{"id":137,"date":"2019-08-28T17:52:29","date_gmt":"2019-08-28T17:52:29","guid":{"rendered":"https:\/\/ethique-rlaroche.profweb.ca\/?page_id=137"},"modified":"2021-01-15T11:26:02","modified_gmt":"2021-01-15T11:26:02","slug":"hip-hop","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/?page_id=137","title":{"rendered":"JEFF CHANG"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Can\u2019t Stop Won\u2019t Stop, <\/strong>Une histoire de la g\u00e9n\u00e9ration Hip Hop<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00c9CROPOLIS<\/p>\n\n\n\n<p>LE BRONX ET LA POLITIQUE DE L\u2019ABANDON<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Quand tu arrives sur le terrain de Baseball, tu p\u00e9n\u00e8tres dans un endroit qui n\u2019est que tromperie et mensonges\u2026 Il n\u2019y a rien d\u2019honn\u00eate sur le terrain de Baseball. Sauf le jeu. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Barry Bonds&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas un bon soir pour le baseball dans le South Bronx \u2013 un vent furieux et glacial, une nouvelle lune de mauvais augure. Le Yankee Stadium \u00e9tait plus plein que jamais pour le second match des Worlds Series 1977, les New York Yankees contre les Los Angeles Dodgers, c\u00f4te Est contre c\u00f4te Ouest.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Yankees \u00e9taient la\nmeilleure \u00e9quipe qu\u2019on puisse r\u00eaver de s\u2019offrir. Quand la Ligue Majeure de\nBaseball autorisa les agents libres avant la saison 1977, George Steinbrenner,\nle propri\u00e9taire de l\u2019\u00e9quipe, sortit son ch\u00e9quier et, avec une offre de trois\nmillions de dollars, d\u00e9crocha le gros lot en la personne du cogneur de\nhome-runs Reggie Jackson, fils d\u2019un membre noir de la Ligue qui touchait en son\ntemps sept dollars par match. Pour les Yankees qui n\u2019avaient sign\u00e9 leur premier\njoueur noir que neuf ans apr\u00e8s que Jackie Robinson eu fait tomber la barri\u00e8re\nde la couleur \u2013 Jackson \u00e9tait la signature la plus co\u00fbteuse de leur histoire. <\/p>\n\n\n\n<p>Billy Martin,\nl\u2019entraineur, \u00e9cumait de rage. Il s\u2019\u00e9tait oppos\u00e9 \u00e0 la signature de Jackson. Il\nrefusa d\u2019assister \u00e0 la conf\u00e9rence de presse o\u00f9 il se pr\u00e9sentait dans le fameux\nmaillot ray\u00e9. Quand la saison commen\u00e7a, il battit froid \u00e0 la star, la rel\u00e9guant\nparfois sur le banc des rempla\u00e7ants. Lorsqu\u2019il \u00e9tait en col\u00e8re, il appelait\nJackson&nbsp;: \u00ab&nbsp;boy&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le courant ne passa gu\u00e8re\nmieux entre Jackson et ses co\u00e9quipiers. Certains lui en voulaient pour son\nsalaire, bien que des joueurs blancs comme Catfish hunter aient \u00e9galement\nb\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de contrats \u00e0 six z\u00e9ros. Ils trouvaient Jackson, qui exhibait ses\npetites amies blondes dans la Rolls-Royce Corniche que Steinbrenner lui avait\nofferte, trop tape-\u00e0-l\u2019\u0153il. Mais c\u2019est son arrogance qui acheva de les braquer.\nDans un magazine, Jackson fit tourner en bourrique le capitaine Thurman Munson\nen affirmant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cette \u00e9quipe elle existe uniquement gr\u00e2ce \u00e0 moi.\nC\u2019est moi qui dois donner l\u2019impulsion g\u00e9n\u00e9rale. C\u2019est moi qui fais tenir la\nmayonnaise.&nbsp;\u00bb Peut-\u00eatre ces mots avaient-ils d\u00e9pass\u00e9 sa pens\u00e9e. Peut-\u00eatre\ndisait-il simplement la v\u00e9rit\u00e9. Les co\u00e9quipiers de Jackson cess\u00e8rent de lui adresser\nla parole. <\/p>\n\n\n\n<p>En juin, au cours d\u2019un match contre les Red Sox, <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=HHctFAj1ywI\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"la tension finit par exploser (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\">la tension finit par exploser<\/a>. Apr\u00e8s que Jackson eut manqu\u00e9 une balle haute dans la base de droite, Martin le sortit rageusement du terrain. <\/p>\n\n\n\n<p>Furieux, Jackson s\u2019avan\u00e7a\nd\u2019un pas tra\u00eenant vers l\u2019abri. \u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce que j\u2019ai fait? \u00bb demanda-t-il \u00e0\nMartin.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce que t\u2019as\nfait?&nbsp;\u00bb aboya Martin. \u00ab&nbsp;Tu sais foutre bien ce que t\u2019as fait.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;J\u2019ai pas flanch\u00e9,\nBilly&nbsp;\u00bb protesta Jackson. \u00ab&nbsp;Quoi que je fasse, t\u2019es jamais content.\nT\u2019as jamais voulu de moi dans cette \u00e9quipe. Tu veux toujours pas de moi.\nPourquoi tu l\u2019avoues pas simplement?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je devrais te\nbotter le cul, connard!&nbsp;\u00bb hurla Martin. <\/p>\n\n\n\n<p>Jackson explosa. \u00ab&nbsp;\u00c0\nqui tu crois que tu parles, <em>vieux chnoque?<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les entraineurs des\nYankees se pr\u00e9cipit\u00e8rent pour emp\u00eacher Martin de mettre son poing dans la\nfigure de Jackson devant les cam\u00e9ras de t\u00e9l\u00e9vision.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce soir-l\u00e0, dans sa\nchambre d\u2019h\u00f4tel, Jackson fondit en larmes devant un petit groupe de\njournalistes. \u00ab&nbsp;La mani\u00e8re dont je suis trait\u00e9 dans cette \u00e9quipe, \u00e7a me\nfait chialer. Les Yankees, c\u2019est Ruth, Gehrig, Di Maggio et Mantle, et pour\neux, je suis un N\u00e9gro&nbsp;\u00bb, g\u00e9mit-il. \u00ab&nbsp;Jouer les seconds couteaux, c\u2019est\npas pour moi.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cela faisait trente\nsaisons que Jackie Robinson, en excellant sur le terrain de sport, avait\nmodifi\u00e9 le terrain socio-politique, le jour o\u00f9 il entra sur Ebbets Field sous\nle maillot bleu des Dodgers. L\u2019\u00e9lan pour faire reculer la s\u00e9gr\u00e9gation raciale\napr\u00e8s la guerre commen\u00e7a avec le moment culturel d\u00e9cisif o\u00f9 Robinson se leva du\nbanc r\u00e9serv\u00e9 jusque-l\u00e0 aux Blancs. <\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s sa retraite,\nRobinson d\u00e9pla\u00e7a son engagement pour l\u2019int\u00e9gration dans le champ de la\npolitique. Les ann\u00e9es 60 avaient commenc\u00e9, les Dodgers \u00e9taient \u00e0 Los Angeles,\net sur Ebbets Field, les cubes de brique et de b\u00e9ton poussaient comme des\nharicots magiques. L\u2019hommage \u00e0 Jackie se traduisait par d\u2019imposants HLM. La\npolitique am\u00e9ricaine tentait maladroitement de se mettre au diapason des\nchangements d\u00e9j\u00e0 sensibles dans la culture, et l\u2019h\u00e9ritage int\u00e9grationniste de\nRobinson \u00e9tait ouvertement remis en question. <\/p>\n\n\n\n<p>En 1963, on pouvait\ncompter parmi ses critiques le d\u00e9put\u00e9 Adam Clayton Powell, qui tint \u00e0 se\nmontrer \u00e0 un important meeting de Harlem aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019un agitateur nomm\u00e9 Malcom X.\nContemporain de Robinson, Malcolm \u00e9tait en prison quand Jackie \u00e9tait sur le\nterrain. Tous deux avaient vu le pire c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Am\u00e9rique. Tous deux voulaient\nle meilleur pour leurs enfants. Mais leurs vies respectives ne les avaient pas\nmen\u00e9s aux m\u00eames conclusions. Au c\u0153ur du d\u00e9bat \u00e9tait la sempiternelle\ninterrogation afro-am\u00e9ricaine&nbsp;: devons-nous lutter pour cette nation ou\nconstruire la n\u00f4tre? Devons-nous sauver l\u2019Am\u00e9rique ou nous-m\u00eames?<\/p>\n\n\n\n<p>Robinson accusa le\ncongressiste de s\u2019aligner sur les Black Muslims. \u00ab&nbsp;Vous avez fait\ngravement reculer la cause des Noirs&nbsp;\u00bb, \u00e9crivit Robinson dans une lettre\nouverte \u00e0 Powell publi\u00e9e par le <em>New York Amsterdam News<\/em>. \u00ab&nbsp;Car vous\nsavez tr\u00e8s bien \u2013 ainsi que vous l\u2019avez profess\u00e9 pendant de nombreuses ann\u00e9es \u2013\nque la r\u00e9ponse pour les Noirs repose non dans la s\u00e9gr\u00e9gation ou la s\u00e9paration,\nmais dans leur effort pour s\u2019approprier leur place l\u00e9gitime \u2013 la m\u00eame que celle\nde n\u2019importe quel autre Am\u00e9ricain \u2013 au sein de notre soci\u00e9t\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les m\u00eames pages,\nc\u2019est Malcolm X en personne qui r\u00e9pondit \u00e0 Robinson&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous n\u2019avez\njamais montr\u00e9 de reconnaissance pour le soutien que vous ont apport\u00e9 les masses\nnoires, tandis qu\u2019il est de notori\u00e9t\u00e9 publique que vous avez \u00e9t\u00e9 fort loyal\nenvers vos bienfaiteurs blancs.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard dans l\u2019ann\u00e9e,\nMartin Luther King Jr. pronon\u00e7a \u00e0 Washington son discours \u00ab&nbsp;J\u2019ai fait un\nr\u00eave.&nbsp;\u00bb \u00c0 Harlem, les journ\u00e9es de manifestations pour l\u2019\u00e9ducation et\ncontre la pauvret\u00e9 laiss\u00e8rent la place \u00e0 des nuits d\u2019affrontements entre la\npolice blanche et les jeunes Noirs. C\u2019\u00e9tait le d\u00e9but des \u00e9t\u00e9s longs et br\u00fblants\nqui tinrent l\u2019Am\u00e9rique en haleine tout le reste de cette turbulente d\u00e9cennie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 60, <a href=\"http:\/\/www.philo-cvm.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/1.pdf\">King et X<\/a> \u00e9taient partis, le creuset de foi et d\u2019id\u00e9alisme qui avait pr\u00e9serv\u00e9 le mouvement des forces de la rationalisation et de la violence s\u2019\u00e9tait \u00e9puis\u00e9, et beaucoup des r\u00eaves des Noirs \u2013 int\u00e9grationnistes ou nationalistes \u2013 br\u00fblaient litt\u00e9ralement. \u00c0 la g\u00e9n\u00e9ration suivante, il n\u2019y aurait plus d\u2019eau pour \u00e9teindre les incendies. Robinson citait avec approbation les paroles de son ancien adversaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Jackie, dans les temps \u00e0 venir, ton fils et le mien n\u2019accepteront pas de se contenter de la m\u00eame chose que nous.&nbsp;\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Et voil\u00e0 Reggie Jackson \u00e0\nl\u2019\u00e9t\u00e9 1977, dans une chambre d\u2019h\u00f4tel luxueusement am\u00e9nag\u00e9e, qui jouait sur les\ndeux tableaux en s\u2019abritant \u00e0 la fois derri\u00e8re les droits civiques et le Black\nPower. \u00ab&nbsp;Je suis un homme noir costaud avec un QI de 160, qui gagne\n700&nbsp;000 dollars par an, et on me traite comme un chien&nbsp;\u00bb, dit\nJackson. \u00ab&nbsp;Ils n\u2019ont jamais eu un joueur de mon niveau dans cette \u00e9quipe\nauparavant.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Quatre mois plus tard,\nquand les fans de baseball emplirent le Yankee Stadium pour les Worlds Series\nlors de cette froide soir\u00e9e d\u2019octobre, beaucoup de dettes de l\u2019histoire\nattendaient d\u2019\u00eatre sold\u00e9es. Les New-Yorkais n\u2019avaient jamais oubli\u00e9 les Dodgers\nde Jackie robinson, ni pardonn\u00e9 \u00e0 Walter O\u2019Malley, le propri\u00e9taire, d\u2019avoir\npouss\u00e9 Robinson vers la sortie et arrach\u00e9 l\u2019\u00e9quipe \u00e0 Brooklyn. Pour eux,\nl\u2019existence m\u00eame de Los Angeles Dodgers repr\u00e9sentait le triomphe de la cupidit\u00e9\net de la trahison. Mais les Dodgers \u00e9taient comme une corvette rouge dans un\nmatin de Malibu, une \u00e9quipe fon\u00e7ant perp\u00e9tuellement vers l\u2019avenir. Les\nhome-runs leur venaient facilement&nbsp;: quatre de leurs frappeurs avaient\npass\u00e9 trente home-runs dans l\u2019ann\u00e9e. Deux Noirs, et deux Blancs.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019ext\u00e9rieur du stade, par-dessus les tribunes \u00e0 la droite du terrain, apr\u00e8s le parking le plus s\u00e9curis\u00e9 du South Bronx, seulement un mile \u00e0 l\u2019est de l\u00e0, des minces volutes de fum\u00e9e grise s\u2019\u00e9tiraient dans le ciel. Puis les flammes prirent et des nuages de cendre s\u2019\u00e9lev\u00e8rent en tourbillons. Une petite foule se rassembla devant Melrose et la 158<sup>e<\/sup> pour contempler un incendie de niveau 5, une distraction momentan\u00e9e aussi banale qu\u2019un match des World Series. \u00c0 l\u2019ext\u00e9rieur du stade, le coll\u00e8ge abandonn\u00e9 no 3\u00e9tait en flammes, en train de s\u2019effondrer sur lui-m\u00eame. \u00ab&nbsp;Mesdames et Messieurs, nous y sommes&nbsp;\u00bb, dit Howard Cosell \u00e0 soixante millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs tandis que les cam\u00e9ras zoomaient sur PS3 depuis l\u2019h\u00e9licopt\u00e8re&nbsp;: <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=bnVH-BE9CUo\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"\u00ab&nbsp;Le Bronx est en feu.&nbsp;\u00bb (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\">\u00ab&nbsp;Le Bronx est en feu.&nbsp;\u00bb<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>MOUVEMENT\nDE MASSE<\/p>\n\n\n\n<p>En 1953, on pouvait lire l\u2019avenir du Bronx dans la tranch\u00e9e artificielle de onze kilom\u00e8tres qui le coupait en deux. L\u00e0 o\u00f9 existait auparavant un continuum homog\u00e8ne de communaut\u00e9s diverses et soud\u00e9es, <a href=\"http:\/\/www.philo-cvm.ca\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Cross-Bronx-Expressway.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"la tranch\u00e9e d\u00e9gageait d\u00e9sormais le terrain pour la Cross-Bronx Expressway (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\">la tranch\u00e9e d\u00e9gageait d\u00e9sormais le terrain pour la Cross-Bronx Expressway<\/a>, une catastrophe moderniste de proportions gigantesques. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 mesure qu\u2019elles\ns\u2019enfon\u00e7aient p\u00e9niblement \u00e0 travers le South Bronx en direction de Manhattan,\nles dalles de b\u00e9ton gris laissaient derri\u00e8re elles un sillage de violence\nenvironnementale. \u00ab \u00c0 la place des anciens immeubles r\u00e9sidentiels ou des\nmaisons particuli\u00e8res s\u2019\u00e9levaient d\u00e9sormais des collines de d\u00e9combres, orn\u00e9es\ndes sacs \u00e9ventr\u00e9s d\u2019ordures pourrissantes qui avaient \u00e9t\u00e9 jet\u00e9s dessus \u00bb,\n\u00e9crivit l\u2019historien Robert Caro. \u00ab Par-dessus le grondement des bulldozers, on\nentendait le violent staccato des marteaux-piqueurs avec leur bruit de\nmitraillettes et, de temps \u00e0 autre, la morne secousse de l\u2019explosion d\u2019une\ncharge de dynamite. \u00bb Tels \u00e9taient les sons du progr\u00e8s. <\/p>\n\n\n\n<p>Plus loin sur le trac\u00e9 de l\u2019Expressway, les familles irlandaises et juives qui occupaient auparavant des appartements modestes mais confortables, s\u2019\u00e9taient vu donner quelques mois pour se reloger, avec une mis\u00e9rable compensation de deux cents dollars par pi\u00e8ce. Entre-temps, peinant \u00e0 trouver de nouveaux quartiers dans une ville o\u00f9 il restait peu de logements libres, ils s\u2019entass\u00e8rent dans des immeubles sans chauffage class\u00e9s insalubres., Le responsable de tout cela s\u2019appelait Moses. <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=891YXWxaOyA\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"Robert Moses, le promoteur immobilier le plus puissant de tous les temps (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\">Robert Moses, le promoteur immobilier le plus puissant de tous les temps<\/a>, conduisit l\u2019exode des Blancs hors du Bronx.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout avait commenc\u00e9 avec\nun projet con\u00e7u en 1929 par la New York Regional Plan Association. Les int\u00e9r\u00eats\nfinanciers que cachait le projet entendaient transformer Manhattan en un centre\nhupp\u00e9, reli\u00e9 directement \u00e0 la banlieue par un r\u00e9seau d\u2019autoroute circulaire\nnich\u00e9 au c\u0153ur des quartiers des circonscriptions les plus \u00e9loign\u00e9es. Soutenu\npar une vague d\u2019investissements du gouvernement apr\u00e8s la Deuxi\u00e8me Guerre\nmondiale, Moses acquit un pouvoir sans \u00e9quivalent. C\u2019est son immortalit\u00e9 qu\u2019il\nvoyait se graver dans les routes&nbsp;: elles \u00e9taient des monuments \u00e9rig\u00e9s \u00e0\nl\u2019efficacit\u00e9 brutale. La cross-Bronx Expressway permettrait aux gens de\ntraverser le Bronx depuis les banlieues du New Jersey jusqu\u2019aux banlieues de\nQueens en passant par le nord de Manhattan en quinze minutes.<\/p>\n\n\n\n<p>Jamais une route n\u2019avait\npos\u00e9 de tels probl\u00e8mes de construction. Caro \u00e9crivit&nbsp;: \u00ab Le trac\u00e9 de la\ngrande route traverse cent-treize rues, avenues et boulevards; des \u00e9gouts, des\nconduites d\u2019eaux et d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 par centaines; un m\u00e9tro et trois voies\nferr\u00e9es; cinq voies construites simultan\u00e9ment par Moses. \u00bb Plus important,\nsoixante mille r\u00e9sidents du Bronx se trouvaient pris dans les m\u00e9andres de\nl\u2019Expressway. Moses allait faire passer ses bulldozers droit sur eux. \u00ab Il y a\nprincipalement des gens dans le passage \u2013 c\u2019est tout \u00bb, disait-il, comme si les\nvies humaines n\u2019\u00e9taient qu\u2019un probl\u00e8me math\u00e9matique suppl\u00e9mentaire \u00e0 r\u00e9soudre.\n\u00ab Il y a tr\u00e8s peu d\u2019obstacles majeurs. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ghettos de\nManhattan, usant des droits d\u2019\u00e9vacuations pour \u00abla r\u00e9novation urbaine \u00bb afin de\ncondamner des quartiers entiers, il d\u00e9logea des commerces florissants et\nd\u00e9racina des familles pauvres afro-am\u00e9ricaines, portoricaines, et juives.\nBeaucoup n\u2019eurent d\u2019autre choix que de se rabattre sur des quartiers tels\nqu\u2019East Brooklyn et le South Bronx, o\u00f9 le logement social \u00e9tait en plein boum\nmais o\u00f9 les emplois avaient d\u00e9j\u00e0 disparu. L\u2019argument de Moses, selon l\u2019un de\nses associ\u00e9s, \u00e9tait que \u00ab si l\u2019on ne peut pas accomplir quelque chose de\nvraiment substantiel, \u00e7a ne vaut pas la peine. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ses ambitions\nd\u00e9mesur\u00e9es, le modernisme de pointe allait de pair avec une densit\u00e9 maximale.\nDe vastes complexes r\u00e9sidentiels furent dessin\u00e9s sur le mod\u00e8le aux consonances\nidylliques de la \u00abtour dans un parc\u00bb, un concept formul\u00e9 par l\u2019architecte\nmoderniste Le Corbusier dans son projet de \u00abCit\u00e9 Radieuse\u00bb. Les Bronx River\nHouses et les Millbrook Houses ouvrirent avec chacune 1200 logements, les\nBronxdale Houses avec plus de 1500 logements et les Patterson Houses avec plus\nde 1700 logements.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Moses, le mod\u00e8le de\nla \u00abtour dans un parc\u00bb \u00e9tait une \u00e9quation d\u2019\u00e9cole qui r\u00e9solvait proprement les\nprobl\u00e8mes \u00e9pineux \u2013 un espace ouvert dans le quadrillage urbain, des\nrelogements pour les pauvres d\u00e9plac\u00e9s \u2013 avec un rapport co\u00fbt-efficacit\u00e9 id\u00e9al.\nIl se trouvait aussi favoriser les objectifs de \u00abl\u2019\u00e9vacuation des taudis\u00bb, du\nr\u00e9am\u00e9nagement commercial, et du d\u00e9mant\u00e8lement du mouvement syndical des\nlocataires. Ainsi, dans l\u2019explosion immobili\u00e8re de New York et ses environs\ndans les ann\u00e9es 50 et 60, les Blancs de la classe moyenne h\u00e9rit\u00e8rent des\nbanlieues tentaculaires \u00abWhites Only\u00bb, avec leurs maisons en pr\u00e9fabriqu\u00e9 et\nleurs cl\u00f4tures blanches, tandis que les classes laborieuses en difficult\u00e9\nh\u00e9rit\u00e8rent de neuf blocs de logements monotones ou plus, dress\u00e9s dans des\n\u00abparcs\u00bb d\u00e9sol\u00e9s, g\u00e9n\u00e9rateurs d\u2019isolement, et bient\u00f4t appel\u00e9s \u00e0 \u00eatre infest\u00e9s de\ncriminalit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin de la d\u00e9cennie,\nla moiti\u00e9 des Blancs avaient quitt\u00e9 le South Bronx. Ils avaient migr\u00e9 vers le\nnord et les espaces ouverts du Comt\u00e9 de Westchester ou les extr\u00e9mit\u00e9s nord-est\ndu Comt\u00e9 du Bronx. Ils avaient suivi les autoroutes Cross-Bronx et Bruckner de\nMoses avec la promesse de devenir propri\u00e9taires de l\u2019un des 15&nbsp;000\nnouveaux appartements de la Co-op City de Moses. Ils avaient d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 pour les\nbanlieues uniformes qui poussaient comme des champignons le long des autoroutes\ndu New Jersey, du Queens et de Long Island. En remontant la Cross-Bronx\nExpressway, \u00e9crivit Marshall Berman, \u00ab on retient ses larmes et on met le pied\nau plancher. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le retranchement de\nl\u2019\u00e9lite blanche trouva une violente contrepartie dans les rues qui se\ncoloraient. Lorsque des familles afro-am\u00e9ricaines, afro-carib\u00e9ennes et latino\ns\u2019install\u00e8rent dans des quartiers pr\u00e9c\u00e9demment juifs, irlandais et italiens,\ndes gangs de jeunes Blancs s\u2019en prirent violemment aux nouveaux arrivants \u00e0\ncoups de passages \u00e0 tabac dans les cours d\u2019\u00e9cole et de batailles et poursuites\nde rue. Les jeunes Noirs et Latinos form\u00e8rent des gangs, d\u2019abord pour assurer\nleur d\u00e9fense, puis parfois pour le pouvoir, parfois pour le plaisir. <\/p>\n\n\n\n<p>Des organisations politiques comme le <a href=\"http:\/\/www.philo-cvm.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/black-panthers.png\">Black Panther Party<\/a> et les Young Lords rivalis\u00e8rent un temps avec ces gangs de quartiers pour gagner les c\u0153urs et les esprits de ces jeunes, mais elles s\u2019attir\u00e8rent rapidement une pression constante et parfois fatales de la part des autorit\u00e9s. L\u2019optimisme du mouvement des droits civiques et la force de conviction du Black Power et du Brown Power laiss\u00e8rent la place \u00e0 une rage g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et \u00e0 un ras-le-bol durable. Les militants retourn\u00e8rent leurs armes contre eux-m\u00eames. Curtis Mayfield, qui avait autrefois chant\u00e9 \u00abKeep on Pushing\u00bb pour Martin Luther King Jr. Et les autres manifestants pour la libert\u00e9, mettait d\u00e9sormais en garde contre le \u00abPusherman\u00bb. Comme des vautours, les dealers d\u2019h\u00e9ro\u00efne, les voleurs junkies et les pyromanes en service command\u00e9 infestaient les rues. D\u2019humeur philosophe, un flic du Bronx d\u00e9clara&nbsp;: \u00ab Nous sommes en train de reproduire ici ce que ls Romains ont cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Rome. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Un fonctionnaire d\u00e9clara\n\u00e0 la journaliste Jill Jonnes&nbsp;: \u00ab L\u2019id\u00e9e \u00e9tait d\u2019\u00e9pargner autant que\npossible \u00e0 Manhatann le spectacle de la laideur. Dans le South Bronx, il y\navait les HLM et les autoroutes, qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 suffisamment d\u00e9stabilisants,\npuis, par-dessus le march\u00e9, on ajoutait un programme d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 d\u2019\u00e9vacuation des\ntaudis pour d\u00e9placer la mis\u00e8re la plus criante. \u00c0 partir de l\u00e0, tout a commenc\u00e9\n\u00e0 se d\u00e9grader inexorablement. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>MAUVAIS CHIFFRES<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi se chiffrait la\nnouvelle configuration&nbsp;: le South Bronx avait perdu 600&nbsp;000 emplois\ndans l\u2019industrie. 40 % du secteur avait disparu. Au milieu des ann\u00e9es 70, le\nrevenu annuel moyen par habitant avait chut\u00e9 \u00e0 2430 dollars la moiti\u00e9 seulement\nde la moyenne \u00e0 New York et 40 % de la moyenne nationale. Le taux officiel de\nch\u00f4mage des jeunes s\u2019\u00e9levait \u00e0 60 %. Les d\u00e9fenseurs de la jeunesse affirmaient\nque dans certains quartiers le chiffre v\u00e9ritable \u00e9tait plus pr\u00e8s de 80 %. Si\nles conditions dans lesquelles la culture du blues s\u2019\u00e9tait d\u00e9velopp\u00e9e \u00e9taient\ncelles du travail forc\u00e9 et instrument d\u2019oppression, celle du hip-hop devait\n\u00e9merger d\u2019un climat de ch\u00f4mage g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Quand le bruit des\nautomobiles rempla\u00e7a celui des marteaux-piqueurs le long de la Cross-Bronx\nExpressway, il y avait assez de carburant pour la mise \u00e0 feu du Bronx. <\/p>\n\n\n\n<p>Les immeubles\nr\u00e9sidentiels pass\u00e8rent entre les mains de marchands de sommeil, qui en vinrent\nrapidement \u00e0 la conclusion qu\u2019ils pouvaient gagner davantage d\u2019argent en\nrefusant de fournir chauffage et eau aux locataires, en d\u00e9tournant les taxes\nfonci\u00e8res, et en d\u00e9truisant finalement les immeubles pour toucher l\u2019assurance.\nAinsi qu\u2019un pompier d\u00e9crivit le cycle&nbsp;: \u00ab Cela commence par des incendies\ndans les appartements inoccup\u00e9s, puis le temps de dire ouf c\u2019est tout\nl\u2019immeuble qui prend feu. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"http:\/\/decadeoffire.com\/\">La spirale descendante<\/a> engendrait une \u00e9conomie parall\u00e8le. Les marchands de sommeil engageaient des casseurs professionnels pour incendier les immeubles pour la somme ridicule de cinquante dollars par coup, et r\u00e9coltaient jusqu\u2019\u00e0 150&nbsp;000 dollars de leurs polices d\u2019assurance. Les compagnies d\u2019assurance profit\u00e8rent de l\u2019arrangement en vendant davantage de polices. M\u00eame dans les immeubles inoccup\u00e9s, le feu payait. Des groupes de voleurs organis\u00e9s, certains accros \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efne, pillaient les b\u00e2timents incendi\u00e9s pour r\u00e9cup\u00e9rer les tuyaux, \u00e9quipements en cuivre, et biens \u00e9lectrom\u00e9nagers qui pouvaient se refourguer.<\/p>\n\n\n\n<p>Un pompier d\u00e9clara&nbsp;:\n\u00ab tous les incendies d\u2019immeubles ne peuvent \u00eatre que criminels. Personne ne vit\nl\u00e0, et pourtant quand on arrive, le feu sort de trente fen\u00eatres. \u00bb Il\ncontinuait&nbsp;: \u00ab Les gens d\u00e9m\u00e9nagent. Le propri\u00e9taire commence \u00e0 rogner sur\nla maintenance. Quand il arr\u00eate de faire du profit, de plus en plus\nd\u2019appartements se vident\u2026 et en un rien de temps, c\u2019est tout un bloc qui se\nretrouve compl\u00e8tement d\u00e9sert\u00e9. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les journalistes Joe\nConason et Jack Newfield enqu\u00eat\u00e8rent sur la logique des incendies criminels \u00e0\nNew York pendant deux ans et demi. Ils d\u00e9couvrirent que la commission touch\u00e9e\npar les agents d\u2019assurances \u00e9tait calcul\u00e9e en fonction du nombre et de la\nvaleur de polices vendues. \u00ab Il n\u2019y a tout simplement aucune raison d\u2019investir\ndans la construction ou la reconstruction de logements \u00e0 loyers raisonnables\npour les banques, les compagnies d\u2019assurance ou n\u2019importe quel investisseur \u00bb,\n\u00e9crivirent-ils. \u00ab Dans l\u2019immobilier, le nec plus ultra du capitalisme, c\u2019est\nl\u2019incendie volontaire. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mais certains affirmaient\nque le South Bronx offrait la preuve irr\u00e9futable que les Noirs et Latinos\npauvres ne souhaitaient pas am\u00e9liorer leurs conditions de vie. Daniel Patrick\nMoynihan, le s\u00e9nateur d\u00e9mocrate de New York, alla jusqu\u2019\u00e0 avancer&nbsp;: \u00ab Les\ngens du South Bronx ne veulent pas de logements sociaux, sinon ils ne les\nbr\u00fbleraient pas. \u00bb En 1970, il avait adress\u00e9 au Pr\u00e9sident Nixon un m\u00e9mo \u00e0 la\nport\u00e9e consid\u00e9rable, citant des donn\u00e9es de la Rand Corporation sur les\nincendies dans le South Bronx et d\u00e9plorant la mont\u00e9e en puissance de radicaux\ncomme les Black Panthers, \u00abLe temps est peut-\u00eatre venu o\u00f9 une p\u00e9riode de\n\u00ablaisser-faire\u00bb pourrait \u00eatre profitable \u00e0 la question raciale \u00bb, \u00e9crivit-il\ndans une formule rest\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre. <\/p>\n\n\n\n<p>Moynihan devait plus tard\nse plaindre d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 mal compris, affirmant que le m\u00e9mo n\u2019aurait jamais d\u00fb\natterrir entre les mains de la presse et qu\u2019il n\u2019avait jamais eu l\u2019intention de\nsugg\u00e9rer de priver la communaut\u00e9 noire de ses services sociaux. Mais, quelle\nqu\u2019ait \u00e9t\u00e9 son intention, le Pr\u00e9sident Nixon avait griffonn\u00e9 \u00ab Je suis\nd\u2019accord! \u00bb sur le m\u00e9mo et l\u2019avait fait passer \u00e0 son Cabinet. Lorsqu\u2019il devint\npublic, le \u00ablaisser-faire\u00bb devint le cri de ralliement servait \u00e0 justifier les\nr\u00e9ductions des services sociaux accord\u00e9s aux quartiers d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s, et un\ncarburant suppl\u00e9mentaire pour la r\u00e9action brutale contre la justice raciale et\nl\u2019\u00e9galit\u00e9 sociale. <\/p>\n\n\n\n<p>Une fois le\n\u00ablaisser-faire\u00bb \u00e9rig\u00e9 en pseudo-science, les r\u00e9sultats furent litt\u00e9ralement\nexplosifs. Arm\u00e9s des donn\u00e9es et autres exemples douteux de la Rand Corporation,\nles politiciens de la ville appliqu\u00e8rent une logique de destruction pour\njustifier la <em>suppression<\/em> de riens moins que sept compagnies de pompiers\ndu Bronx apr\u00e8s 1968. Durant la crise \u00e9conomique du milieu des ann\u00e9es 70, des\nmilliers de pompiers volontaires et professionnels suppl\u00e9mentaires furent\nlicenci\u00e9s. Ainsi que le formul\u00e8rent les \u00e9cologistes Deborah et Rodrick Wallace,\nil en r\u00e9sultat une \u00ab\u00e9pid\u00e9mie\u00bb d\u2019incendies. <\/p>\n\n\n\n<p>Moins d\u2019une d\u00e9cennie plus\ntard, le Bronx avait perdu 43&nbsp;000 logements, l\u2019\u00e9quivalent de quatre p\u00e2t\u00e9s\nde maison par semaine. Des milliers de terrains inoccup\u00e9s et d\u2019immeubles\nabandonn\u00e9s jalonnaient la circonscription. Entre 1973 et 1977, 30&nbsp;000\nincendies se d\u00e9clench\u00e8rent dans le seul South Bronx. En 1975, lors d\u2019une longue\net chaude journ\u00e9e de juin, quarante feux furent allum\u00e9s en l\u2019espace de trois\nheures. Ce n\u2019\u00e9tait pas les feux de col\u00e8re purificatrice qui avaient embras\u00e9\nWatts ou une demi-douzaine d\u2019autres villes apr\u00e8s l\u2019assassinat de Martin Luther\nKing Jr. C\u2019\u00e9taient les feux de l\u2019abandon.<\/p>\n\n\n\n<p>1977<\/p>\n\n\n\n<p>Un \u00e9t\u00e9 pas comme les autres. Le point le plus bas de la boucle qui va de l\u2019assassinat de Malcolm X \u00e0 l\u2019appel aux armes de <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Kj9SeMZE_Yw\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"Public Enemy. (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\">Public Enemy.<\/a> L\u2019ann\u00e9e du serpent. Une \u00e9poque de complots et d\u2019insurrection, de coups d\u2019\u00c9tats et d\u2019\u00e9meutes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 13 juillet, apr\u00e8s la\ntomb\u00e9e du jour, les r\u00e9verb\u00e8res s\u2019\u00e9teignirent, comme mouch\u00e9s par une main\ninvisible. La ville venait de plnger dans l\u2019obscurit\u00e9 d\u2019une panne\nd\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Des pillards s\u2019engouffr\u00e8rent dans les rues des ghettos de Crown\nHeights, de Bedford-Stuyvesant, d\u2019East New York, de Harlem et du Bronx. \u00c0 ace\nPontiac, sur Jerome Avenue, cinquante voitures neuves furent sorties d\u2019un\nshowroom. Sur Grand Concourse, les commer\u00e7ants s\u2019arm\u00e8rent de pistolets et de\ncarabines, mais durant les trente-six heures qui suivirent, ils furent pour la\nplupart impuissants face \u00e0 la d\u00e9ferlante de vengeance et de redistribution. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Cette nuit-l\u00e0, un truc\nque j\u2019ai remarqu\u00e9 \u00bb, raconta plus tard un habitant, \u00ab c\u2019est qu\u2019ils ne se\nblessaient pas entre eux. Ils ne se battaient pas les uns contre les autres.\nIls ne s\u2019entre-tuaient pas. \u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab C\u2019\u00e9tait pour nous\nl\u2019occasion de d\u00e9barrasser notre communaut\u00e9 de tous les gens qui nous\nexploitaient \u00bb, d\u00e9clara le graffeur James TOP \u00e0 l\u2019historien Ivor Miller. \u00ab Ce\nqu\u2019on a fait au cours de cette journ\u00e9e et demie, c\u2019\u00e9tait pour dire au\ngouvernement qu\u2019il y avait un vrai probl\u00e8me avec les gens des quartiers\nd\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s. \u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Un millier d\u2019incendies\nfurent allum\u00e9s. Des prisonniers de la Maison d\u2019arr\u00eat du Bronx mirent le feu \u00e0\ntrois dortoirs. Des centaines de magasins furent nettoy\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p>La fum\u00e9e et le verre\nbris\u00e9, la police et les voleurs firent m\u00eame incursion dans la vie du personnage\nde sitcom George Jefferson, perturbant le sch\u00e9ma comique. Dans la version\nt\u00e9l\u00e9vis\u00e9e de la panne d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, George quittait son appartement de luxe\nd\u2019un gratte-ciel de L\u2019Upper East Side pour prot\u00e9ger sa teinturerie non assur\u00e9e\ndans le South Bronx, l\u00e0 o\u00f9 avait d\u00e9but\u00e9 son ascension vers la fortune. \u00ab J\u2019vais\npas la vider \u00bb, jurait-il. \u00ab J\u2019vais la fermer pour de bon. \u00bb L\u00e0, il affrontait\ndes pillards jusqu\u2019au moment o\u00f9 il se faisait prendre pour l\u2019un d\u2019entre eux et\nmanquait se faire arr\u00eater par des flics noirs. \u00c0 la fin, un habitant du Bronx\nconvainquait George de maintenir en activit\u00e9 son commerce noir. C\u2019\u00e9tait le\ngenre de renversement de situation que la g\u00e9n\u00e9ration hip-hop allait apprendre \u00e0\nadorer&nbsp;: ce qui arrive en haut de l\u2019\u00e9chelle doit \u00eatre ramen\u00e9 tout en bas.\nUne boucle parfaite. <\/p>\n\n\n\n<p>Sous le mandat du maire\nAbraham Beame, la puissante ville de New York se dirigeait vers une ruine\nfinanci\u00e8re massive. Pleurant la gloire d\u00e9chue de la ville, les \u00e9ditorialistes\nne cessaient de se r\u00e9pandre sur le m\u00e9tro d\u00e9glingu\u00e9 et la prostitution \u00e0 Times\nSquare. Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la magnifique destruction du South Bronx, tout \u00e7a\nn\u2019\u00e9tait que purs symboles. Selon les mots d\u2019un certain Dr. Wise, directeur\nd\u2019une clinique du quartier, le South Bronx, tout \u00e7a n\u2019\u00e9tait qu\u2019une \u00ab N\u00e9cropolis\n\u2013 Une cit\u00e9 de la mort. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pour son reportage sur CBS <em><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=RQkhD-2cWwY&amp;t=61s\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"The Fire Next Door (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\">The Fire Next Door<\/a><\/em>, le reporter Bill Moyers traversa l\u2019East River avec son \u00e9quipe afin de suivre une compagnie de pompiers du Bronx. Ils plong\u00e8rent dans des sc\u00e8nes de chaos&nbsp;: des immeubles en feu vomissant des mailles dans les rues nocturnes; des pompiers angoiss\u00e9s d\u00e9coupant un toit pour sauver les habitants d\u2019un immeuble; des gamins du quartier \u2013 beaucoup d\u2019entre eux souriants, heureux de passer \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, de n\u2019\u00eatre plus invisibles \u2013 se rassemblant sur un toit pour aider les pompiers \u00e0 diriger un tuyau d\u2019incendie sur les flammes mena\u00e7antes du b\u00e2timent voisin. <\/p>\n\n\n\n<p>Moyers retourna \u00e9galement\nsur les lieux pour filmer le sinistre champ de bataille&nbsp;: une vieille\ndame, Mrs. Sullivan, attendant un camion de d\u00e9m\u00e9nagement qui ne devait jamais\narriver, voyant les rares biens qui lui restaient pill\u00e9s par des jeunes tandis\nqu\u2019elle se faisait interviewer par Moyers sur son porche; une jeune femme noire\nen blouson de cuir fa\u00e7on Panthers, la t\u00eate enrubann\u00e9e d\u2019un foulard orange vif,\nracontant sa vie avec ses deux enfants dans un immeuble incendi\u00e9, avec pour\nseule d\u00e9coration dans sa chambre glaciale une liste des Supreme Mathematics des\nFive Percenters trac\u00e9e au marquer sur le mur blanc (\u00ab 7&nbsp;: Dieu; 8&nbsp;:\nConstruire ou d\u00e9truire; 9 N\u00e9; 0&nbsp;: Chiffre \u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab D\u2019une certaine fa\u00e7on,\nnos \u00e9checs sur le territoire national paralysent notre volont\u00e9 et nous\nn\u2019abordons pas un d\u00e9sastre comme la mort du Bronx avec le m\u00eame empressement et\nle m\u00eame engagement que nous accordons aux probl\u00e8mes hors de nos fronti\u00e8res \u00bb,\nconcluait Moyers en sortant d\u2019un immeuble noirci sur fond de brique brune, le\nciel bleu visible \u00e0 travers les plus hautes fen\u00eatres. La cam\u00e9ra reculait pour\nr\u00e9v\u00e9ler un bloc entier de structures fantomatiques de trente m\u00e8tres de haut\nprojetant les unes sur les autres les ombres allong\u00e9es de l\u2019apr\u00e8s-midi dans la\nrue d\u00e9sol\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Le Vice-pr\u00e9sident se\nrend en Europe et au Japon, le secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat au Moyen-Orient et en Russie,\nl\u2019ambassadeur de l\u2019ONU en Afrique \u00bb, pronon\u00e7ait solennellement Moyers. \u00ab Aucun\npersonnage d\u2019une stature comparable ne vient ici. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, une semaine avant\nle premier lancer de Catfish Hunter dans les World Series, le Pr\u00e9sident Carter\n\u00e9mergea d\u2019un cort\u00e8ge de voitures officielles \u00e0 Charlotte Street, au c\u0153ur du\nSouth Bronx \u2013 trois h\u00e9licopt\u00e8res au-dessus de sa t\u00eate, une ribambelle d\u2019agents\ndes Services Secrets \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s \u2013 pour contempler en silence quatre p\u00e2t\u00e9s de\nmaison de ville morte. <\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame les gangs qui\nrevendiquaient auparavant ce territoire \u2013 les terribles Turbans et les\nredoutables Reapers \u2013 \u00e9taient maintenant partis, comme r\u00e9duits en poussi\u00e8re par\nles forces de l\u2019histoire. Le pr\u00e9sident s\u2019arr\u00eata parmi le b\u00e9ton et les briques\npulv\u00e9ris\u00e9es, les carcasses de voitures, la vermine, la merde et les d\u00e9tritus\npourrissants \u2013 sa Secr\u00e9taire au logement et au d\u00e9veloppement urbain, Patricia\nHarris, le maire Beame et une petite arm\u00e9e de reporters, de photographes et de\ncameramen se pressant derri\u00e8re lui. <\/p>\n\n\n\n<p>Il constata l\u2019ampleur des\nd\u00e9g\u00e2ts. Puis il se retourna vers la Secr\u00e9taire Harris. \u00ab Voyez quelles zones\npeuvent encore \u00eatre sauv\u00e9es \u00bb dit-il doucement.<\/p>\n\n\n\n<p>UNE TERRE DE D\u00c9SOLATION<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait donc l\u00e0 le <em>Sud\n<\/em>&nbsp;non reconstruit \u2013 le South Bronx, un\nspectaculaire champ de ruines, une mythique terre de d\u00e9solation, une maladie\ninfectieuse et, ainsi que l\u2019observa Robert Jensen, \u00ab un \u00e9tat de pauvret\u00e9 et d\u2019effondrement\nsocial, plus qu\u2019une zone g\u00e9ographique. \u00bb Dans les ann\u00e9es 1960, le pr\u00e9fixe\naccol\u00e9 au Bronx servait simplement \u00e0 d\u00e9signer les quartiers situ\u00e9s le plus au\nsud de la circonscription, comme Mott Haven et Longwood. Mais d\u00e9sormais, la\nplus grande partie de la ville de New York situ\u00e9e au nord de la 110<sup>e<\/sup>\nRue se voyait repens\u00e9e comme une sorte de \u00abSud\u00bb, un sud universel \u00e0 port\u00e9e de\nm\u00e9tro. M\u00eame M\u00e8re Theresa, sainte patronne des pauvres du monde, fit un p\u00e8lerinage\nsurprise. <\/p>\n\n\n\n<p>Le bureau du maire se\npr\u00e9cipita pour produire un rapport intitul\u00e9 <em>Le South Bronx&nbsp;: Plan de\nr\u00e9habilitation<\/em>. \u00ab Les indicateurs les plus terribles ne peuvent se mesurer\nen chiffres \u00bb, concluait le rapport. \u00ab Parmi eux, la peur qui pr\u00e9vaut chez de\nnombreux entrepreneurs et commer\u00e7ants du South Bronx quant \u00e0 l\u2019avenir du\nquartier, leur inqui\u00e9tude quant \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 et la s\u00fbret\u00e9 des investissements;\nla confiance d\u00e9croissante et un sentiment de d\u00e9sespoir qui conduit nombre d\u2019entre\neux \u00e0 capituler pour fuir vers d\u2019autres secteurs. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Edward Logue, un\nresponsable de la r\u00e9novation urbaine engag\u00e9 par la ville de New York apr\u00e8s\navoir ras\u00e9 certains des quartiers historiques de Boston, tourna la chose diff\u00e9remment\npour un reporter&nbsp;: \u00ab En un sens \u00e0 la fois triste et merveilleux, l\u2019histoire\ndu South Bronx est une \u00e9norme <em>success story<\/em>. Au cours des vingt derni\u00e8res\nann\u00e9es, plus de 750&nbsp;000 personnes s\u2019en sont all\u00e9es pour une r\u00e9ussite middle-class\ndans les banlieues. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mais d\u2019autres conseillers\n\u00e9taient moins hypocrites. Le Professeur George Sternlieb, directeur du Centre\nde la Politique Urbaine \u00e0 Rutgers University, d\u00e9clara&nbsp;: \u00ab Le monde peut\ntr\u00e8s bien se passer du South Bronx. Il y a l\u00e0 tr\u00e8s peu de choses qui\nint\u00e9ressent qui que ce soit et qui ne puissent pas \u00eatre reproduites \u00e0 l\u2019identique\nailleurs. J\u2019imagine tr\u00e8s bien, dans une vision de science-fiction, qu\u2019on se\nrende dans le centre-ville en voiture blind\u00e9e.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Embo\u00eetant le pas \u00e0 la\nRand Corporation et au S\u00e9nateur Moynihan, Roger Starr, un fonctionnaire de la\nmairie, mit au point pour conclure une politique de \u00abretrait programm\u00e9\u00bb en\nvertu de laquelle les services de sant\u00e9, de lutte contre l\u2019incendie, de police,\nd\u2019assainissement et de transports seraient retir\u00e9s des quartiers d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s\njusqu\u2019\u00e0 ce que toutes les personnes restantes soient oblig\u00e9es de partir \u00e0 leur\ntour \u2013 ou d\u2019\u00eatre abandonn\u00e9es. D\u00e9j\u00e0, des \u00e9coles avaient \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9es et d\u00e9saffect\u00e9es,\napr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 pr\u00e9alablement priv\u00e9es de l\u2019enseignement artistique et musical,\npuis des mati\u00e8res \u00e9ducatives de base. <\/p>\n\n\n\n<p>Moses lui-m\u00eame imagina un\ncouronnement parfait \u00e0 sa carri\u00e8re. En 1973, retrait\u00e9, \u00e2g\u00e9 de\nquatre-vingt-quatre ans, il d\u00e9clara&nbsp;: \u00ab Vous devez conc\u00e9der que ces taudis\ndu Bronx et d\u2019autres de Brooklyn et Manhattan sont irr\u00e9cup\u00e9rables. Ils sont\nau-del\u00e0 de toute possibilit\u00e9 de reconstruction, de bricolage et de\nrestauration. Il faut les raser. \u00bb Il proposa de d\u00e9placer 60&nbsp;000 habitants\ndu Bronx dans des tours \u00e0 b\u00e2tir \u00e0 peu de frais sur les terrains de Ferry Point\nPark. Les meilleurs appartements pourraient y avoir une vue imprenable sur l\u2019East\nRiver bouillonnante et gorg\u00e9e de d\u00e9tritus et les rutilantes banlieues du Queens\n\u00e0 l\u2019est, et \u00e0 l\u2019ouest sur les barbel\u00e9s et les tours s\u00e9v\u00e8res de Rikers Island,\nsans oublier les jets quittant l\u2019a\u00e9roport de La Guardia pour des villes\nlointaines. <\/p>\n\n\n\n<p>Pendant le sixi\u00e8me jeu\ndes World Series de 1977, Reggie Jackson vient \u00e0 la batte. Il avait plac\u00e9 des\nhome-runs dans les deux pr\u00e9c\u00e9dents matches, amenant les Yankees \u00e0 deux doigts\ndu titre de champion, trois matches \u00e0 deux. Ce soir l\u2019histoire serait au\nrendez-vous. Contre trois lanceurs diff\u00e9rents et trois lanc\u00e9s, Jackson ass\u00e9na\ntrois home-runs. Les Yankees gagn\u00e8rent sur le score spectaculaire de 8 \u00e0 4. <\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que Mike Torrez,\nle lanceur des Yankees sortait la derni\u00e8re balle, des milliers de fans\nenvahirent le terrain. Ils coururent apr\u00e8s Jackson, qui en faucha quelques-uns\nen se h\u00e2tant vers l\u2019abri. Ils arrach\u00e8rent les si\u00e8ges de leur socle. Ils\narrach\u00e8rent des touffes de gazon et des mottes de terre de la seconde base. Ils\njet\u00e8rent des bouteilles sur la police mont\u00e9e. Pr\u00e8s de la troisi\u00e8me base, des\nflics inflig\u00e8rent une commotion c\u00e9r\u00e9brale \u00e0 un spectateur. Par-dessus le\nbrouhaha de la foule en d\u00e9lire, on pouvait distinguer quatre mots&nbsp;: \u00ab On\nest num\u00e9ro Un! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les vestiaires,\nJackson et Martin, triomphants, tremp\u00e9s de champagne, souriaient jusqu\u2019aux\noreilles. Ils se donn\u00e8rent une puissante accolade. Jackson agita un m\u00e9daillon\nen or \u00e0 l\u2019effigie de Jackie Robinson devant les journalistes, et s\u2019exclama&nbsp;:\n\u00ab Que croyez-vous que cet homme penserait de moi ce soir ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le chroniqueur sportif\nDave Anderson surprit Thurman Munson et Jackson alors que la c\u00e9l\u00e9bration se\ntassait un peu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abH\u00e9,\nbamboula\u00bb, lan\u00e7a le receveur, hilare. \u00abPas mal du tout, bamboula.\u00bb Reggie\nJackson rit, et se pr\u00e9cipita pour serrer le capitaine dans ses bras. \u00abJe vais\naller \u00e0 la f\u00eate sur le terrain \u00bb, dit Thurman Munson, de nouveau hilare, \u00ab Y\u2019aura\nque des Blancs, mais ils te laisseront rentrer. Viens donc. \u00bb \u00ab J\u2019arrive \u00bb, dit\nReggie Jackson. \u00ab Attends-moi. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Thurman\nMunson r\u00e9apparut. \u00ab H\u00e9, n\u00e9gro, t\u2019es trop lent, elle est finie cette f\u00eate, mais\nje te verrai l\u2019an prochain \u00bb, dit le capitaine, lui tendant la main. \u00ab Je te\nverrai l\u2019an prochain, o\u00f9 que je puisse bien \u00eatre. \u00bb \u00ab Tu seras de retour \u00bb, dit\nReggie Jackson. \u00ab Pas moi. Mais tu sais qui t\u2019as d\u00e9fendu, n\u00e9gro, tu sais qui t\u2019as\nd\u00e9fendu quand t\u2019en avais besoin. \u00bb \u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>On \u00e9tait en 1977. Une nouvelle\nfl\u00e8che de l\u2019histoire prenait son envol. \u00c0 Kingston, en Jama\u00efque, le groupe de\nreggae Culture mettait en musique une vision de Babylone assaillie par les\n\u00e9clairs, les tremblements de terre et le tonnerre. Les deux sept s\u2019\u00e9taient\nd\u00e9clar\u00e9 la guerre, pr\u00e9venaient-ils. L\u2019apocalypse se pr\u00e9parait \u00e0 fondre sur\nBabylone. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais \u00e0 sa fa\u00e7on, la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration \u2013 qui avait tant re\u00e7u, \u00e0 qui on \u00e9tait en train de tant voler, et \u00e0 qui si peu \u00e9tait promis \u2013 ne se satisferait pas de ce dont les <a href=\"https:\/\/youtu.be\/NpfZMkZXAm8\">g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes<\/a> avaient bien voulu se contenter. C\u00e9dez-lui sur un point, et elle demanderait davantage. <a rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"Donnez-lui une apocalypse, et elle danserait. (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=VV-62yj--vc\" target=\"_blank\">Donnez-lui une apocalypse, et elle danserait.<\/a> <\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>Chang, Jeff, <em>Can\u2019t\nStop Won,t Stop, Une histoire de la G\u00e9n\u00e9ration Hip-Hop<\/em>, \u00c9ditions Allias,\nParis, 2015. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Can\u2019t Stop Won\u2019t Stop, Une histoire de la g\u00e9n\u00e9ration Hip Hop N\u00c9CROPOLIS LE BRONX ET LA POLITIQUE DE L\u2019ABANDON Quand tu arrives sur le terrain &#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":546,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-137","page","type-page","status-publish","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/137","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=137"}],"version-history":[{"count":17,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/137\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3225,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/137\/revisions\/3225"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/546"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=137"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}