u00e8rent criminalis\u00e9es bien apr\u00e8s la fin de la chasse aux sorci\u00e8res. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on commen\u00e7ait \u00e0 idol\u00e2trer la raison et \u00e0 dissocier l\u2019humain du corporel, les animaux \u00e9taient aussi sujets \u00e0 une d\u00e9valorisation s\u00e9v\u00e8re, r\u00e9duits \u00e0 n\u2019\u00eatre que des b\u00eates, l\u2019autre par excellence, symbole \u00e9ternel des pires instincts humains. Aucun crime n\u2019inspirait alors plus d\u2019horreur que la copulation avec un animal, v\u00e9ritable offense aux fondements ontologiques d\u2019une nature humaine de plus en plus identifi\u00e9e par ses caract\u00e9ristiques les plus immat\u00e9rielles. Mais la pr\u00e9sence animale excessive dans la vie des sorci\u00e8res sugg\u00e8re aussi que les femmes se trouvaient \u00e0 un croisement (glissant) entre homme et animal, et non seulement la sexualit\u00e9 f\u00e9minine, mais la f\u00e9minit\u00e9 en tant que telle, \u00e9tait assimilable \u00e0 l\u2019animalit\u00e9. Pour parfaire le tout, les sorci\u00e8res \u00e9taient souvent accus\u00e9es de changer de forme et de se transformer en animaux, le \u2018\u2019familier\u2019\u2019 le plus souvent cit\u00e9 \u00e9tant le crapaud, qui, en tant que symbole du vagin, synth\u00e9tise la sexualit\u00e9, la bestialit\u00e9, la f\u00e9minit\u00e9 et le mal.<br><\/p>\n\n\n\n<p>\tLa chasse aux sorci\u00e8res fut aussi le principal moyen d\u2019une restructuration g\u00e9n\u00e9rale de la vie sexuelle qui, conform\u00e9ment \u00e0 la nouvelle discipline du travail capitaliste, criminalisait toute activit\u00e9 sexuelle qui mena\u00e7ait la procr\u00e9ation, la transmission de la propri\u00e9t\u00e9 au sein de la famille, venait occuper le temps ou prendre de l\u2019\u00e9nergie destin\u00e9s au travail.&nbsp;<br><\/p>\n\n\n\n<p>\tLes proc\u00e8s de sorci\u00e8res fournissent une liste instructive des formes de sexualit\u00e9 qui furent bannies comme \u2018\u2019non-productives\u2019\u2019 : l\u2019homosexualit\u00e9, le rapport sexuel entre personnes jeunes et \u00e2g\u00e9es ou entre des gens de classes diff\u00e9rentes, le coit anal, le coit par derri\u00e8re (r\u00e9put\u00e9 amener des rapports st\u00e9riles), la nudit\u00e9 et les danses. La sexualit\u00e9 publique et collective qui avait pr\u00e9valu au Moyen \u00c2ge fut aussi prohib\u00e9e, comme dans les f\u00eates du printemps aux origines paiennes qui, au XVIe si\u00e8cle, \u00e9taient toujours c\u00e9l\u00e9br\u00e9es dans toute l\u2019Europe. [&#8230;] De la c\u00e9l\u00e9bration du premier mai en Angleterre, aux r\u00e9cits de sabbat habituels, qui accusent les sorci\u00e8res de toujours danser dans ces r\u00e9unions, de sauter en tout sens au son du pipeau et de la flute, et de s\u2019adonner \u00e0 force copulations et r\u00e9jouissances collectives.<br><\/p>\n\n\n\n<p> On peut comparer de la m\u00eame fa\u00e7on la description du sabbat et celles des p\u00e8lerinages (\u00e0 des puits et \u00e0 d\u2019autres lieux sacr\u00e9s) faites par les autorit\u00e9s presbyt\u00e9riennes \u00e9cossaises, p\u00e8lerinages encourag\u00e9s par l\u2019\u00c9glise catholique, mais auxquels les presbyt\u00e9riens s\u2019opposaient, les d\u00e9non\u00e7ant comme assembl\u00e9s diaboliques et occasions de relations impudiques. En g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 cette p\u00e9riode, toute rencontre potentiellement transgressive, r\u00e9union de paysans, camp de rebelles, festivals et danses, \u00e9tait d\u00e9crite par les autorit\u00e9s comme \u00e9tant potentiellement un sabbat.<\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;]<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chasse aux sorci\u00e8res, chasse aux femmes et accumulation du travail<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La diff\u00e9rence la\nplus importante entre h\u00e9r\u00e9sie et sorcellerie est que la sorcellerie \u00e9tait\nconsid\u00e9r\u00e9e comme un crime f\u00e9minin. Cela fut particuli\u00e8rement vrai \u00e0 l\u2019apog\u00e9e de\nla pers\u00e9cution, entre 1550 et 1650. Dans une premi\u00e8re p\u00e9riode, les hommes\nrepr\u00e9sentaient jusqu\u2019\u00e0 40 % des accus\u00e9s et un plus petit nombre continua \u00e0 \u00eatre\njug\u00e9 ensuite, principalement des vagabonds, des mendiants, des travailleurs\nitin\u00e9rants, des gitans et des pr\u00eatres de rand inf\u00e9rieur. Au XVI<sup>e<\/sup>\nsi\u00e8cle, les accusations de satanisme \u00e9taient devenues un th\u00e8me commun dans les\nluttes politiques et religieuses; il n\u2019y avait pratiquement aucun \u00e9v\u00eaque ou\npoliticien qui, dans le feu de l\u2019action, n\u2019ait \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 d\u2019\u00eatre un sorcier.\nLes protestants accusaient les catholiques, particuli\u00e8rement le pape, d\u2019\u00eatre au\nservice du diable. Luther lui-m\u00eame fut accus\u00e9 de magie, tout comme John Knox en\n\u00c9cosse, Jean Bodin en France et beaucoup d\u2019autres. Les juifs \u00e9taient\ntraditionnellement accus\u00e9s d\u2019adorer le diable, parfois repr\u00e9sent\u00e9s avec cornes\net sabots. Mais le fait exceptionnel, c\u2019est que plus de 80 % des personnes\njug\u00e9es et ex\u00e9cut\u00e9es en Europe au XVI<sup>e<\/sup>&nbsp; et au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles pour des\ncrimes de sorcellerie furent des femmes. En fait, pendant cette p\u00e9riode, plus\nde femmes furent pers\u00e9cut\u00e9es pour sorcellerie que pour tout autre crime, \u00e0\nl\u2019exception notable de l\u2019infanticide. <\/p>\n\n\n\n<p>Le fait que la\nsorci\u00e8re soit une femme \u00e9tait aussi soulign\u00e9 par les d\u00e9monologues, qui se\nr\u00e9jouissaient que Dieu ait \u00e9pargn\u00e9 l\u2019homme d\u2019un tel fl\u00e9au. Comme Sigrid Brauner\nl\u2019a not\u00e9 les arguments utilis\u00e9s pour justifier ce ph\u00e9nom\u00e8ne chang\u00e8rent. Tandis\nque les auteurs du <em>Malleus Maleficarum<\/em> expliquaient que les femmes\n\u00e9taient plus port\u00e9es \u00e0 la sorcellerie \u00e0 cause de leur \u00abluxure insatiable\u00bb,\nMartin Luther et les \u00e9crivains humanistes faisaient valoir la faiblesse morale\net intellectuelle des femmes \u00e0 l\u2019origine de cette perversion. Mais tous\nd\u00e9signaient les femmes comme \u00eatres mal\u00e9fiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre\ndiff\u00e9rence entre les pers\u00e9cutions des h\u00e9r\u00e9tiques et celles des sorci\u00e8res est\nque dans le dernier cas, les accusations de perversion sexuelle ou\nd\u2019infanticide jouaient un r\u00f4le central, \u00e9tant accompagn\u00e9es par la\nquasi-diabolisation des pratiques contraceptives. <\/p>\n\n\n\n<p>Le lien entre\ncontraception, avortement et sorcellerie appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois dans la\nbulle d\u2019Innocent VIII (1484) qui d\u00e9plore alors que&nbsp;: <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Par leurs incantations, leurs sortil\u00e8ges, leurs conjurations et autres superstitions maudites et charmes horribles, leurs \u00e9normit\u00e9s et leurs offenses, les sorci\u00e8res d\u00e9truisent la prog\u00e9niture des femmes [\u2026] Elles entravent les hommes dans leur g\u00e9n\u00e9ration et les femmes dans leur conception; il s\u2019ensuit que ni les maris avec leurs femmes, ni les femmes avec leurs maris ne peuvent accomplir d\u2019actes sexuels. <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de l\u00e0,\nles crimes reproductifs devaient occuper une place de choix dans les proc\u00e8s.\nD\u00e8s le XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les sorci\u00e8res \u00e9taient accus\u00e9es de conspirer \u00e0\nla destruction des pouvoirs g\u00e9n\u00e9ratifs humains et animaux, de pratiquer des\navortements et d\u2019appartenir \u00e0 une secte infanticide qui tuait les enfants et\nles offrait au diable. Dans l\u2019imaginaire populaire aussi, la sorci\u00e8re fut\nassoci\u00e9e \u00e0 une femme \u00e2g\u00e9e et lubrique, hostile \u00e0 la vie nouvelle, qui se\nnourrissait de chair d\u2019enfants ou utilisait leurs corps pour en faire des\npotions magiques, un st\u00e9r\u00e9otype plus tard popularis\u00e9 par les livres pour\nenfants. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Pourquoi un tel\nchangement de trajectoire entre l\u2019h\u00e9r\u00e9sie et la sorcellerie? Pourquoi, en\nd\u2019autres mots, dans le cours d\u2019un si\u00e8cle, les h\u00e9r\u00e9tiques devinrent des femmes\net pourquoi est-ce que la transgression sociale et religieuse se recentra de\nmani\u00e8re pr\u00e9dominante sur les crimes reproductifs?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es\n1920, l\u2019anthropologue Margaret Murray, dans <em>The Witch-Cult in Western Europe<\/em>,\nproposa une explication qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment raviv\u00e9e par les \u00e9co-f\u00e9ministes et\nles adeptes de \u00abWicca\u00bb. Murray d\u00e9fendait l\u2019id\u00e9e que la sorcellerie \u00e9tait une\nancienne religion matrifocale vers laquelle l\u2019Inquisition tourna son attention\napr\u00e8s la d\u00e9faite de l\u2019h\u00e9r\u00e9sie, \u00e9peronn\u00e9e par une nouvelle peur de d\u00e9viation\ndoctrinale. En d\u2019autres termes, les femmes que les d\u00e9monologues poursuivaient\ncomme sorci\u00e8res \u00e9taient (d\u2019apr\u00e8s cette th\u00e9orie) des pratiquantes d\u2019anciens\ncultes de la fertilit\u00e9 dont le but \u00e9tait de pacifier la naissance et la\nreproduction, cultes qui avaient exist\u00e9 dans les r\u00e9gions m\u00e9diterran\u00e9ennes\npendant des milliers d\u2019ann\u00e9es, mais \u00e0 laquelle l\u2019\u00c9glise s\u2019opposa en tant que\nrites pa\u00efens et remises en cause de son pouvoir. La pr\u00e9sence de sages-femmes\nparmi les accus\u00e9es, le r\u00f4le que les femmes jou\u00e8rent au Moyen \u00c2ge en tant que\ngu\u00e9risseuses pour la communaut\u00e9, le fait que, jusqu\u2019au XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle,\nles naissances \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es comme un \u00abmyst\u00e8re\u00bb f\u00e9minin, tous ces\nfacteurs ont \u00e9t\u00e9 cit\u00e9s en d\u00e9fense de ce point de vue. Mais cette hypoth\u00e8se ne\npeut pas expliquer le moment historique de la chasse aux sorci\u00e8res, ni nous\ndire pourquoi ces cultes de la fertilit\u00e9 devinrent si abominables aux yeux des\nautorit\u00e9s qu\u2019elles en vinrent \u00e0 appeler \u00e0 l\u2019extermination des femmes pratiquant\ncette vieille religion.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre\nexplication est que l\u2019importance des crimes reproductifs dans les proc\u00e8s pour\nsorcellerie \u00e9tait une cons\u00e9quence du taux \u00e9lev\u00e9 de mortalit\u00e9 infantile, typique\ndes XVI<sup>e<\/sup> et XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, d\u00fb \u00e0 l\u2019augmentation de la\npauvret\u00e9 et de la malnutrition. On tenait les sorci\u00e8res pour coupables de la\nmort de tant d\u2019enfants, de leur mort si soudaine, si peu de temps apr\u00e8s la\nnaissance, qu\u2019ils soient sujets \u00e0 une telle vari\u00e9t\u00e9 de maladies. Mais cette\nexplication aussi ne va pas assez loin. Elle ne prend pas en compte le fait que\nles femmes consid\u00e9r\u00e9es comme sorci\u00e8res \u00e9taient aussi accus\u00e9es d\u2019emp\u00eacher la procr\u00e9ation\net elle ne replace pas la chasse aux sorci\u00e8res dans le contexte de la politique\n\u00e9conomique et institutionnelle du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Ainsi, elle passe \u00e0\nc\u00f4t\u00e9 d\u2019un lien important entre les attaques contre les sorci\u00e8res et le\nd\u00e9veloppement d\u2019une inqui\u00e9tude nouvelle, parmi les hommes d\u2019\u00c9tat et les\n\u00e9conomistes europ\u00e9ens, quant \u00e0 la question de la reproduction et de la taille\nde la population, qui \u00e9tait alors la fa\u00e7on dont on d\u00e9battait de la taille de la\nforce de travail. Comme nous l\u2019avons vu plus t\u00f4t, la question du travail devint\nparticuli\u00e8rement urgente au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, quand la population en\nEurope continua encore \u00e0 d\u00e9cliner, amenant le spectre d\u2019un effondrement\nd\u00e9mographique similaire \u00e0 celui qui avait eu lieu dans les colonies am\u00e9ricaines\ndans les d\u00e9cennies suivant la conqu\u00eate. Dans ce contexte, il para\u00eet plausible\nque la chasse aux sorci\u00e8res ait \u00e9t\u00e9, tout au moins en partie, une tentative\npour criminaliser le contr\u00f4le des naissances et placer le corps des femmes,\nl\u2019ut\u00e9rus, au service d\u2019une augmentation de la population, de la production et\nde l\u2019accumulation de force de travail. <\/p>\n\n\n\n<p>Ceci est une\nhypoth\u00e8se. Ce qui est certain, c\u2019est que la chasse aux sorci\u00e8res fut encourag\u00e9e\npar une classe politique pr\u00e9occup\u00e9e par le d\u00e9clin de la population et motiv\u00e9e\npar la conviction qu\u2019une population nombreuse est la richesse de la nation. Le\nfait que le XVI<sup>e<\/sup> et le XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle furent l\u2019apog\u00e9e du\nmercantilisme et virent le d\u00e9but des statistiques d\u00e9mographiques (naissances,\nmorts et mariages), des recensements et la formalisation de la d\u00e9mographie\nelle-m\u00eame en tant que \u00abscience d\u2019\u00c9tat\u00bb montre clairement l\u2019importance\nstrat\u00e9gique que le contr\u00f4le des mouvements de population prenait dans les\ncercles politiques qui furent \u00e0 l\u2019origine de la chasse aux sorci\u00e8res. <\/p>\n\n\n\n<p>Nous savons aussi\nque de nombreuses sorci\u00e8res \u00e9taient sages-femmes, traditionnellement les\nd\u00e9positaires du savoir et du contr\u00f4le de la reproduction f\u00e9minine. Le <em>Malleus<\/em>\nleur consacrait un chapitre entier, affirmant qu\u2019elles \u00e9taient pires que toute\nautre femme, puisqu\u2019elles aidaient les m\u00e8res \u00e0 d\u00e9truire le fruit de leurs\nentrailles, une conspiration rendue plus facile, accusaient-ils, par\nl\u2019exclusion des hommes des chambres d\u2019accouchement. Pensant qu\u2019il n\u2019y avait\njusqu\u2019\u00e0 la moindre cahute qui ne dissimul\u00e2t une sage-femme, les auteurs\nrecommandaient qu\u2019aucune femme ne soit autoris\u00e9e \u00e0 pratiquer cet art, \u00e0 moins\nqu\u2019il n\u2019ait \u00e9t\u00e9 d\u2019abord \u00e9tabli qu\u2019elle \u00e9tait une \u00abbonne catholique\u00bb. Cette\nrecommandation ne passa pas inaper\u00e7ue. Comme nous l\u2019avons vu, les sages-femmes\n\u00e9taient recrut\u00e9es pour discipliner les femmes, pour v\u00e9rifier, par exemple, qu\u2019elles\nne cachaient pas leurs grossesses ou qu\u2019elles n\u2019accouchaient en dehors des liens\ndu mariage, ou alors elles \u00e9taient ostracis\u00e9es. Ensuite, le d\u00e9but du XVII<sup>e<\/sup>\nsi\u00e8cle vit les premiers hommes effectuer ce travail et, en l\u2019espace d\u2019un\nsi\u00e8cle, l\u2019obst\u00e9trique \u00e9tait pass\u00e9e presque enti\u00e8rement sous contr\u00f4le de l\u2019\u00c9tat.\nD\u2019apr\u00e8s Alice Clark&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Le processus continu par lequel les femmes furent supplant\u00e9es par les hommes dans cette profession est un exemple de la mani\u00e8re dont elles furent exclues de toutes les branches de travail professionnel, en se voyant refuser l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019obtenir une formation professionnelle ad\u00e9quate. <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Mais interpr\u00e9ter\nle d\u00e9clin social de la sage-femme simplement comme un cas de\nd\u00e9professionnalisation f\u00e9minine, c\u2019est passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa signification. On\nconstate de fait que les sages-femmes \u00e9taient marginalis\u00e9es parce qu\u2019on ne leur\nfaisait pas confiance et parce qu\u2019ainsi on sapait le contr\u00f4le des femmes sur la\nreproduction. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Tout comme les\nenclosures expropriaient la paysannerie des terres communales, la chasse aux\nsorci\u00e8res expropriait les femmes de leurs corps, qui \u00e9taient ainsi \u00ablib\u00e9r\u00e9s\u00bb de\ntoute entrave les emp\u00eachant de fonctionner comme des machines pour la\nproduction du travail. C\u2019est ainsi que la menace du b\u00fbcher dressa des barri\u00e8res\nautour du corps des femmes plus redoutables que ne le furent celles dress\u00e9es\nlors de l\u2019enclosure des communaux. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>On peut ainsi\nimaginer quel effet put avoir sur les femmes la vue de voisines, d\u2019amies, de\nfemmes de leur famille, br\u00fbl\u00e9es sur le b\u00fbcher. On comprend que toute initiative\ncontraceptive de leur part pouvait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme le produit d\u2019une\nperversion d\u00e9moniaque. Chercher \u00e0 comprendre ce que les femmes pourchass\u00e9es en\ntant que sorci\u00e8res ont pu penser, ressentir et conclure de cette horrible\nattaque men\u00e9e contre elles, regarder, en d\u2019autres termes, la pers\u00e9cution \u00abde l\u2019int\u00e9rieur\u00bb,\ncomme Anne L. Barstow l\u2019a fait dans <em>Witchcraze<\/em>, nous permet aussi d\u2019\u00e9viter\nde sp\u00e9culer sur les intentions des pers\u00e9cuteurs et de nous concentrer au\ncontraire sur les effets que la chasse aux sorci\u00e8res a eus sur la position\nsociale des femmes. De ce point de vue l\u00e0, il ne fait aucun doute que la chasse\naux sorci\u00e8res an\u00e9antit les m\u00e9thodes que les femmes avaient employ\u00e9es pour\ncontr\u00f4ler la procr\u00e9ation, les qualifiant de dispositifs diaboliques, et\ninstitutionnalisa le contr\u00f4le de l\u2019\u00c9tat sur le corps des femmes, ce qui \u00e9tait\nla condition pr\u00e9alable \u00e0 sa subordination en faveur de la reproduction de la\nforce de travail. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais la sorci\u00e8re n\u2019\u00e9tait\npas seulement la sage-femme, la femme qui \u00e9vitait la maternit\u00e9 ou la mendiante\nqui vivotait en chapardant un peu de bois ou de beurre \u00e0 son voisinage. Elle\n\u00e9tait aussi la femme immorale, aux m\u0153urs l\u00e9g\u00e8res \u2013 la prostitu\u00e9e ou l\u2019adult\u00e8re,\net g\u00e9n\u00e9ralement, la femme qui exer\u00e7ait sa sexualit\u00e9 en dehors des liens du\nmariage et de la procr\u00e9ation. Ainsi, dans les proc\u00e8s pour sorcellerie, la\n\u00abmauvaise r\u00e9putation\u00bb \u00e9tait une preuve de culpabilit\u00e9. La sorci\u00e8re \u00e9tait aussi\nla femme rebelle qui r\u00e9pondait, se d\u00e9fendait, jurait et ne pleurait pas sous la\ntorture. Le mot \u00abrebelle\u00bb ne fait ici pas r\u00e9f\u00e9rence n\u00e9cessairement \u00e0 une\nactivit\u00e9 subversive sp\u00e9cifique dans laquelle des femmes peuvent \u00eatre\nimpliqu\u00e9es. Il d\u00e9crit plut\u00f4t la <em>personnalit\u00e9 f\u00e9minine<\/em> qui s\u2019\u00e9tait\nd\u00e9velopp\u00e9e, particuli\u00e8rement au sein de la paysannerie, dans le cours des\nluttes contre le pouvoir f\u00e9odal, quand des femmes avaient \u00e9t\u00e9 au premier plan\nde mouvements h\u00e9r\u00e9tiques, s\u2019organisant souvent en associations de femmes,\nposant ainsi un d\u00e9fi grandissant \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 masculine de l\u2019\u00c9glise. Les\ndescriptions des sorci\u00e8res nous rem\u00e9morent les femmes telles qu\u2019elles \u00e9taient\nrepr\u00e9sent\u00e9es dans les moralit\u00e9s et les fabliaux&nbsp;: pr\u00eates \u00e0 prendre l\u2019initiative,\naussi agressives et vigoureuses que les hommes, portant des habits d\u2019hommes, ou\nfi\u00e8rement juch\u00e9es sur le dos de leurs maris, un fouet \u00e0 la main. <\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait\ncertainement, parmi les inculp\u00e9es, des femmes suspect\u00e9es de crimes sp\u00e9cifiques.\nL\u2019une fut accus\u00e9e d\u2019avoir empoisonn\u00e9 son mari, l\u2019autre d\u2019avoir caus\u00e9 la mort de\nson employeur, une autre encore d\u2019avoir prostitu\u00e9 sa fille. Mais ce n\u2019\u00e9tait pas\nseulement la femme d\u00e9viante, mais <em>la femme en tant que telle,\nparticuli\u00e8rement la femme des classes inf\u00e9rieures, qui \u00e9tait jug\u00e9e<\/em>, une\nfemme qui g\u00e9n\u00e9rait tellement de peur que dans son cas le rapport entre l\u2019\u00e9ducation\net la punition \u00e9tait renvers\u00e9. \u00abNous devons\u00bb, d\u00e9clare Jean Bodin, \u00abr\u00e9pandre la\nterreur aupr\u00e8s de certaines en en punissant beaucoup\u00bb. Et, en effet, dans\ncertains villages, peu furent \u00e9pargn\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n<p>De plus, le sadisme\nsexuel des tortures auxquelles les accus\u00e9es \u00e9taient soumises r\u00e9v\u00e8le une\nmisogynie qui n\u2019a pas d\u2019\u00e9quivalent dans l\u2019histoire et ne peut pas \u00eatre mis sur\nle compte d\u2019un crime particulier. Dans la proc\u00e9dure standard, les accus\u00e9es\navaient leurs v\u00eatements d\u00e9chir\u00e9s puis \u00e9taient ras\u00e9es compl\u00e8tement (on\npr\u00e9tendait que le diable se cachait dans leurs cheveux). On leur enfon\u00e7ait de\nlongues aiguilles dans le corps, y compris dans le vagin, \u00e0 la recherche de la\nmarque que le diable apposait cens\u00e9ment sur ses cr\u00e9atures (tout comme les\nma\u00eetres faisaient en Angleterre avec les esclaves qui s\u2019\u00e9taient enfuis). Elles\n\u00e9taient souvent viol\u00e9es; on recherchait si elles \u00e9taient vierges ou non \u2013 un signe\nd\u2019innocence; et si elles n\u2019avouaient pas, elles \u00e9taient soumises \u00e0 davantage d\u2019\u00e9preuves\natroces&nbsp;: leurs membres \u00e9taient tordus, on les asseyait sur des chaises en\nfer sous lesquelles on allumait un feu; leurs os \u00e9taient bris\u00e9s. Et quand elles\n\u00e9taient pendues ou br\u00fbl\u00e9es, on prenait soin que les le\u00e7ons \u00e0 tirer de leur\nagonie soient bien comprises. L\u2019ex\u00e9cution \u00e9tait un \u00e9v\u00e9nement public important,\nauquel tous les membres de la communaut\u00e9 devaient assister, y compris les\nenfants de la sorci\u00e8re, particuli\u00e8rement leurs filles qui dans certains cas\n\u00e9taient fouett\u00e9es devant le b\u00fbcher sur lequel elles pouvaient voir leur m\u00e8re br\u00fbl\u00e9e\nvive. <\/p>\n\n\n\n<p>La chasse aux\nsorci\u00e8res fut une guerre contre les femmes&nbsp;: c\u2019\u00e9tait une tentative\nconcert\u00e9e pour les avilir, les diaboliser et pour d\u00e9truire leur pouvoir social.\nEn m\u00eame temps, c\u2019\u00e9tait dans les chambres de torture et sur les b\u00fbchers sur\nlesquels les sorci\u00e8res p\u00e9rissaient que les id\u00e9aux bourgeois de la f\u00e9minit\u00e9 et\nde la domesticit\u00e9 furent forg\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce cas, la\nchasse aux sorci\u00e8res amplifia aussi les tendances sociales de l\u2019\u00e9poque. Il y a,\nen effet, une continuit\u00e9 certaine entre les pratiques vis\u00e9es par la chasse aux\nsorci\u00e8res et celles proscrites par la l\u00e9gislation qui fut introduite au m\u00eame\nmoment pour r\u00e9guler la vie familiale, le genre, et les rapports de propri\u00e9t\u00e9.\nDans toute l\u2019Europe de l\u2019Ouest, tandis que la chasse aux sorci\u00e8res progressait,\ndes lois \u00e9taient promulgu\u00e9es qui punissaient les adult\u00e8res de la peine capitale\n(en Angleterre et en Irlande par le b\u00fbcher, comme pour les cad de haute\ntrahison). Au m\u00eame moment, la prostitution \u00e9tait d\u00e9clar\u00e9e hors la loi, comme\nles naissances en dehors du mariage, tandis que l\u2019infanticide \u00e9tait transform\u00e9\nen crime capital. Simultan\u00e9ment, les amiti\u00e9s f\u00e9minines devinrent un objet de\nsuspicion, d\u00e9nonc\u00e9es en chaire comme n\u00e9fastes \u00e0 l\u2019alliance entre mari et femme,\ntout comme les relations entre femmes furent diabolis\u00e9es par les juges des\nsorci\u00e8res qui les for\u00e7aient \u00e0 se d\u00e9noncer entre elles comme complices. Ce fut\naussi dans cette p\u00e9riode que le mot \u00abcomm\u00e9rage\u00bb [gossip], qui au Moyen \u00c2ge\nsignifiait liens entre amies, prit sa tournure p\u00e9jorative, un signe de plus qui\nmontre \u00e0 quel point le pouvoir des femmes et les liens communautaires \u00e9taient\nruin\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p>Au niveau id\u00e9ologique aussi, il y a un lien \u00e9troit entre l\u2019image d\u00e9grad\u00e9e des femmes forg\u00e9es par les d\u00e9monologues et l\u2019image de la f\u00e9minit\u00e9 construite par les d\u00e9bats de l\u2019\u00e9poque sur la \u00abnature des sexes\u00bb, qui canonisa une femme st\u00e9r\u00e9otype, faible de corps et d\u2019esprit et biologiquement sujette au mal, servant efficacement \u00e0 justifier le contr\u00f4le des hommes sur les femmes ainsi que le nouvel ordre patriarcal. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Caliban et la sorci\u00e8re, <\/em>Silvia Federici, Entremonde,2014, Paris, 403 p.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Caliban et la sorci\u00e8re (Extraits) Accumulation primitive Marx introduisit le concept d\u2019accumulation primitive \u00e0 la fin du Capital pour d\u00e9crire la restructuration \u00e9conomique et sociale &#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":297,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-290","page","type-page","status-publish","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/290","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=290"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/290\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2152,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/290\/revisions\/2152"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/297"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=290"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}