{"id":259,"date":"2019-09-04T20:49:14","date_gmt":"2019-09-04T20:49:14","guid":{"rendered":"https:\/\/ethique-rlaroche.profweb.ca\/?page_id=259"},"modified":"2021-01-15T11:25:10","modified_gmt":"2021-01-15T11:25:10","slug":"armelle-le-bras-choppard","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/?page_id=259","title":{"rendered":"Armelle Le Bras-Choppard"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><br>\nLes putains du Diable<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le proc\u00e8s en\nsorcellerie des femmes<strong><\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>(Extraits)<\/p>\n\n\n\n<p><em>4<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Sur les cendres des\nb\u00fbchers, naissance de l\u2019\u00c9tat moderne<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/matierevolution.org\/spip.php?article3281\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"La r\u00e9pression de la sorcellerie (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\">La r\u00e9pression de la sorcellerie<\/a> pr\u00e9sente un caract\u00e8re largement uniforme malgr\u00e9 quelques diff\u00e9rences selon les espaces et les \u00e9poques consid\u00e9r\u00e9s, et la d\u00e9monologie, qui diffuse \u00e0 la fois la doctrine sur le Diable et les m\u00e9thodes \u00ab&nbsp;exceptionnelles&nbsp;\u00bb pour juger le plus abominable des crimes, contribue par ses trait\u00e9s \u00e0 l\u2019adoption d\u2019un comportement commun \u00e0 tous les magistrats. Quels que soit les r\u00e9gimes politiques, en majorit\u00e9 monarchiques \u2013 mais il y a aussi quelques r\u00e9publiques, \u00e0 Venise, \u00e0 Gen\u00e8ve, en Allemagne\u2026-, quelle que soit la religion quand le christianisme se scinde entre protestants et catholiques, une grande majorit\u00e9 de femmes est br\u00fbl\u00e9e sur des b\u00fbchers pour un m\u00eame forfait qui se r\u00e9v\u00e9lera, par la suite, imaginaire. Il faut donc que les femmes, en tant que telles, pr\u00e9sentent un r\u00e9el danger pour n\u2019avoir d\u2019autre solution que d\u2019en supprimer un maximum. Et qui peut les faire dispara\u00eetre l\u00e9galement si ce n\u2019est l\u2019autorit\u00e9 l\u00e9gitime. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0\nl\u2019\u00c9glise de donner le coup d\u2019envoi, elle qui entend contr\u00f4ler l\u2019ensemble de la\nvie civile, les relations entre les sexes, le comportement des femmes en\nparticulier, et leur corps si enclin \u00e0 la tentation. Mais en s\u2019assurant, dans\nles proc\u00e8s en sorcellerie, de l\u2019aide logistique des magistrats s\u00e9culiers, elle\nne tarde pas \u00e0 se faire d\u00e9border par ceux-ci. Les sorci\u00e8res vont donc\nconstituer un enjeu de pouvoir entre l\u2019\u00c9glise et l\u2019\u00c9tat, lequel ne peut\ns\u2019\u00e9riger sous sa forme moderne qu\u2019en prenant son autonomie par rapport \u00e0 la\nreligion et en \u00e9tablissant sa pr\u00e9\u00e9minence sur l\u2019\u00c9glise. Paradoxalement, dans\ncette \u00e9mancipation qui conduit \u00e0 sa la\u00efcisation, l\u2019\u00c9tat se construit par le\nbiais de proc\u00e8s \u00e9minemment \u00ab&nbsp;religieux&nbsp;\u00bb, puisque la sorcellerie est\nd\u2019abord d\u2019un crime de l\u00e8se-majest\u00e9 divine et que les juges sont amen\u00e9s \u00e0 se positionner\nsur des questions de dogme. <\/p>\n\n\n\n<p>Les\nhistoriens les plus r\u00e9cents, comme Muchembled, s\u2019ils admettent que la chasse\naux sorci\u00e8res est compr\u00e9hensible en termes religieux, estiment qu\u2019un de ses\nmultiples sens se trouve au c\u0153ur du politique&nbsp;: il s\u2019agit d\u2019affirmer la\nsouverainet\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, de fabriquer un \u00ab&nbsp;sujet ob\u00e9issant&nbsp;\u00bb si l\u2019on\nveut prendre l\u2019expression dans un sens g\u00e9n\u00e9rique, mais qui, pour nous, est\nd\u2019abord, comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 not\u00e9, une sujette ob\u00e9issante. R. Muchembled\nlie \u00e9galement le ph\u00e9nom\u00e8ne de la sorcellerie \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de l\u2019autonomie de\nl\u2019individu. C\u2019est partiellement exact, \u00e0 condition de pr\u00e9ciser que c\u2019est celle\nde l\u2019individu-homme qu\u2019il s\u2019agit de promouvoir. L\u2019\u00c9tat, qui se b\u00e2tira au\nmasculin, doit d\u2019abord, pour s\u2019assurer la forme unisexe que nous lui\nconnaissons encore largement aujourd\u2019hui, enrayer toute possibilit\u00e9 de\ng\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019autonomie et du pouvoir aux femmes. Nous verrons donc\ncomment la sorcellerie r\u00e9pond \u00e0 une peur, largement fantasm\u00e9e, d\u2019un pouvoir des\nfemmes, puis comment, dans un jeu complexe entre l\u2019\u00c9glise et l\u2019\u00c9tat, la\nr\u00e9pression des sorci\u00e8res par les magistrats sert \u00e0 asseoir la souverainet\u00e9\n\u00e9tatique. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Le\nfantasme d\u2019une mont\u00e9 en puissance des femmes<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La\ncrainte envers l\u2019esp\u00e8ce f\u00e9minine, que traduisent les proc\u00e8s de sorci\u00e8res, est\nn\u00e9e d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 diffuse et dont les hommes semblent prendre une conscience\nplus aigu\u00eb vers la fin du XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&nbsp;: la place grandissante\ndes femmes dans l\u2019espace social tout au long du Moyen \u00c2ge. Les inquisiteurs\nInstitoris et Sprenger, en 1486, constatent, catastroph\u00e9s&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce\ntemps-ci est le temps de la femme.&nbsp;\u00bb Des sp\u00e9cialistes de l\u2019histoire\nm\u00e9di\u00e9vale notent&nbsp;: \u00ab&nbsp;On pourrait croire que dans une soci\u00e9t\u00e9 dirig\u00e9e\npar les hommes, telle que la soci\u00e9t\u00e9 f\u00e9odale, le r\u00f4le des femmes devait \u00eatre\nr\u00e9duit; la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tait sensiblement diff\u00e9rente.&nbsp;\u00bb \u00c0 une vision\nmis\u00e9rabiliste de la condition de la femme au Moyen \u00b8\u00c2ge \u2013 une victime\nimpuissante de la brutalit\u00e9 masculine \u2013 qui conforte, en fait, le discours,\nlongtemps dominant, sur la nature faible et passive de la femme, a succ\u00e9d\u00e9,\ndans les travaux les plus r\u00e9cents, une autre image de celle-ci&nbsp;: un \u00eatre\nqui n\u2019\u00e9tait ni sans d\u00e9fense ni sans pouvoir. S\u2019il en \u00e9tait autrement, comment\ncomprendre l\u2019acharnement des hommes contre des cr\u00e9atures si inoffensives? Il\nnous faudra donc d\u2019abord replonger dans le contexte de l\u2019\u00e9poque pour comprendre\n\u00e0 la fois la situation r\u00e9elle de la femme et comment elle est per\u00e7ue en son\ntemps. Les mutations \u00e9conomiques et sociales qui interviennent \u00e0 partir du XII<sup>e<\/sup>\nsi\u00e8cle ont des r\u00e9percussions sur les activit\u00e9s des femmes, r\u00e9veillant cette\ndouble hantise masculine, toujours latente&nbsp;: celle d\u2019une \u00e9mancipation\ncompl\u00e8te du sexe faible et de sa prise de pouvoir. Si cette peur prend d\u00e9j\u00e0\nconsistance dans une attitude de plus en plus r\u00e9pressive dans la vie\nquotidienne vis-\u00e0-vis du sexe oppos\u00e9 que les hommes s\u2019imaginent \u00ab&nbsp;en opposition&nbsp;\u00bb\n\u00e0 eux, la d\u00e9monologie, au travers des multiples r\u00e9cits de sorci\u00e8res, lui\nfournit ses symboles [\u2026].<\/p>\n\n\n\n<p>Restituer\nles acteurs dans le contexte de cette \u00e9poque, c\u2019est d\u2019abord comprendre comment\nils sont plong\u00e9s dans cette civilisation occidentale, uniform\u00e9ment chr\u00e9tienne,\nqui forge leurs mentalit\u00e9s. Or, le christianisme, s\u2019il semble aujourd\u2019hui peu\nfavorable aux femmes \u00e0 cause des positions du Vatican sur la contraception,\nl\u2019avortement\u2026, leur a donn\u00e9 en ses d\u00e9buts, au moins dans le principe, quelques\natouts. Sans en faire le champion de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes, \u00e0 l\u2019instar de\ncertains auteurs du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle comme E. Legouv\u00e9, sa nouveaut\u00e9 tient\nd\u2019abord dans l\u2019affirmation de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de tous devant Dieu. Mais, sur terre, c\u2019est\nla doctrine du mariage qui va largement profiter \u00e0 la femme, lui apportant des\ngaranties contre les abus, auparavant licites, du <em>pater familias<\/em> auquel\nelle reste n\u00e9anmoins soumise. Nous avons vu comment, en concordance, cette\nfois, avec le droit romain, le christianisme mettait le consentement de l\u2019un et\nl\u2019autre conjoints au c\u0153ur de l\u2019union, pour \u00e9viter, sans grand succ\u00e8s, les\nmanigances des familles et les calculs financiers dans la conclusion des\nalliances matrimoniales. Les autres caract\u00e8res du mariage chr\u00e9tien permettent \u00e0\nla fois de prot\u00e9ger l\u2019\u00e9pouse et d\u2019affirmer une certaine \u00e9galit\u00e9 des sexes.\nAinsi la monogamie profite \u00e0 la femme&nbsp;: elle n\u2019est pas aussi \u00e9vidente qu\u2019aujourd\u2019hui\n\u2013 du moins dans les pays occidentaux -, mais est encore largement discut\u00e9e\njusqu\u2019au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, au pr\u00e9texte que les patriarches de l\u2019Ancien\nTestament avaient plusieurs concubines. Des jurisconsultes comme Pufendorf\ndiscutent des avantages compar\u00e9s de la polyandrie (une femme et plusieurs\nmaris) et de la polygamie (un homme et plusieurs \u00e9pouses), \u00e9cartant assez\nrapidement le premier cas de figure, au motif qu\u2019on ne saurait pas qui est le\np\u00e8re, pour peser avantages et inconv\u00e9nients du second et confirmer, finalement,\nle dogme de la monogamie. Le mariage est donc assorti du serment de fid\u00e9lit\u00e9\nqui place les deux conjoints \u00e0 \u00e9galit\u00e9 face \u00e0 l\u2019adult\u00e8re, m\u00eame si, dans les\nfaits, la libert\u00e9 masculine en ce domaine dispose d\u2019un champ plus vaste. Enfin,\nl\u2019indissolubilit\u00e9 du mariage garantit l\u2019\u00e9pouse contre la r\u00e9pudiation.<\/p>\n\n\n\n<p>Au\nniveau le plus intime, les \u00e9poux devraient se trouver aussi sur le m\u00eame plan.\nLe mariage a pour but la procr\u00e9ation, qui exige le concours des deux\n\u00e9poux.&nbsp; Si les th\u00e9ories m\u00e9dicales qui\nresteront en vigueur jusqu\u2019au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle donnent au mari le r\u00f4le\nprincipal dans la g\u00e9n\u00e9ration \u2013 c\u2019est lui qui transmet le principe de vie \u00e0 l\u2019enfant,\nla femme simple r\u00e9ceptacle se contentant de nourrir dans son ventre la petite\ngraine-, il est n\u00e9cessaire, pour le succ\u00e8s de la conception, que l\u2019accouplement\ns\u2019accompagne du plaisir de l\u2019homme et de celui de la femme. Il faudra l\u00e0 aussi\nattendre le XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle pour que les m\u00e9decins d\u00e9couvrent que la\njouissance n\u2019est pas indispensable \u00e0 la conception. Jusqu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque, les\nouvrages m\u00e9dicaux recommandent au mari de prendre bien soin de la partenaire\npour parvenir au r\u00e9sultat&nbsp;: \u00ab l\u2019homme \u00e9tant couch\u00e9 avec sa compagne, il\ndoit la c\u00e2liner, la chatouiller, la caresser et l\u2019\u00e9mouvoir \u00bb, conseille A. Par\u00e9\nau XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Ceci exclut, au moins formellement, toute brutalit\u00e9.\nD\u2019autre part, depuis saint Paul qui affirme qu\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 du but procr\u00e9atif les\n\u00e9poux ont le droit de s\u2019unir sexuellement, pour \u00e9viter de \u00ab br\u00fbler \u00bb, l\u2019homme a\ndroit au corps de la femme comme elle a droit \u00e0 celui du mari&nbsp;: \u00ab Que le\nmari s\u2019acquitte de son devoir envers sa femme, et pareillement la femme envers\nson mari. La femme ne dispose pas de son corps, mais le mari. Pareillement, le\nmari ne dispose pas de son corps, mais la femme \u00bb, \u00e9nonce-t-il dans son \u00c9p\u00eetre\naux Corinthiens. Cette similitude de traitement, qui semble paradoxale \u00e0 nombre\nde commentateurs, est constamment r\u00e9p\u00e9t\u00e9&nbsp;: en 1501, \u00e0 Nicole et Emeri, l\u2019officialit\u00e9\nde Troyes \u00ab rappelle aux \u00e9poux que toutes les fois que l\u2019un demande \u00e0 l\u2019autre\nde lui rendre le devoir conjugal, en un lieu s\u00fbr, le second doit s\u2019ex\u00e9cuter \u00bb.\nAinsi pour J. Viguerius, en 1580, \u00ab de m\u00eame que l\u2019homme est tenu \u00e0 l\u2019\u00e9pouse\ndans l\u2019acte conjugal [\u2026] selon ce qui est de l\u2019homme, ainsi l\u2019\u00e9pouse \u00e0 l\u2019homme\nselon ce qui est de la femme \u00bb. Enfin, si le plaisir est \u00e0 la fois n\u00e9cessaire\net tol\u00e9r\u00e9 pour les deux sexes, il convient, selon l\u2019\u00c9glise, de ne point en\nabuser, et l\u2019injonction de se comporter au lit \u00ab en toute honnestet\u00e9 et\nr\u00e9v\u00e9rence \u00bb vaut pour le mari comme pour l\u2019\u00e9pouse. Lui ne doit pas, selon\nBenedicti dans son trait\u00e9 de 1584, \u00eatre transport\u00e9 pour elle d\u2019\u00ab un amour\nd\u00e9mesur\u00e9 \u00bb, la cogner si ardemment \u00ab pour contenter sa volupt\u00e9 \u00bb et se montrer\n\u00ab plustost d\u00e9bord\u00e9 amoureux envers sa femme \u00bb. M\u00eame obligation pour elle, \u00ab\nparquoy il ne faut pas que l\u2019homme use de sa femme comme d\u2019une putain, ni que\nla femme se porte envers son mary comme avec un amoureux \u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/clio\/678\">Georges Duby<\/a> nous pr\u00e9sente une tout autre vision de son \u00ab m\u00e2le \u00ab Moyen \u00c2ge. Du corps de son \u00e9pouse, le mari omnipotent deviendrait \u00ab le tenancier, autoris\u00e9 \u00e0 s\u2019en servir, \u00e0 l\u2019exploiter, \u00e0 lui faire porter fruit \u00bb. L\u2019historien n\u2019\u00e9voque pas le <em>debitum<\/em> correspondant de l\u2019homme, qui peut conduire le mari devant le tribunal pour motif d\u2019impuissance. Si le viol conjugal, avant l\u2019invention de l\u2019expression, a exist\u00e9, exerc\u00e9 par l\u2019homme, qui nous dit que les violences conjugales de toute nature \u00e9taient pires au Moyen \u00c2ge, dans ces temps pr\u00e9tendument frustes et obscurantistes, qu\u2019aujourd\u2019hui, o\u00f9 les statistiques nous parlent, dans notre France civilis\u00e9e, de six femmes par mois d\u00e9c\u00e9d\u00e9es sous les coups du conjoint, et ceci dans tous les milieux? Soucieux de d\u00e9fendre son point de vue, Duby avance, contresens manifeste concernant les th\u00e8ses m\u00e9dicales en cours depuis Galien et tous les trait\u00e9s sur la st\u00e9rilit\u00e9 du Moyen \u00c2ge, que la femme est pr\u00e9sent\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, comme \u00ab froide dans l\u2019acquittement du debitum \u00bb et que le mari a interdiction \u00abde l\u2019\u00e9chauffer \u00bb! Il est important de d\u00e9mentir un tel credo car, si la femme \u00e9tait cette poup\u00e9e gonfl\u00e9e, subissant sans broncher les assauts du mari, comment expliquer les proc\u00e8s en sorcellerie qui partent au contraire du \u00ab d\u00e9sir insatiable \u00bb de la femelle, une vraie Marie-couche-toi-l\u00e0 qui s\u2019accouple non seulement avec hommes et b\u00eates mais avec l\u2019\u00eatre le plus repoussant, le Diable? <a href=\"https:\/\/corpsetpolitique.noblogs.org\/post\/2014\/09\/10\/de-la-danse-des-sorciers-au-sabbat-par-pierre-de-lancre-conseiller-du-roy-au-parlement-de-bordeaux-1613\/\">Comment expliquer cette hantise de la lubricit\u00e9 f\u00e9minine, hantise croissante depuis la fin du Moyen \u00c2ge jusqu\u2019\u00e0 prendre ensuite un tour obsessionnel chez les d\u00e9monologues?<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;]<\/p>\n\n\n\n<p><em>5<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Extinction\ndes feux et triomphe de l\u2019\u00c9tat-L\u00e9viathan<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p><em>La\npuissance diabolique de l\u2019\u00c9tat<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle a connu une r\u00e9pression des sorci\u00e8res d\u2019une intensit\u00e9 jamais atteinte au Moyen \u00c2ge, accompagn\u00e9e de sa th\u00e9orie d\u00e9monologique, et, en m\u00eame temps, l\u2019\u00e9mergence d\u2019un esprit scientifique qui entend percer les myst\u00e8res de la nature, et tenant Dieu et Diable \u00e0 l\u2019\u00e9cart de r\u00e9flexions fond\u00e9es sur la seule Raison&nbsp;: tandis qu\u2019auparavant il fallait faire co\u00efncider les explications scientifiques avec le plan divin ou d\u00e9clarer forfait face \u00e0 ce qui \u00e9tait cens\u00e9 relever du surnaturel, d\u00e9sormais c\u2019est \u00e0 Dieu de se plier aux lois naturelles, simplement parce qu\u2019il ne peut transgresser arbitrairement ce qu\u2019il a lui-m\u00eame \u00e9tabli, \u00e9noncera Spinoza. <\/p>\n\n\n\n<p>Bodin\nillustre au mieux la juxtaposition de ces deux d\u00e9marches antinomiques&nbsp;:\nd\u2019un c\u00f4t\u00e9 le d\u00e9monologue est convaincu du co\u00eft des sorci\u00e8res avec le Diable et\nrenvoie, comme nous l\u2019avons rappel\u00e9, le m\u00e9decin J. Wier \u00e0 l\u2019observation des\nurines de ses patients, avec interdiction de se m\u00ealer d\u2019une m\u00e9taphysique\ninaccessible aux mis\u00e9rables mortels; de l\u2019autre, le th\u00e9oricien de la <em>Lettre\n\u00e0 M. De Malestroit<\/em> et des <em>Six livres de la R\u00e9publique<\/em> donne au\npolitique, au pouvoir temporel, la plus grande latitude de man\u0153uvre, sans\nmentionner le Diable et avec une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Dieu assez formelle. Ce qui forme\nle d\u00e9nominateur commun \u00e0 ces deux ouvrages si oppos\u00e9s en apparence, la <em>D\u00e9monomanie<\/em>\net la <em>R\u00e9publique<\/em>, ce sont les femmes&nbsp;: dans un cas la r\u00e9pression\nd\u2019un grand nombre d\u2019entre elles, les sorci\u00e8res; dans l\u2019autre, la normalisation\nde la domination de toutes les femmes par le sexe fort, au travers de la\nth\u00e9orie d\u2019une souverainet\u00e9 pens\u00e9 et exerc\u00e9e au masculin, dans le priv\u00e9 comme au\nniveau strictement politique. L\u2019existence de ces deux ouvrages, sous la plume\nd\u2019un m\u00eame auteur, peut para\u00eetre assez d\u00e9routante aujourd\u2019hui puisque Bodin\npose, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les bases de cette souverainet\u00e9 qui permettra, en douceur, la\nma\u00eetrise l\u00e9gale des femmes et rendra inutile la figure de la sorci\u00e8re, mais\njustifie dans la <em>D\u00e9monomanie<\/em>, \u00e9crite apr\u00e8s la <em>R\u00e9publique<\/em>, une\nr\u00e9pression des plus rigoureuses de la sorcellerie. Il faut se replacer dans le\ncontexte de l\u2019\u00e9poque pour comprendre cette juxtaposition en apparence\nincoh\u00e9rente&nbsp;: cette souverainet\u00e9 dont il pose les bases n\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment\npas encore acquise et les proc\u00e8s appartiennent aux n\u00e9cessit\u00e9s per\u00e7ues \u00e0\nl\u2019\u00e9poque. Les \u00e9crits de Bodin sur la tol\u00e9rance, qui semblent tellement en\ncontradiction, eux aussi, avec la <em>D\u00e9monomanie<\/em>, s\u2019inscrivent dans cette\nlogique&nbsp;: comment, s\u2019est-on \u00e9tonn\u00e9, celui qui pr\u00f4ne la coexistence\npacifique entre protestants et catholiques pouvait-il \u00eatre, dans le m\u00eame temps,\ncelui qui encourageait les juges \u00e0 condamner le maximum de sorci\u00e8res \u00e0\n\u00ab&nbsp;une mort exquise&nbsp;\u00bb? Pour comprendre cette position de Bodin, il\nsuffit de se demander qui \u00e9taient les principales victimes des guerres de\nReligion&nbsp;: des hommes principalement, puisqu\u2019eux seuls portent les armes;\nen s\u2019entre-tuant, ils se trompent d\u2019adversaires alors m\u00eame qu\u2019en fait\nprotestants et catholiques, unis sous un m\u00eame dieu, ont d\u00e9j\u00e0 bien compris leur\nint\u00e9r\u00eat commun en poursuivant les sorci\u00e8res avec un m\u00eame z\u00e8le\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est\nla d\u00e9marche politique et scientifique qui va triompher d\u00e9finitivement par la\nsuite, rel\u00e9guant la sorcellerie au rang des superstitions du pass\u00e9&nbsp;: la\nD\u00e9monomanie sera pudiquement et officiellement oubli\u00e9e au b\u00e9n\u00e9fice de la\nR\u00e9publique, devenue r\u00e9f\u00e9rence oblig\u00e9e de toute th\u00e9orie de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>Or,\nl\u2019enjeu de la science d\u00e9passe la simple curiosit\u00e9 intellectuelle&nbsp;: il\ns\u2019agit d\u00e9sormais, par la connaissance des m\u00e9canismes de la nature, de ses lois,\nde les tourner \u00e0 son profit, de les modifier si besoin est, pour agir ici-bas\nafin que l\u2019homme devienne \u00ab&nbsp;comme ma\u00eetre et possesseur de la\nnature&nbsp;\u00bb, selon la formule de Descartes. La Science, r\u00e9cusant tout dogme\nassen\u00e9 et non d\u00e9montr\u00e9, s\u2019affranchit de Dieu et de l\u2019\u00c9glise, non sans douleur\net sans \u00e9pisodes dramatiques, comme en t\u00e9moignent les condamnations de Copernic\nou Galil\u00e9e, et, parall\u00e8lement, depuis Machiavel, le politique prend aussi ses\ndistances et son autonomie par rapport \u00e0 la religion. D\u2019o\u00f9, en ce qui concerne\nles femmes, le premier soin de les rejeter dans l\u2019ordre de la nature. L\u2019affaire\nest d\u00e9j\u00e0 largement entendue, selon le syllogisme&nbsp;: un homme est un \u00eatre\nhumain; une femme n\u2019est pas un homme; donc une femme n\u2019appartient pas \u00e0\nl\u2019humanit\u00e9, du moins pas tout \u00e0 fait, donc ressort de cette nature \u00e0 ma\u00eetriser.\nLe nouveau discours peut se situer sans probl\u00e8me dans la continuit\u00e9 des\nassertions misogynes multis\u00e9culaires et, entre autres, celle des d\u00e9monologues.\n\u00c0 la diff\u00e9rence qu\u2019au lieu de mettre \u00e0 mort les sorci\u00e8res, il est pr\u00e9f\u00e9rable\nd\u2019assujettir pr\u00e9ventivement, par la loi toutes les femmes vivantes. Et, pour ce\nfaire, r\u00e9cup\u00e9rer la toute-puissance jadis attribu\u00e9e au Diable, qu\u2019il serait\nbien sot de laisser perdre. C\u2019est sur ces bases que s\u2019\u00e9tablit l\u2019\u00c9tat moderne,\nm\u00e2le comme Satan. Nous verrons donc comment, chez les promoteurs de la th\u00e9orie\npolitique moderne, Machiavel et Bodin, et chez leurs successeurs, la question\npolitique pose directement celle du rapport entre les sexes; puis comment, de\nfa\u00e7on de moins en moins masqu\u00e9e, l\u2019\u00c9tat incorpore le Mal dans sa propre\nd\u00e9finition, au point de se transformer en L\u00e9viathan.<\/p>\n\n\n\n<p>Machiavel\nne parle encore ni d\u2019\u00c9tat ni de souverainet\u00e9. Mais, en d\u00e9gageant le politique\ndu religieux, il remet entre les mains, purement humaine du Prince un pouvoir\nque celui-ci \u00e9tait jusqu\u2019alors cens\u00e9 tenir de Dieu. Tandis que ls b\u00fbchers\nembrassent toute l\u2019Europe de son \u00e9poque, Machiavel ose, dans sa \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/books.openedition.org\/ugaeditions\/762?lang=fr\">Nouvelle\ntr\u00e8s plaisante de l\u2019Archidiable Belph\u00e9gor&nbsp;<\/a>\u00bb,\ntraiter le D\u00e9mon chr\u00e9tien en personnage ridicule, comme on le faisait au Moyen\n\u00c2ge. L\u2019argument du conte est le suivant&nbsp;: envoy\u00e9 dans ce monde \u00ab&nbsp;avec\nobligation d\u2019y prendre femme&nbsp;\u00bb pour tester si ce sexe est aussi odieux que\nle pr\u00e9tend la rumeur, l\u2019Archidiable, apr\u00e8s toutes sortes de m\u00e9saventures\ncaus\u00e9es par son \u00e9pouse, \u00ab&nbsp;aime mieux retourner en Enfer&nbsp;\u00bb plut\u00f4t que\nde rester aupr\u00e8s d\u2019elle et \u00ab&nbsp;que de se soumettre de nouveau aux ennuis,\naux d\u00e9sagr\u00e9ments et aux dangers qui accompagnent le joug matrimonial. C\u2019est\nainsi que Belph\u00e9gor, de retour aux Enfers, put rendre t\u00e9moignage des maux\nqu\u2019une femme am\u00e8ne avec elle dans une maison.&nbsp;\u00bb Ainsi Machiavel\npointe-t-il de fa\u00e7on humoristique le v\u00e9ritable fl\u00e9au que ses contemporains au m\u00eame\nmoment dramatisent dans les proc\u00e8s en sorcellerie car, s\u2019il renvoie le Diable,\ndevenu un \u00eatre mythique dans un Enfer imaginaire, les femmes, elles, restent\nbien r\u00e9elles et toujours aussi nocives sur terre.<\/p>\n\n\n\n<p>De fa\u00e7on plus abstraite, Machiavel, comme nous l\u2019avons montr\u00e9 ailleurs, assimile la femme \u00e0 la <em>Fortuna<\/em>. Celle-ci figure \u00e9galement les circonstances ext\u00e9rieures, catastrophes naturelles ou comportements humains ind\u00e9pendants des individus, et se caract\u00e9rise par ses agissements al\u00e9atoires, irrationnels. Aux politiques d\u2019en juguler les effets impond\u00e9rables en pr\u00e9voyant des moyens d\u2019action, comme on construit des digues sur les berges d\u2019un torrent pour pr\u00e9venir les d\u00e9sastres d\u2019une crue \u00e9ventuelle. De la femme, la <em>Fortuna <\/em>poss\u00e8de donc le principal attribut&nbsp;: l\u2019inconstance, et Machiavel la repr\u00e9sente par une roue. Or, cette versatilit\u00e9 est \u00e0 la fois caract\u00e8re f\u00e9minin mais aussi le trait principal de Satan, sur lequel P. de Lancre insistera plus particuli\u00e8rement, intitulant d\u2019ailleurs son ouvrage <em>De l\u2019inconstance des mauvais anges<\/em> et soulignant que le Diable aime \u00ab&nbsp;\u00eatre ador\u00e9 en ce qui repr\u00e9sente le plus l\u2019inconstance, savoir \u00e8s roues&nbsp;\u00bb. N\u2019est-il pas, par d\u00e9finition, un \u00eatre \u00ab&nbsp;rou\u00e9&nbsp;\u00bb? Pour Machiavel, c\u2019est bien cette formidable puissance de la roue que les hommes doivent reprendre en main, pour la faire tourner dans le sens souhait\u00e9. Donc en ma\u00eetrisant les femmes, quitte \u00e0 les \u00ab&nbsp;rouer&nbsp;\u00bb de coups. Tel est le sens de la c\u00e9l\u00e8bre formule du <em>Prince<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;La fortune est femme, et [\u2026] il est n\u00e9cessaire, pour la tenir sujette, de la battre et heurter.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Par rapport \u00e0 Machiavel, Bodin semble, de prime abord, en retrait. D\u2019une part, \u00e0 cause de sa <em>D\u00e9monologie<\/em> mais aussi parce qu\u2019il r\u00e9introduit Dieu dans ses d\u00e9veloppements et soumet la \u00ab&nbsp;puissance souveraine absolue&nbsp;\u00bb de la R\u00e9publique (C\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00c9tat), qui ne devrait en principe supposer aucun pouvoir au-dessus d\u2019elle, \u00e0 une limite, la seule, celle de l\u2019ob\u00e9issance au commandement de \u00ab&nbsp;la loi de Dieu et de nature&nbsp;\u00bb, de sorte qu\u2019elle se situe toujours \u00ab&nbsp;apr\u00e8s Dieu&nbsp;\u00bb. Mais, si l\u2019on regarde la table des mati\u00e8res, tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9e, des <em><a href=\"http:\/\/classiques.uqac.ca\/classiques\/bodin_jean\/six_livres_republique\/bodin_six_livres_republique.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"Six livres de la R\u00e9publique (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\">Six livres de la R\u00e9publique<\/a><\/em>, le mot Dieu est compl\u00e8tement absent des titres de chapitres et de paragraphes. En fait, Bodin est beaucoup plus redevable \u00e0 Machiavel qu\u2019il ne veut l\u2019avouer&nbsp;: c\u2019est bien parce que l\u2019auteur du <em>Prince<\/em> a d\u00e9gag\u00e9 du religieux la voie du politique que Bodin peut emprunter le trac\u00e9 de cette derni\u00e8re, et concentrer sa r\u00e9flexion sur la R\u00e9publique et la puissance temporelle. La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Dieu, qui va souvent de pair avec la mention de la Nature, pourra d\u00e8s lors \u00eatre mise de c\u00f4t\u00e9 sans infirmer sa th\u00e9orie, comme sauront le faire les lointains successeurs de Bodin dans leur perception d\u00e9sormais la\u00efcis\u00e9e de l\u2019\u00c9tat. <\/p>\n\n\n\n<p>La\nsouverainet\u00e9, chez l\u2019auteur de la <em>R\u00e9publique<\/em>, a \u00e9t\u00e9 trait\u00e9e en abondance\npar les juristes, les philosophes, les politicologues, partie incontournable de\nleurs enseignements dans les universit\u00e9s. Mais elle est abord\u00e9e sous un angle\npolitique <em>stricto sensu<\/em> et, d\u2019autre part, l\u2019accent n\u2019est jamais mis,\ntant ce doit \u00eatre une \u00e9vidence, sur sa masculinit\u00e9 qui, loin de constituer une\ncaract\u00e9ristique accessoire de la souverainet\u00e9, organise sa d\u00e9finition\nelle-m\u00eame. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autorit\u00e9\nsupr\u00eame que repr\u00e9sente la souverainet\u00e9 ne peut \u00eatre comprise uniquement, dans\nune perspective unilat\u00e9rale et verticale, comme l\u2019imposition du pouvoir venu\nd\u2019en haut sur ses assujettis. Certes, tous les penseurs, et d\u00e9j\u00e0 Machiavel,\ninsistent sur la n\u00e9cessit\u00e9 du consentement du peuple \u00e0 cette domination,\nspontan\u00e9 ou obtenu par des moyens avouables ou inavouables, afin d\u2019\u00e9viter \u00e0 la\nfois tout despotisme et tout risque de r\u00e9bellion, mais chez Bodin\nl\u2019articulation entre la soci\u00e9t\u00e9 civile et le politique proprement dit est plus\ncomplexe ou, plus exactement, la souverainet\u00e9 dans la R\u00e9publique est pens\u00e9e \u00e0\nla fois \u00e0 partir du pouvoir dans la famille et en \u00e9troite interaction entre\ncelui-ci et le sommet gouvernemental. <\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est\nbien par le \u00ab&nbsp;m\u00e9nage&nbsp;\u00bb que s\u2019ouvrent les <em>Six livres de la\nR\u00e9publique<\/em>, pour asseoir la d\u00e9finition de la souverainet\u00e9&nbsp;: la famille\n\u00ab&nbsp;est la vraie source et origine de la R\u00e9publique, et membre principal de\ncelle-ci&nbsp;\u00bb, de sorte que \u00ab&nbsp;les jurisconsultes, et l\u00e9gislateurs, que\nnous devons suivre, ont trait\u00e9 les lois et ordonnances de la police, des\ncoll\u00e8ges, et des familles en une m\u00eame science [\u2026]. Tout ainsi donc que la\nfamille bien conduite est la vraie image de la R\u00e9publique, et la puissance\ndomestique semblable \u00e0 la puissance souveraine, aussi est le droit gouvernement\nde la maison, le vrai mod\u00e8le du gouvernement de la R\u00e9publique&nbsp;\u00bb.\nRepr\u00e9senter l\u2019\u00c9tat comme une image grossie de la famille est m\u00e9taphore\ncourante, mais ce qui fait l\u2019originalit\u00e9 de Bodin, c\u2019est de mettre en \u00e9vidence\nla r\u00e9action des deux bouts de la cha\u00eene l\u2019un sur l\u2019autre, \u00c9tat et famille,\nfaisant de cette derni\u00e8re un membre actif de celui-ci&nbsp;: \u00ab&nbsp;si les\nfamilles sont bien gouvern\u00e9es, la R\u00e9publique ira bien&nbsp;\u00bb et, inversement,\nce qui se fait au niveau de l\u2019\u00c9tat \u00ab&nbsp;sera toujours tir\u00e9 en cons\u00e9quence au\nniveau particulier&nbsp;\u00bb. Si l\u2019autorit\u00e9 \u00e9tatique vient \u00e0 d\u00e9faillir, ce manque\nse r\u00e9percute jusque dans les foyers et c\u2019est l\u2019anarchie dans la soci\u00e9t\u00e9.\nInversement, si la famille est mal gouvern\u00e9e, d\u2019autres foyers le seront et\nproduiront la m\u00eame anarchie qui d\u00e9stabilisera l\u2019\u00c9tat lui-m\u00eame au plus haut\nniveau.<\/p>\n\n\n\n<p>Les\nattributs de la souverainet\u00e9 \u2013 elle est unique, absolue et perp\u00e9tuelle \u2013 nous\n\u00e9clairent alors sur ce \u00ab&nbsp;bon gouvernement \u00bb dans la famille et dans\nl\u2019\u00c9tat, et sur sa n\u00e9cessaire masculinit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019unicit\u00e9\nde la souverainet\u00e9 est pens\u00e9e \u00e0 partir de l\u2019unit\u00e9 de direction dans la\nfamille&nbsp;: \u00ab Nous entendons par la m\u00e9nagerie le droit gouvernement de la\nfamille, et de la puissance que le chef de la famille a sur les siens et de\nl\u2019ob\u00e9issance qui lui est due. \u00bb Il est impensable que l\u2019autorit\u00e9 parentale soit\ncommune aux deux g\u00e9niteurs&nbsp;: \u00ab la pluralit\u00e9 des chefs \u00bb et \u00ab ce serait une\nchose fort irr\u00e9guli\u00e8re qu\u2019il y e\u00fbt deux chefs dans une famille \u00bb, pr\u00e9cisera S.\nPufendorf, car cela supposerait une autorit\u00e9 partag\u00e9e. Or celle-ci est\nindivisible. Elle doit donc \u00eatre exerc\u00e9e par l\u2019un des deux parents&nbsp;: ce\nsera, bien entendu, le mari, auquel son \u00e9pouse devra elle-m\u00eame \u00eatre soumise,\ncomme \u00e9tant le plus fort et le plus intelligent, mart\u00e8leront les jurisconsultes.\n<\/p>\n\n\n\n<p><em>A\nfortiori<\/em>, cette faiblesse naturelle interdit \u00e0 la femme l\u2019acc\u00e8s\nau pouvoir politique. Mais il s\u2019y joint, \u00e0 ce niveau, une autre raison qui\nprouve que l\u2019argument du pouvoir unique du <em>pater familias<\/em> n\u2019est pas\nsimple comparaison entre le priv\u00e9 et le public, mais doit \u00eatre pos\u00e9\nant\u00e9rieurement \u00e0 la d\u00e9finition de la souverainet\u00e9 \u00e9tatique&nbsp;: comment une\nfemme soumise \u00e0 son \u00e9poux dans la famille pourrait-elle \u00eatre sa souveraine au\nniveau politique? Il y aurait l\u00e0 une contradiction que Bodin \u00e9nonce ainsi&nbsp;:\n\u00ab Le mari est chef de famille, et ma\u00eetre de l\u2019\u00e9conomie domestique, et n\u00e9anmoins\ndemeure esclave et sujet de sa femme en public, car la puissance publique, dit\nla loi, n\u2019est jamais li\u00e9e \u00e0 la puissance domestique. \u00bb Si Bodin, favorable \u00e0 la\nmonarchie, r\u00e9gime qui, par l\u2019unicit\u00e9 du titulaire de la souverainet\u00e9, colle au\nplus pr\u00e8s au concept de cette derni\u00e8re, envisage de pr\u00e9f\u00e9rence l\u2019exemple d\u2019une\nreine, le raisonnement vaut pour les deux autres formes de r\u00e9gime, oligarchie\nou d\u00e9mocratie&nbsp;: les hommes de la III<sup>e<\/sup> R\u00e9publique en France ne\nse priveront pas d\u2019user de cet argument de la tutelle de la femme en droit\npriv\u00e9 pour lui refuser droit de vote et donc d\u2019\u00e9ligibilit\u00e9. La contradiction se\ntrouve alors lev\u00e9e si l\u2019on \u00e9carte d\u2019embl\u00e9e les femmes du pouvoir politique au\nmotif qu\u2019elles n\u2019ont pas le pouvoir domestique. <\/p>\n\n\n\n<p>Unique,\nla souverainet\u00e9 ne peut \u00eatre qu\u2019<em>absolue<\/em>. Sinon, elle cesserait d\u2019\u00eatre\nindivisible, supposant, par son incompl\u00e9tude ou sa relativit\u00e9, un espace o\u00f9\nelle ne s\u2019exercerait pas, voire o\u00f9 une autre souverainet\u00e9 s\u2019opposerait \u00e0 elle,\nlui r\u00e9sisterait. Le caract\u00e8re absolu de la souverainet\u00e9 signifie simplement qu\u2019elle\nn\u2019a aucun pouvoir au-dessus d\u2019elle sur son territoire national&nbsp;: l\u2019arbitraire\nqu\u2019on pourrait craindre en est exclu car il transformerait le r\u00e9gime, quel qu\u2019il\nsoit, en tyrannie, et celle-ci n\u2019entre pas dans la cat\u00e9gorie du politique, nie\nce dernier au point que tout despotisme devient lui-m\u00eame anarchie. Le souverain\nest d\u2019ailleurs lui-m\u00eame soumis \u00e0 Dieu ou au respect des lois naturelles, mais\nnous avons d\u00e9j\u00e0 not\u00e9 que cette r\u00e9f\u00e9rence est assez formelle&nbsp;: quelle est\nla r\u00e9alit\u00e9 de ce garde-fou qui ne comprend aucune sanction terrestre? Dans l\u2019ordre\ntemporel, la souverainet\u00e9 conserve son caract\u00e8re absolu. Absolu aussi sera le\npouvoir du <em>pater familias<\/em> en son espace, le foyer, m\u00eame s\u2019il lui est\ninterdit, au nom des m\u00eames temp\u00e9raments qu\u2019au niveau de l\u2019\u00c9tat, d\u2019en abuser&nbsp;:\ncertains auteurs pr\u00e9cisent ainsi qu\u2019il peut \u00ab corriger \u00bb son \u00e9pouse, mais \u00e0\nproportion de sa faute et en \u00e9vitant de la battre \u00e0 mort\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin,\nla souverainet\u00e9 est dite <em>perp\u00e9tuelle<\/em>. L\u2019affirmation de ce dernier\nattribut est rendue possible par la dissociation que Bodin op\u00e8re entre la\nsouverainet\u00e9 (son concept) et ses titulaires&nbsp;: tandis que le corps\nphysique de ceux-ci est destin\u00e9 \u00e0 tomber en poussi\u00e8re, elle subsiste et passe\nen d\u2019autres corps. Les rois meurent, la royaut\u00e9 demeure, selon la formule \u00ab Le\nRoi est mort, vive le Roi \u00bb. En d\u00e9mocratie, les repr\u00e9sentants du peuple\nchangent au gr\u00e9 des \u00e9lections, sans interruption de la souverainet\u00e9 elle-m\u00eame,\njamais vacante. Bodin peut ainsi reprendre la typologie classique des r\u00e9gimes\npolitiques&nbsp;: monarchie, oligarchie et d\u00e9mocratie; quel que soit le nombre\ndes titulaires, la souverainet\u00e9 reste unitaire et semblable \u00e0 elle-m\u00eame. Hobbes\nenvisage indiff\u00e9remment le L\u00e9viathan sous la figure d\u2019un roi ou d\u2019une\nassembl\u00e9e. De m\u00eame, au foyer, la femme passe du pouvoir du p\u00e8re \u00e0 celui du\nmari, et, en cas de remariage, d\u2019un autre mari. Le pouvoir du chef de famille,\nconfirm\u00e9 par l\u2019histoire et la nature, est lui-m\u00eame intemporel, non sujet \u00e0\nremise en question.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9tablie\nsur le mod\u00e8le du pouvoir <em>pater familias<\/em>, la souverainet\u00e9 s\u2019organise au\nmasculin, dispensant en principe de toute d\u00e9monstration, tant ce pouvoir dans\nla famille semble naturel et l\u00e9galement confirm\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Bodin. Mais la\nquestion tracasse l\u2019auteur des <em>Six livres de la R\u00e9publique<\/em>, qui y\nrevient \u00e0 la fin de son ouvrage, en examinant, <em>a contrario<\/em>, ce que\npourrait donner un gouvernement par des femmes et comment la souverainet\u00e9 s\u2019y\ndissoudrait. Quand le pouvoir \u00ab tombe en quenouille \u00bb, c\u2019est la \u00ab gynocratie \u00bb.\nAutrement dit, la mort du politique et de toute souverainet\u00e9, car la gynocratie\nconduit au despotisme et \u00e0 l\u2019anarchie, qui ne sont plus des r\u00e9gimes politiques,\nou \u00e0 la disparition de la famille d\u00e8s lors que le mari n\u2019est plus la t\u00eate. En\nvertu de l\u2019interaction entre m\u00e9nage et \u00c9tat, si les sujets \u00ab souffrent par\nforce ou autrement la Gyn\u00e9cocratie en l\u2019\u00c9tat souverain, il ne faut pas douter\nque chacun des sujets ne soit aussi contraint de la souffrir en sa maison \u00bb et\n\u00ab tout ainsi que la famille est renvers\u00e9e o\u00f9 la femme commande au mari, attendu\nque le chef de famille perd sa qualit\u00e9 pour devenir esclave, [de m\u00eame] aussi la\nR\u00e9publique \u00e0 parler proprement perd son nom o\u00f9 la femme tient la souverainet\u00e9,\npour sage qu\u2019elle soit \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais\nparler d\u2019une femme \u00ab sage \u00bb est pr\u00e9cis\u00e9ment une contradiction dans les termes\net Bodin envisage aussit\u00f4t le cas de l\u2019\u00ab impudique \u00bb. L\u00e0 se fait le lien entre\nla <em>R\u00e9publique<\/em> et la <em>D\u00e9monomanie&nbsp;<\/em>: la femme se caract\u00e9rise\npar sa lubricit\u00e9. Que dire quand elle parvient au gouvernail de l\u2019\u00c9tat! Il\n\u00e9num\u00e8re plusieurs cas de reines d\u00e9bauch\u00e9es, dont S\u00e9miramis, connue pour ses \u00ab\ncupidit\u00e9s bestiales \u00bb. Et le danger n\u2019est pas moindre en d\u00e9mocratie, d\u00e9velopperont\nles partisans de ce r\u00e9gime. La mixit\u00e9 des sexes dans l\u2019univers politique par\nd\u00e9finition asexu\u00e9 introduirait la concupiscence dans ce lieu de haute vertu&nbsp;:\nles maris seront jaloux si leurs \u00e9pouses c\u00f4toient d\u2019autres hommes dans les\nassembl\u00e9es, pr\u00e9vient Spinoza; \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019enceinte parlementaire, avance-t-on\nsous la III<sup>e<\/sup> R\u00e9publique, les hommes, repr\u00e9sentants de la condition\nhumaine, se transformeront en simples m\u00e2les, se disputant les femelles qui\nseront parmi eux&nbsp;: \u00ab Deux coqs vivaient en paix&nbsp;: une poule survint\net voil\u00e0 la guerre allum\u00e9e \u00bb, d\u00e9clare un certain Duplantier au S\u00e9nat en 1932. Plus\ngrave encore, selon Bodin, la puissance entre les mains d\u2019une femme s\u2019exerce\ndans la cruaut\u00e9 et le meurtre&nbsp;: en t\u00e9moignent les cas d\u2019Athalie, reine de\nJuda, Cl\u00e9op\u00e2tre, Z\u00e9nobie, sans perler, \u00e0 Naples, de Jeanne, \u00ab qui pour sa\nlubricit\u00e9 fut surnomm\u00e9e la Louvette \u00bb et a tu\u00e9 ses trois maris. Une femme au\npouvoir est donc peu diff\u00e9rente d\u2019une sorci\u00e8re, bien que Bodin ne parle pas du\ntout de sorcellerie dans la <em>R\u00e9publique<\/em>&nbsp;: elle est semblable \u00e0\ncelles qui, ayant re\u00e7u des pouvoirs du Diable, les exercent toujours pour faire\nle Mal. <\/p>\n\n\n\n<p>La\nsouverainet\u00e9 dont nous venons de voir les attributs se d\u00e9finit alors comme \u00ab le\npouvoir de donner et de casser la loi \u00bb, et ses autres caract\u00e8res, pass\u00e9s en\nrevue par Bodin, en d\u00e9coulent, comme de nommer les magistrats, entrer en guerre\u2026\nCette pr\u00e9\u00e9minence de la loi, qui nous semble \u00e9vidente aujourd\u2019hui, est loin d\u2019\u00eatre\neffective \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 \u00e9crit Bodin, et nous avons vu qu\u2019il faudra attendre le\ncode civil de 1804 pour que soit r\u00e9alis\u00e9e cette unification d\u2019un droit\napplicable sur tout le territoire. M. Gauchet, apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 la\nd\u00e9finition de Loyseau en 1608, selon laquelle \u00ab la souverainet\u00e9 est le comble\net p\u00e9riode de la puissance o\u00f9 il faut que l\u2019\u00c9tat s\u2019arr\u00eate et s\u2019\u00e9tablisse \u00bb, en\nconclut qu\u2019\u00ab au regard de la sup\u00e9riorit\u00e9 absolue imprim\u00e9e au lieu du pouvoir,\nil n\u2019existe que des sujets identiques \u2013 o\u00f9 l\u2019on saisit le fondement de l\u2019\u00e9galit\u00e9\ndans la souverainet\u00e9, une \u00e9galit\u00e9 abstraite, indiff\u00e9rente aux qualit\u00e9s et statuts\ndes personnes \u00bb. Affirmation h\u00e2tive que d\u00e9ment le cas des incapacit\u00e9s&nbsp;: si\nl\u2019on met \u00e0 part celles qui sont fond\u00e9es sur un d\u00e9faut de la personne (les\nmineurs, les insens\u00e9s\u2026), il existe sous l\u2019Ancien R\u00e9gime des incapacit\u00e9s\nsociales qui pr\u00e9cis\u00e9ment tiennent au statut des individus&nbsp;: serfs et\nmainmortables, bien que peu nombreux \u00e0 la veille de la R\u00e9volution, religieux,\nnobles \u00e0 qui il est interdit de faire du commerce donc de \u00ab d\u00e9roger \u00bb\u2026 ou\nfemmes mari\u00e9es. Comme par hasard, la seule incapacit\u00e9 sociale conserv\u00e9e par le\ncode civil de 1804 est celle de la femme mari\u00e9e\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Cette\nincapacit\u00e9 qui place l\u2019\u00e9pouse sous \u00ab tutelle \u00bb avec \u00ab ob\u00e9issance \u00bb au mari\nformalise un statut de la femme, dont nous avons not\u00e9 la d\u00e9gradation\nprogressive depuis la fin du Moyen \u00c2ge. La grande hantise des hommes reste la\nlibert\u00e9 des femmes&nbsp;: il ne s\u2019agit plus de br\u00fbler une bonne part de\ncelles-ci comme au temps des sorci\u00e8res, mais la loi, d\u00e8s lors que l\u2019\u00c9tat est en\nmesure, au nom de sa souverainet\u00e9, de la promulguer et de la faire appliquer,\nest un moyen qui permet de brider l\u2019autonomie de<em> toutes <\/em>les femmes.\nEmp\u00each\u00e9es d\u2019avoir un pouvoir r\u00e9el, elles perdent cette puissance qu\u2019en des\ntemps d\u2019incertitude sur leur identit\u00e9 les hommes leur avaient imagin\u00e9e&nbsp;:\nles sorci\u00e8res peuvent dispara\u00eetre. Le balai qui leur servait \u00e0 s\u2019envoler du\nfoyer sera d\u00e9sormais utilis\u00e9 par les femmes\u2026 pour balayer, retrouvant une\naffectation qu\u2019il n\u2019aurait jamais d\u00fb perdre.<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>Le Bras-Choppard, Armelle,\n<em>Sorci\u00e8res, Les putains du Diable, Le proc\u00e8s en sorcellerie des femmes<\/em>, Plon,\n2006.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les putains du Diable Le proc\u00e8s en sorcellerie des femmes (Extraits) 4 Sur les cendres des b\u00fbchers, naissance de l\u2019\u00c9tat moderne La r\u00e9pression de la &#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":249,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-259","page","type-page","status-publish","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/259","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=259"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/259\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2265,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/259\/revisions\/2265"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/249"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=259"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}