{"id":18103,"date":"2022-01-03T13:02:16","date_gmt":"2022-01-03T13:02:16","guid":{"rendered":"https:\/\/ethique-rlaroche.profweb.ca\/?page_id=18103"},"modified":"2022-02-04T14:37:07","modified_gmt":"2022-02-04T14:37:07","slug":"catherine-clement-les-buchers-du-grand-siecle","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/?page_id=18103","title":{"rendered":"Catherine Cl\u00e9ment, Les b\u00fbchers du Grand Si\u00e8cle"},"content":{"rendered":"\n<h4 class=\"wp-block-heading\" id=\"l-ecrivain-ensorcele-pierre-de-lancre-au-labourd\">L&rsquo;\u00e9crivain ensorcel\u00e9, Pierre de Lancre au Labourd<\/h4>\n\n\n\n<p>Repartons du dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, le plus meurtrier pour les sorci\u00e8res. Et voyons comment un conseiller parlementaire de Bordeaux, parent de Michel de Montaigne, a pu allumer une centaine de b\u00fbchers au Pays basque, dans la r\u00e9gion appel\u00e9e Labourd, aujourd&rsquo;hui Pyr\u00e9n\u00e9es-Atlantiques. <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est une affaire de femmes de marins et de sperme de baleine.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s t\u00f4t, avant l&rsquo;an mille, des p\u00eacheurs basques partirent chasser la baleine bor\u00e9ale dans le golfe du Saint-Laurent, pour six longs mois. Leurs \u00e9pouses restaient au pays, vaillantes, solidaires et hardies. On glosait beaucoup sur les femmes de p\u00eacheurs. On disait que, lorsqu&rsquo;ils revenaient, les enfants dont les \u00e9pouses \u00e9taient grosses \u00e9taient forc\u00e9ment ceux d&rsquo;un autre, et qu&rsquo;ils grandissaient \u00e0 l&rsquo;abandon. Le Pays basque \u00e9tant un nid de corsaires situ\u00e9 \u00e0 la fronti\u00e8re de l&rsquo;Espagne, la contrebande y \u00e9tait florissante. C&rsquo;\u00e9tait un pays douteux : comment dire ? Un pays sale. <\/p>\n\n\n\n<p>Les p\u00eacheurs basques des ports du Labourd &#8211; Ciboure, Hendaye, Bayonne et Saint-Jean-de-Luz &#8211; n&rsquo;avaient pas encore \u00e9tabli leur supr\u00e9matie sur la zone baleini\u00e8re du Saint-Laurent quand \u00e9clata en 1609, et pendant leur absence, le plus rapide, le plus violent et le plus \u00ab intellectuel \u00bb des proc\u00e8s de sorcellerie. <\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\" id=\"ne-sautez-point-jeunes-fillettes\">\u00ab Ne sautez point, jeunes fillettes ! \u00bb<\/h4>\n\n\n\n<p>N\u00e9 \u00e0 Bordeaux, \u00e9lev\u00e9 \u00e0 Bordeaux, Pierre de Rosteguy de Lancre, cconseiller au parlement de Bordeaux, \u00e9crivain de renom, est obs\u00e9d\u00e9 par ce qu&rsquo;on appellerait aujourd&rsquo;hui le paranormal. Est-ce parce qu&rsquo;il a fait une partie de ses \u00e9tudes en Boh\u00e8me ? Et qu&rsquo;il a v\u00e9cu \u00e0 Turin ? Pierre de Lancre conna\u00eet le monde. Dans <em>La Sorci\u00e8re<\/em>, Jules Michelet le traite ironiquement de \u00ab juge mondain \u00bb et d&rsquo; \u00ab esprit distingu\u00e9 \u00bb. Le fait est que le conseiller de Lancre est intarissable sur les origines de la danse et sur les danses ind\u00e9centes de son temps. il est plein de son savoir et n&rsquo;\u00e9prouve aucun doute. <\/p>\n\n\n\n<p>En 1603, il suit avec passion le sort d&rsquo;un loup-garou emprisonn\u00e9, fascin\u00e9 par le changement d&rsquo;une chair d&rsquo;homme en peau poilue. Obnubil\u00e9 par l&rsquo;inconstance, sur laquelle il publie en 1607 un premier <em>Tableau<\/em>, Pierre de Lancre se retrouve en 1609 investi d&rsquo;une mission judiciaire par le roi Henri IV, qui le charge de purger le Labourd. <\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 donc un \u00e9crivain l\u00e9ger \u00e0 qui un roi converti au catholicisme demande d&rsquo;\u00e9purer une r\u00e9gion \u00ab infest\u00e9es de sorci\u00e8res \u00bb &#8211; l&rsquo;expression est sign\u00e9e par le roi Henri IV. Car depuis la publication du <em>Marteau des sorci\u00e8res<\/em>, il est entendu que les sorciers m\u00e2les sont infiniment moins nombreux que les sorci\u00e8res. Le roi Henri IV lui adjoint quelques jours  plus tard un autre conseiller, que Pierre de Lancre d\u00e9charge des enqu\u00eates de sorcellerie. Qu&rsquo;il aille donc s&rsquo;occuper des guerres entre p\u00eacheurs ! <\/p>\n\n\n\n<p>La mission de Pierre de Lancre commence le 2 juillet 1609. <\/p>\n\n\n\n<p>Les marins-p\u00eacheurs sont d\u00e9j\u00e0 partis chasser la baleine \u00e0 fanons dans le golfe du Saint-Laurent. Le conseiller de Lancre observe avec effroi la hardiesse des femmes de p\u00eacheurs, et pose des questions. Pourquoi restent-elles seules au pays et pourquoi sortent-elles ? C&rsquo;est un p\u00e9ch\u00e9 ! Cons\u00e9quence : au Labourd, on ne voit que des jupons. <\/p>\n\n\n\n<p>Pire ! On ne voit que jupons retrouss\u00e9s montrant haut le cul nu. L&rsquo;auteur du <em>Tableau de l&rsquo;inconstance <\/em>n&rsquo;a pas d&rsquo;autre choix que de contempler, horrifi\u00e9, l&rsquo;inconstance f\u00e9minine sur chaque plage, \u00e0 chaque carrefour, dans les rues, surtout la nuit. Diablesses. <\/p>\n\n\n\n<p>Publi\u00e9 en 1612, bien apr\u00e8s la fin de sa mission, le rapport de Pierre de Lancre, <em>Tableau de l&rsquo;inconstance des mauvais anges et d\u00e9mons<\/em>, traque, litt\u00e9ralement, tout ce qui bouge. Or les femmes de p\u00eacheurs de baleine sont infiniment mobiles, elles marchent, dansent, nagent, elles bougent tout le temps. <\/p>\n\n\n\n<p>Le malheur, c&rsquo;est qu&rsquo;elles sont belles \u00e0 damner un conseiller au parlement de Bordeaux. Cette nation du Labourd \u00ab a une merveilleuse inclination au sortil\u00e8ge; les personnes sont l\u00e9g\u00e8res et mouvantes de corps et d&rsquo;esprit, ayant toujours un pied en l&rsquo;air&#8230; \u00bb. Pas le genre \u00e0 rester au coin du feu. Non, elles se prom\u00e8nent sur les plages. Et elles sont \u00ab en cheveux \u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Il y a toujours eu des frayeurs m\u00e2les devant les cheveux d\u00e9nou\u00e9s. C&rsquo;est un sympt\u00f4me patriarcal qui se pratique beaucoup de nos jours : aux hommes, la barbe ; aux femmes, la t\u00eate voil\u00e9e, ras\u00e9e si possible. Michelet, si favorable aux sorci\u00e8res, croit intelligent de les attifer de lourdes boucles noires \u00ab serpentinement \u00bb tordues, histoire de les voiler un tantinet.<\/p>\n\n\n\n<p>Les filles de Bayonne d\u00e9nouent leurs cheveux longs qui s&rsquo;envolent, \u00ab accompagnant les yeux \u00bb &#8211; on comprend que le conseiller a re\u00e7u des \u0153illades. Et il se laisse aller \u00e0 leur s\u00e9duction : \u00ab Elles sont dans cette belle chevelure tellement \u00e0 leur avantage et si fortement arm\u00e9es que le soleil jetant des rayons sur cette touffe de cheveux comme dans une nu\u00e9e, l&rsquo;\u00e9clat en est aussi violent et forme de si brillants \u00e9clairs&#8230; \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 pour les jeunes filles, d\u00e9positaires d&rsquo;\u00e9clairs \u00e9lectriques sur ciel d&rsquo;orage. Et les femmes ? Elles portent un chapeau ind\u00e9cent, para\u00eet-il. Couvrent-elles leurs cheveux ? Oui. Mais pas comme il faudrait. Freud aurait ador\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Un chapeau ind\u00e9cent ? C&rsquo;est une coiffe de toile blanche empes\u00e9e, une sorte de hennin en forme de point d&rsquo;interrogation, haute d&rsquo;un bon m\u00e8tre cinquante. Serait-ce un crochet \u00e0 nuages ? Une griffe d&rsquo;oiseau de proie, ou bien&#8230; Que voit Pierre de Lancre ? Il n&rsquo;ose pas le dire. Il y voit un phallus et pour se faire comprendre, il \u00e9voque Priape, le petit dieu latin toujours en \u00e9rection. S&rsquo;il en est ainsi, \u00e0 bien regarder les coiffes des Labourdines, ce phallus n,est plus en \u00e9rection, mais en d\u00e9tumescence. <\/p>\n\n\n\n<p>Elles font pire encore que le cheveu d\u00e9nou\u00e9, les Labourdines : elles vont au sabbat. Ah, ce sabbat&#8230; Il enflamme Pierre de Lancre, \u00e9tourdi de beaut\u00e9. Bien s\u00fbr, il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 au sabbat ! Qu&rsquo;allez-vous imaginer&#8230; Non, il a fait venir des fillettes pour qu&rsquo;elles lui montrent comment on y danse. Et les petites ont dans\u00e9 la sarabande.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-orange-color has-text-color\">*** <\/p>\n\n\n\n<p>La sarabande est un autre p\u00e9ch\u00e9. Voici ce qu&rsquo;\u00e9crit Pierre de Lancre : \u00ab C&rsquo;est la danse la plus lubrique et la plus effront\u00e9e qui se puisse voir, laquelle des courtisanes espagnoles s&rsquo;\u00e9tant depuis rendues com\u00e9diennes, ont tellement mise en vogue sur nos th\u00e9\u00e2tres, que maintenant nos plus petites filles font profession de la danser parfaitement. D&rsquo;ailleurs c&rsquo;est la danse la plus violente, la plus anim\u00e9e, la plus passionn\u00e9e, et dont les gestes, quoique muets, semblent plus demander avec silence, ce que l,homme lubrique d\u00e9sire de la femme, que tout autre. Car l&rsquo;homme et la femme passant et repassant plusieurs fois \u00e0 certains pas mesur\u00e9s l&rsquo;un pr\u00e8s de l,autre, on dirait que chaque membre et petite partie du corps cherche et prend sa mesure pour se joindre et s&rsquo;associer l&rsquo;un l&rsquo;autre en temps et lieu. Or toutes ces danses se font encore avec beaucoup plus de libert\u00e9 et plus effront\u00e9ment au Sabbat : car les plus sages et mod\u00e9r\u00e9es croient ne faillir, de commettre inceste toutes les nuits avec leurs p\u00e8res, maris. Et tiennent m\u00eame \u00e0 titre de Royaut\u00e9 comme Reines du Sabbat, d&rsquo;\u00eatre connues publiquement devant tout le monde, de ce malheureux D\u00e9mon : quoique son accouplement soit accompagn\u00e9 d&rsquo;un merveilleux et horrible tourment, comme nous dirons en son lieu. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>On dirait un tango argentin, \u00ab merveilleux et horrible tourment \u00bb, chaque partie du corps s&#8217;embo\u00eetant dans l&rsquo;autre corps, ledit tango ayant \u00e9t\u00e9 pour cette raison condamn\u00e9 par le vicaire du pape en 1912. Au sabbat du Pays basque, la sarabande rapproche les corps au son des castagnettes sur des paroles jug\u00e9es \u00ab lascives \u00bb par les juges de l&rsquo;Inquisition : \u00e0 preuve, le roi d&rsquo;Espagne, Philippe II, l&rsquo;a interdite vingt ans plus t\u00f4t dans son royaume. Le conseiller de Lancre est donc fond\u00e9 \u00e0 traiter la sarabande comme un signe de sorcellerie. Mais pourquoi l&rsquo;inceste?<\/p>\n\n\n\n<p>Accuser une femme soup\u00e7onn\u00e9e de sorcellerie de pratiquer l&rsquo;inceste est une vieillerie de l&rsquo;\u00c9glise catholique. D&rsquo;abord parce que la notion de parent\u00e8le s&rsquo;\u00e9tend bien au-del\u00e0 du simple cousinage, voire encore au-del\u00e0 de l&rsquo;inceste av\u00e9r\u00e9 que commettraient le parrain et la marine d&rsquo;un nouveau-n\u00e9 s&rsquo;ils s&rsquo;accouplaient. Mais ce th\u00e8me de l&rsquo;inceste tient surtout \u00e0 l&rsquo;obsc\u00e9nit\u00e9 de la nuit du sabbat : la partouze g\u00e9n\u00e9rale qui ach\u00e8ve la c\u00e9r\u00e9monie ne permet pas de distinguer clairement son partenaire dans le noir, r\u00e9p\u00e8tent les d\u00e9monologues. <\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9sumons, Pierre de Lancre admet les danses viriles originaires qui pr\u00e9ludent \u00e0 l&rsquo;exercice de la comp\u00e9tition &#8211; une sorte de Haka des <em>All Blacks<\/em>. Des danses pour hommes. Graves et cadenc\u00e9es, sans contact. Point d&rsquo;acrobaties, pas de petits sauts autour d&rsquo;une corde. Pas de figures o\u00f9 l&rsquo;homme et la femme se heurtent \u00ab cul contre cul \u00bb. Et aucun de ces sauts diaboliques comme celui de Domingina Malatena, sorci\u00e8re, qui sautait du haut des montagnes jusqu&rsquo;\u00e0 la plage d&rsquo;Hendaye. <\/p>\n\n\n\n<p>Elles n&rsquo;ont aucun sens des responsabilit\u00e9s, les Labourdines, car si elles \u00e9taient au parfum, elles sauraient que ces danses font avorter les femmes. D&rsquo;ailleurs, poursuit de Lancre, toujours \u00e0 propos de la sarabande : \u00ab On commence \u00e0 la laisser en France, ayant fort \u00e0 propos reconnu que c&rsquo;est aux furieux et forcen\u00e9s seuls \u00e0 user de telles danses et sauts violents. Que si elle e\u00fbt continu\u00e9 gu\u00e8re davantage, il e\u00fbt fallu faire comme on fait en Allemagne et traiter les Fran\u00e7ais en malades, contraignant les grands sauteurs et danseurs de danses violentes, \u00e0 danser pos\u00e9ment et en cadence grave et pesante, [&#8230;]Je dirai donc volontiers et donnerai pour avis aux sorciers ou sorci\u00e8res, et surtout aux jeune fillettes qui se laissent d\u00e9baucher et ensorceler \u00e0 ce vieux Bouc de Satan, ne sautez point, jeunes fillettes, et ne vous agitez, afin que ce malheureux Bouc ne coure apr\u00e8s vous. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ah oui, Satan, le Bouc. Cette fois, de Lancre d\u00e9lire. Pour faire bonne mesure, il n&rsquo;\u00e9vite aucun des poncifs du sabbat tant d\u00e9crit qui circulent en Europe depuis la publication du <em>Marteau des sorci\u00e8res<\/em>. La sorci\u00e8re baise le trou du cul du Bouc : c&rsquo;est un clich\u00e9. Pour lui donner plus d&rsquo;attraits, de Lancre ajoute qu&rsquo;au moment du baiser, s&rsquo;il s&rsquo;agit de bouches de fillettes, le Grand Bouc y laisse tomber des excr\u00e9ments. Il en est obs\u00e9d\u00e9. La merde qui sort de l&rsquo;anus circule absolument partout dans les descriptions du sabbat selon Pierre de Lancre. Elle est responsable de la puanteur du sabbat, des \u00ab choses sales \u00bb qu&rsquo;il \u00e9voque sans les nommer et de la sodomie que le Bouc pratique avec ferveur. L&rsquo;excr\u00e9mentiel est le non-dit des fantasmes du conseiller de Bordeaux. Il faut bien justifier les b\u00fbchers \u00e0 venir. Sinon, pourquoi mettre au feu tant de belles filles en cheveux?<\/p>\n\n\n\n<p>Quelquefois, il arrive \u00e0 Pierre de Lancre de trouver une tournure langagi\u00e8re sympathique \u00e0 propos de ses victimes &#8211; il plaint les sorci\u00e8res et en profite pour d\u00e9bobiner toutes sortes d&rsquo;obsc\u00e9nit\u00e9s. C&rsquo;est son devoir de magistrat. Comment peuvent-elles y trouver du plaisir? Il leur a demand\u00e9, elles ont r\u00e9pondu en toute innocence qu&rsquo;elles ne voyaient nullement o\u00f9 \u00e9tait le mal. Inconscientes, ces sorci\u00e8res. Moins coupables? Au contraire. \u00ab Tellement que je m&rsquo;\u00e9merveille, qu&rsquo;il se trouve femme quelconque si vilaine, qui veuille baiser cet animal [le Bouc] en nulle partie du corps : \u00e0 plus forte raison qui n&rsquo;ait horreur de l&rsquo;adorer et le baiser \u00e8s plus sales, et parfois \u00e8s plus vergogneuses parties d&rsquo;icelui. Mais c&rsquo;est merveille, que pensant faire quelque grande horreur \u00e0 des filles et des femmes belles et jeunes, qui semblaient en apparence \u00eatre tr\u00e8s d\u00e9licates et douillettes, je leur ai bien souvent demand\u00e9, quel plaisir elles pouvaient prendre au sabbat, vu qu&rsquo;elles y \u00e9taient transport\u00e9es en l&rsquo;air avec violence et p\u00e9ril, elles y \u00e9taient forc\u00e9es de renoncer et renier leur Sauveur, la sainte Vierge, leurs p\u00e8res et m\u00e8res, les douceurs du ciel et de la terre, pour adorer un diable en forme de bouc hideux, et le baiser encore et caresser \u00e8s plus sales parties, souffrir son accouplement avec douleur pareil \u00e0 celui d&rsquo;une femme qui est en mal d&rsquo;enfant : garder, baiser et allaiter, \u00e9corcher et manger, les crapauds : danser en derri\u00e8re, si salement que les yeux en devraient tomber de honte aux plus effront\u00e9es : manger aux festins de la chair de pendus, charognes, c\u0153urs d&rsquo;enfants non baptis\u00e9s : voir profaner les plus pr\u00e9cieux Sacrements de l&rsquo;\u00c9glise, et autres ex\u00e9crations, si abominables : que les ou\u00efr seulement raconter, fait dresser les cheveux, h\u00e9risser et frissonner toutes les parties du corps : et n\u00e9anmoins elles disaient franchement, qu&rsquo;elles y allaient et voyaient toutes ces ex\u00e9crations avec une volupt\u00e9 admirable, et un d\u00e9sir enrag\u00e9 d&rsquo;y aller et d&rsquo;y \u00eatre, trouvant les jours trop recul\u00e9s de la nuit pour faire le voyage si d\u00e9sir\u00e9, et le point ou les heures pour y aller trop lentes, et y \u00e9tant, trop courtes pour un si agr\u00e9able s\u00e9jour et d\u00e9licieux amusement. Que toutes ces abominations, toutes ces horreurs, ces ombres n&rsquo;\u00e9taient que choses si soudaines, et qui s&rsquo;\u00e9vanouissaient si vite, que nulle douleur, ni d\u00e9plaisir ne se pouvait accrocher en leur corps ni en leur esprit : si bien qu&rsquo;il ne leur restait que toute nouveaut\u00e9, tout assouvissement de leur curiosit\u00e9, et accomplissement entier et libre de leurs d\u00e9sirs, et amoureux et vindicatifs, qui sont d\u00e9lices des Dieux et non des hommes mortels. Et parce que de tous ces exercices qu&rsquo;elles font au sabbat, il n&rsquo;y en a pas un qui soit si approchant des exercices r\u00e8gles et communs parmi les hommes, et moins en reproche que celui de la Danse, elles s&rsquo;excusent aucunement sur celui-l\u00e0, et disent qu&rsquo;elles ne sont all\u00e9es au sabbat que pour danser, comme ils font perp\u00e9tuellement en ce pays de Labourd, allant en ces lieux, comme en une f\u00eate de paroisse. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La v\u00e9rit\u00e9 s&rsquo;exprime toute nue dans cet extrait du rapport de De Lancre : Les Labourdines trouvent au sabbat l&rsquo;\u00abaccomplissement entier et libre de leurs d\u00e9sirs\u00bb. C&rsquo;est un p\u00e9ch\u00e9 inacceptable. Les Dieux seuls ont acc\u00e8s \u00e0 la pleine libert\u00e9. Quels Dieux ? Les gr\u00e9co-romains. De sorte que de Lancre avance en canard, faisant appel tant\u00f4t aux dieux pa\u00efens, tant\u00f4t au seul Dieu qui commande cette mission, le Dieu souverain du christianisme. Cela ne le d\u00e9range pas le moins du monde. Il est en mission, il est propre. Sale est le trou du cul du diable, sales les danses o\u00f9 l&rsquo;on se touche. Et le mot \u00ab Salet\u00e9 \u00bb draine avec lui les boh\u00e9miens, qui naissent n&rsquo;importe o\u00f9 et ne se fixent pas, ces \u00eatres d&rsquo;une humanit\u00e9 irr\u00e9fl\u00e9chie qui hantent les fronti\u00e8res du Pays basque. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Catherine Cl\u00e9ment, <em>Le mus\u00e9e des sorci\u00e8res<\/em>, Albin Michel, Paris, 2020. pages 35 \u00e0 45. <\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9crivain ensorcel\u00e9, Pierre de Lancre au Labourd Repartons du dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, le plus meurtrier pour les sorci\u00e8res. 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