{"id":1046,"date":"2019-11-11T21:23:54","date_gmt":"2019-11-11T21:23:54","guid":{"rendered":"https:\/\/ethique-rlaroche.profweb.ca\/?page_id=1046"},"modified":"2021-01-15T11:28:18","modified_gmt":"2021-01-15T11:28:18","slug":"jacques-viens","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/?page_id=1046","title":{"rendered":"Rapport final CERP"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Commission d&rsquo;enqu\u00eate sur les relations entre les Autochtones et certains services publics : \u00e9coute, r\u00e9conciliation et progr\u00e8s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>[Extrait]<\/p>\n\n\n\n<p>Effacer\nla pr\u00e9sence autochtone <\/p>\n\n\n\n<p>Si\nle Canada naissant menace les cultures autochtones, \u00e0 plusieurs \u00e9gards, les\nhabitants francophones de la province de Qu\u00e9bec vivent eux aussi difficilement\nla seconde moiti\u00e9 du 19e&nbsp;si\u00e8cle. La situation est \u00e0 ce point critique, que\nles \u00e9lus et les membres du clerg\u00e9 craignent pour la survie du fait fran\u00e7ais et\ndes valeurs qu\u2019il v\u00e9hicule. S\u2019ensuit une volont\u00e9 jusque-l\u00e0 in\u00e9gal\u00e9e d\u2019occuper\nle territoire. Pour les peuples autochtones, le choc est brutal. Au fur et \u00e0\nmesure que s\u2019affirme la volont\u00e9 politique d\u2019assurer la survie de la culture\ncanadienne-fran\u00e7aise par la colonisation, c\u2019est l\u2019existence m\u00eame de ces nations\nque l\u2019on tend \u00e0 effacer, d\u2019abord des livres d\u2019histoire, puis du territoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le\nQu\u00e9bec colonisateur <\/p>\n\n\n\n<p>Devenus\nminoritaires \u00e0 la suite de l\u2019Acte d\u2019Union de 1840, \u00e0 la fin du 19e&nbsp;si\u00e8cle,\nles francophones subissent une certaine marginalisation \u00e9conomique. Le manque\nde terres arables et les d\u00e9bouch\u00e9s \u00e9conomiques qui s\u2019amoindrissent dans les\ncampagnes entra\u00eenent le d\u00e9part de centaines de milliers de Canadiens fran\u00e7ais\nvers les villes ou la Nouvelle-Angleterre, d\u00e9j\u00e0 fortement industrialis\u00e9e. En\nraison de cet exode urbain et des mutations sociales qu\u2019il engendre, certains\nmembres de l\u2019\u00e9lite craignent pour la survie de la \u00ab race canadienne-fran\u00e7aise\n\u00bb, associ\u00e9e \u00e0 un mode de vie agraire traditionnel. C\u2019est dans le double\nobjectif d\u2019arr\u00eater la \u00ab grande saign\u00e9e \u00bb d\u00e9mographique vers les \u00c9tats-Unis et\nd\u2019assurer la p\u00e9rennit\u00e9 d\u2019une culture fran\u00e7aise et catholique que le clerg\u00e9\ndemande au gouvernement de soutenir la colonisation. \u00c0 partir de la deuxi\u00e8me\nmoiti\u00e9 du 19e&nbsp;si\u00e8cle, le retour \u00e0 la terre ainsi pr\u00f4n\u00e9 est per\u00e7u comme un\nancrage pour la culture, la langue, la religion et les traditions\ncanadiennes-fran\u00e7aises.<\/p>\n\n\n\n<p>Le\ndiscours de survivance \u00e9labor\u00e9 par les intellectuels de l\u2019\u00e9poque n\u2019exclut pas\ncompl\u00e8tement les Autochtones. Leur pr\u00e9sence est utilis\u00e9e pour justifier \u00ab la\npropri\u00e9t\u00e9 territoriale et [le] d\u00e9veloppement envisag\u00e9 de la nation\ncanadienne-fran\u00e7aise \u00bb. Les gens \u00e9duqu\u00e9s cherchent \u00e0\ndissocier les Canadiens fran\u00e7ais des Autochtones en attribuant toutes les\nvertus aux premiers et tous les vices aux seconds. Les Autochtones sont tant\u00f4t\ninfantilis\u00e9s (on les appelle \u00ab les enfants des bois \u00bb) et en mal de\ncivilisation, tant\u00f4t d\u00e9crits comme des barbares bloquant le chemin au progr\u00e8s.\nCes images demeureront bien vivantes dans les manuels scolaires jusque dans les\nann\u00e9es&nbsp;1960 et 1970.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\nLes missionnaires, m\u00eame s\u2019ils n\u2019avaient peut-\u00eatre pas compris que leur objectif\nd\u2019\u00e9vang\u00e9lisation \u00e9tait de supprimer, de traiter les Inuits comme des enfants.\nIl s\u2019agit donc d\u2019un effet de\u2026 vous savez, l\u2019une des premi\u00e8res choses consiste \u00e0\nnous traiter, comme si nous n\u2019avions aucune connaissance. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Lisa\nQiluqqi Koperqualuk, peuple inuit<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autre\npart, les historiens tendent \u00e0 \u00e9vacuer autant que possible les Premiers Peuples\nde l\u2019histoire nationale. Aussi tard qu\u2019en 1950, Lionel Groulx l\u00e9gitime la\nconqu\u00eate de l\u2019Am\u00e9rique en \u00e9voquant un territoire quasi d\u00e9sert&nbsp;\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e\ndes Europ\u00e9ens : \u00ab [a]u Canada, on avait affaire \u00e0 un pays aux espaces immenses,\nmais presque vides, peupl\u00e9 de rares tribus indig\u00e8nes, celles-ci capables tout\nau plus d\u2019une insignifiante collaboration \u00e9conomique \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Tel\nest donc le regard projet\u00e9 sur le pass\u00e9 au moment o\u00f9 l\u2019on songe \u00e0 occuper,\nd\u00e9velopper et agrandir le territoire du Qu\u00e9bec.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0\nla fin du si\u00e8cle, les fronti\u00e8res m\u00eames du Qu\u00e9bec changent, refl\u00e9tant la volont\u00e9\nd\u2019occuper et d\u2019exploiter une r\u00e9gion de plus en plus vaste. Le territoire de\nl\u2019Abitibi-T\u00e9miscamingue, jusqu\u2019\u00e0 la rivi\u00e8re Rupert, est int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la province\nde Qu\u00e9bec en 1898, puis la partie nord, jusqu\u2019aux rives des baies d\u2019Hudson et\nd\u2019Ungava, en 1912. En 1927, les limites territoriales du Qu\u00e9bec \u2013 duquel on a amput\u00e9\nle Labrador au profit de Terre-Neuve166 \u2013 ressemblent d\u00e9sormais\n\u00e0 celles que nous connaissons aujourd\u2019hui. Les effets de la colonisation se\nfont sentir aussi bien dans les communaut\u00e9s autochtones de la vall\u00e9e du\nSaint-Laurent, dont l\u2019espace vital se r\u00e9tr\u00e9cit sans cesse, que dans celles du\nMoyen-Nord qu\u00e9b\u00e9cois, qui sont affect\u00e9es par le d\u00e9veloppement consid\u00e9rable de\nl\u2019industrie foresti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0\npartir du d\u00e9but du 20e&nbsp;si\u00e8cle, le gouvernement joue un r\u00f4le actif dans le\nprocessus de colonisation, envisag\u00e9 d\u00e9sormais comme une v\u00e9ritable strat\u00e9gie de\nd\u00e9veloppement. Ce sera particuli\u00e8rement vrai en Abitibi, comme en t\u00e9moignent\nles plans Gordon et Vautrin mis en place en 1932 et en 1934 par les\ngouvernements successifs de Louis-Alexandre Taschereau et d\u2019Ad\u00e9lard Godbout. Ce\nsont toutefois les religieux, soutenus par un \u00e9piscopat influent, qui auront le\nr\u00f4le central dans le d\u00e9veloppement des \u00ab nouvelles \u00bb r\u00e9gions \u00e0 partir de 1840.\nDu recrutement dans les villages au sud de la province \u00e0 l\u2019appui logistique et\nmoral n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement des colons au nord, ils ont \u00e9t\u00e9 d\u2019ardents\nd\u00e9fenseurs de l\u2019entreprise coloniale, comme en t\u00e9moignent leurs incessantes\nr\u00e9clamations aupr\u00e8s du gouvernement.<\/p>\n\n\n\n<p>Les\nmissionnaires n\u2019ont d\u2019ailleurs pas attendu les grands mouvements de colonisation\npour investir les r\u00e9gions plus isol\u00e9es du Qu\u00e9bec et aller \u00e0 la rencontre des\nAutochtones. Avant les ann\u00e9es&nbsp;1830, ces incursions sont toutefois rest\u00e9es\nsporadiques, si bien qu\u2019au milieu du 19e&nbsp;si\u00e8cle, on ne trouve encore que\npeu d\u2019adeptes du christianisme chez les peuples autochtones du Moyen-Nord\nqu\u00e9b\u00e9cois. Les choses vont toutefois changer rapidement avec l\u2019envoi de pr\u00eatres\nen territoires anishnabe, atikamekw nehirowisiw, eeyou (cri) et innu, o\u00f9 ils\ns\u00e9journent d\u00e9sormais quelques mois par ann\u00e9e durant la p\u00e9riode estivale. Dans\nles campements d\u2019\u00e9t\u00e9 des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s, leurs efforts visent surtout\n\u00e0 remplacer les pratiques et les croyances ancestrales, per\u00e7ues comme\ndiaboliques par les disciples du christianisme. Outre les services de nature\nreligieuse, les missionnaires assurent \u00e9galement aux Autochtones un certain\nsoutien mat\u00e9riel et offrent des soins m\u00e9dicaux. La persistance des rituels\nautochtones \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la p\u00e9riode estivale indique cependant que tous ne\nse sont pas convertis avec la m\u00eame ferveur ou que celle-ci n\u2019implique pas\nn\u00e9cessairement un renoncement aux croyances traditionnelles.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019entreprise\n\u00ab civilisatrice \u00bb orchestr\u00e9e par les missionnaires s\u2019\u00e9l\u00e8ve d\u2019un cran avec\nl\u2019ouverture des pensionnats indiens. S\u2019inscrivant dans une logique de rivalit\u00e9\nconfessionnelle, les deux premiers \u00e9tablissements du Qu\u00e9bec ouvrent leurs\nportes sur la m\u00eame \u00eele \u00e0 l\u2019est de la baie James, \u00e0 Fort George (aujourd\u2019hui\nChisasibi). Apr\u00e8s que des missionnaires anglicans y aient \u00e9lu\ndomicile en 1891, des Oblats viennent les y rejoindre en 1922, inquiets de voir\nles Eeyou (Cris) se convertir au protestantisme plut\u00f4t qu\u2019au catholicisme. Les\nOblats sont les premiers \u00e0 construire un pensionnat en 1931. L\u2019ann\u00e9e suivante,\nils sont imit\u00e9s par les anglicans. La course interconfessionnelle \u00e0 la\nconversion des Autochtones, qui a notamment men\u00e9 \u00e0 la multiplication des\npensionnats dans l\u2019Ouest canadien, ne se produira pas tout de suite au Qu\u00e9bec.\nIl faudra encore une vingtaine d\u2019ann\u00e9es avant de voir la majorit\u00e9 d\u2019entre eux\nouvrir. Leurs effets sur les peuples autochtones n\u2019en seront pas moins\nimportants, comme il en sera fait mention plus loin dans ce chapitre.<\/p>\n\n\n\n<p>Un\nterritoire exploit\u00e9 et r\u00e9glement\u00e9 <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ouverture\nde nouveaux territoires \u00e0 la colonisation pave aussi la voie \u00e0 l\u2019exploitation\ndes ressources naturelles par l\u2019entreprise priv\u00e9e, parfois m\u00eame sur des terres\nr\u00e9serv\u00e9es. \u00c0 titre d\u2019exemple, en 1914, le gouvernement accorde des droits de\ncoupe \u00e0 la compagnie Laurentides Co. sur la r\u00e9serve de Wemotaci. L\u2019exploitation\nforesti\u00e8re y d\u00e9bute en 1920 et bien que la compagnie ait promis une coupe\ns\u00e9lective, elle n\u2019honore pas cet engagement. Les travailleurs de la compagnie\ns\u2019adonnent \u00e9galement au pi\u00e9geage sur les terres de la r\u00e9serve.<\/p>\n\n\n\n<p>Combin\u00e9e\n\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des colons, la pr\u00e9sence de l\u2019industrie foresti\u00e8re exerce donc une\npression consid\u00e9rable sur le mode de vie semi-nomade des Autochtones. Le\nbraconnage parfois massif pratiqu\u00e9 par les nouveaux arrivants r\u00e9duit l\u2019acc\u00e8s\ndes Autochtones aux ressources essentielles \u00e0 leur survie. La construction\nd\u2019infrastructures telles que le chemin de fer modifie aussi consid\u00e9rablement le\npaysage des r\u00e9gions travers\u00e9es. Selon le p\u00e8re Guinard, un missionnaire oblat en\nHaute-Mauricie au d\u00e9but du 20e&nbsp;si\u00e8cle : \u00ab La construction du chemin de fer\nd\u00e9truisit \u00e0 peu pr\u00e8s toute la for\u00eat dans la r\u00e9gion. Tout fut br\u00fbl\u00e9 sur de\ngrandes distances de chaque c\u00f4t\u00e9 du chemin. Les terrassiers [\u2026] faisaient des\nfeux \u00e7\u00e0 et l\u00e0 pour cuire leur nourriture ou pour chasser les mouches. Ils ne\nsurveillaient pas ces feux qui finissaient par courir dans\nla for\u00eat. \u00bb Pour lui, \u00ab la perte fut consid\u00e9rable pour la [p]rovince de Qu\u00e9bec\net pour les Indiens \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Au\ntournant du 20e&nbsp;si\u00e8cle, le passage d\u2019une industrie centr\u00e9e sur le bois\nd\u2019\u0153uvre \u00e0 la production de p\u00e2tes et papiers a \u00e9galement des impacts importants\nsur les modes de vie autochtones en raison des coupes foresti\u00e8res beaucoup plus\nimportantes pratiqu\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>En\nplus de d\u00e9truire les \u00e9cosyst\u00e8mes desquels d\u00e9pend la survie des Autochtones, les\ncoupes massives des compagnies foresti\u00e8res entra\u00eenent l\u2019encombrement des\nrivi\u00e8res par la drave. Les billots de bois achemin\u00e9s par flottage jusqu\u2019aux\nusines compliquent les d\u00e9placements sur les voies d\u2019eau, principales routes\nutilis\u00e9es par les Autochtones. Cette pratique perdurera jusqu\u2019en 1995 sur la rivi\u00e8re\nSaint-Maurice.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus\ntard au 20e&nbsp;si\u00e8cle, l\u2019exploitation de gisements miniers aura \u00e9galement un\nimpact, comme en t\u00e9moignent la s\u00e9dentarisation, puis le d\u00e9placement de la bande\nanishnabe de Long Point (Winneway) au T\u00e9miscamingue. La premi\u00e8re loi concernant\nles mines adopt\u00e9e en 1880 ancre d\u2019ailleurs le r\u00e9gime minier du Qu\u00e9bec dans le\nprincipe de \u00ab libert\u00e9 de prospection mini\u00e8re \u00bb (free mining). Ce principe\nsuppose une intervention minimale de l\u2019\u00c9tat et donne pr\u00e9s\u00e9ance aux int\u00e9r\u00eats\nminiers sur tous les autres, y compris ceux des Autochtones.<\/p>\n\n\n\n<p>La\nconstruction de barrages sur les rivi\u00e8res et la cr\u00e9ation subs\u00e9quente de\nr\u00e9servoirs inondant de vastes territoires se fait aussi sans tenir compte des\ncommunaut\u00e9s autochtones y r\u00e9sidant. \u00c0 titre d\u2019exemple, la mise en eau du\nr\u00e9servoir Gouin en 1918 par le gouvernement du Qu\u00e9bec ne prend pas en\nconsid\u00e9ration le fait que 30 % de l\u2019espace occup\u00e9 par la nouvelle \u00e9tendue d\u2019eau\ninondera les territoires de chasse des Atikamekw Nehirowisiw d\u2019Opitciwan\n(Obedjiwan). Elle ne tient pas compte non plus du village qui vient \u00e0 peine\nd\u2019\u00eatre construit sur le site d\u2019un ancien lieu de rassemblement. Les arpenteurs\navaient pourtant rassur\u00e9 les autorit\u00e9s gouvernementales en affirmant en 1917\nque \u00ab les terrains qui se trouveraient inond\u00e9s par l\u2019\u00e9tablissement du r\u00e9servoir\nprojet\u00e9 [avaient] peu de valeur soit pour le bois ou l\u2019agriculture \u00bb. Les\nbouleversements majeurs entra\u00een\u00e9s par cette perte de territoire et la\nresponsabilit\u00e9 des gouvernements f\u00e9d\u00e9ral et provincial \u00e0 cet \u00e9gard seront d\u2019ailleurs\nreconnus par le Tribunal des revendications particuli\u00e8res en 2016.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\nLes A\u00een\u00e9s racontaient l\u00e0 que l\u2019eau l\u00e0, est devenue brune comme du th\u00e9. Du\nth\u00e9&nbsp;! Tellement que toute la faune, les castors, [\u2026] les arbres l\u00e0\u2026 Y\npagayaient \u00e0 travers les arbres l\u00e0, comme \u00e7a, l\u00e0. Y voyaient que de l\u2019eau, que\nde l\u2019eau, des souches d\u2019arbres, des presqu\u2019\u00eeles, pis il fallait que\u2026 Y\ncherchaient un morceau de terre pas imbib\u00e9e pour pouvoir d\u00e9barquer, pour\npouvoir manger, pour pouvoir dormir. Pis y pagayaient \u00e0 travers les arbustes de\nm\u00eame. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Lucie\nBasile, nation atikamekw nehirowisiw <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le\nharnachement des rivi\u00e8res en vue de la construction de barrages et\nd\u2019installations hydro\u00e9lectriques a touch\u00e9 de nombreuses r\u00e9gions du Qu\u00e9bec d\u00e8s\nla premi\u00e8re moiti\u00e9 du 20e&nbsp;si\u00e8cle. Ce fut le cas notamment lors de la\ncr\u00e9ation du r\u00e9servoir Baskatong (HautesLaurentides et Outaouais) en 1927, du\nr\u00e9servoir Cabonga (Outaouais) en 1928-1929 et du r\u00e9servoir Dozois\n(Abitibi-T\u00e9miscamingue) en 1949. \u00c0 chaque fois, ces am\u00e9nagements entra\u00eenent la\nperte de territoire, de ressources et de lieux significatifs pour les populations\nautochtones, la contamination de l\u2019eau et les d\u00e9m\u00e9nagements forc\u00e9s. L\u2019histoire\nse r\u00e9p\u00e9tera \u00e0 grande \u00e9chelle, d\u2019abord en territoire innu, au\nSaguenay\u2013Lac-Saint-Jean (centrales sur la rivi\u00e8re P\u00e9ribonka) et sur la\nC\u00f4te-Nord (projet Manic-Outardes) dans les ann\u00e9es&nbsp;1950 et 1960, puis en\nterritoire eeyou (cri) dans les ann\u00e9es&nbsp;1970 (projet de la Baie James).<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres\nlois et r\u00e8glements participent \u00e0 restreindre la libert\u00e9 d\u2019agir des Autochtones,\nnotamment avec l\u2019encadrement l\u00e9gislatif d\u2019activit\u00e9s traditionnelles telles que\nla chasse, la p\u00eache et le pi\u00e9geage. D\u00e8s 1858, l\u2019Acte des p\u00eacheries permet au\ngouvernement de c\u00e9der les droits de p\u00eache sur les rivi\u00e8res \u00e0 saumon \u00e0 des\nint\u00e9r\u00eats priv\u00e9s, notamment des clubs de p\u00eache appartenant \u00e0 de riches\n\u00e9trangers. Malgr\u00e9 leurs constantes protestations et la r\u00e9affirmation du fait\nqu\u2019ils n\u2019avaient jamais c\u00e9d\u00e9 leurs droits, du jour au lendemain, les\nAutochtones se retrouvent comme \u00ab des \u00e9trangers sur leurs propres rivi\u00e8res \u00bb.\nLa Loi sur\nles clubs de chasse et de p\u00eache de 1885 r\u00e9gularise le syst\u00e8me des clubs priv\u00e9s.\nCes clubs qui se multiplient rapidement d\u00e9tiennent d\u00e9sormais des monopoles sur\nl\u2019usage faunique de certains territoires, sans consid\u00e9ration pour l\u2019usage\ntraditionnel des peuples autochtones. Dans les ann\u00e9es qui suivent, la\nl\u00e9gislation qu\u00e9b\u00e9coise encadre encore plus \u00e9troitement la chasse. Des quotas et\ndes saisons de pratique sont \u00e9tablis. Certaines m\u00e9thodes de chasse\ntraditionnelles des Autochtones sont \u00e9galement interdites, ce qui sera contest\u00e9\navec v\u00e9h\u00e9mence, mais sans grande \u00e9coute de la part des autorit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\nComment tu peux transmettre la dignit\u00e9 dans\u2026 quand t\u2019es oblig\u00e9 de demander\nmaintenant la permission pour tuer un orignal ! Je dirais m\u00eame la permission de\nnourrir ses enfants. [\u2026] C\u2019est \u00e7a, la r\u00e9serve. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Richard\nKistabish, nation anishnabe <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Au\nmoment de son entr\u00e9e en vigueur, la r\u00e9glementation concernant la chasse et la\np\u00eache n\u2019est pas appliqu\u00e9e de mani\u00e8re trop rigoureuse. Les Autochtones qui\nchassent hors saison ou dans des endroits qui leur sont d\u00e9sormais interdits,\ncomme les parcs provinciaux et les clubs priv\u00e9s nouvellement cr\u00e9\u00e9s, ne\nre\u00e7oivent g\u00e9n\u00e9ralement que des avertissements. Cette attitude conciliante des\nagents du gouvernement change toutefois rapidement et l\u2019application plus s\u00e9v\u00e8re\ndes lois entra\u00eene son lot de frustrations et d\u2019humiliations. Les r\u00e9cits de\nconflits entre les Autochtones et les gardes-chasse sont d\u2019ailleurs nombreux.\nS\u2019il est permis de contourner certains r\u00e8glements en cas d\u2019extr\u00eame n\u00e9cessit\u00e9 \u2014\nce qui doit par ailleurs avoir \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 par un agent des Indiens ou un\nmissionnaire \u2014 , aucun commerce d\u00e9coulant de cette chasse \u00ab ill\u00e9gale \u00bb n\u2019est\ntol\u00e9r\u00e9. Pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle plus tard, dans son r\u00e9cit autobiographique, Marcel\nPititkwe de Wemotaci se souvient de gardes-chasses venus \u00e0 la maison saisir\ntoute la nourriture qui s\u2019y trouvait et escorter son p\u00e8re jusqu\u2019au poste de\npolice. Celui-ci sera condamn\u00e9 \u00e0 quelques mois de prison pour avoir \u00e9chang\u00e9 de\nla viande d\u2019orignal contre de la farine, du lait et du sucre. Non seulement la\nfamille avait-elle ainsi perdu ce qui devait assurer sa subsistance au cours de\nl\u2019hiver \u00e0 venir, mais aussi celui qui devait pourvoir \u00e0 ses besoins.<\/p>\n\n\n\n<p>La\ncr\u00e9ation des r\u00e9serves \u00e0 castor par le gouvernement du Qu\u00e9bec dans les\nann\u00e9es&nbsp;1930 en raison d\u2019une diminution inqui\u00e9tante des animaux \u00e0 fourrure\nsemble t\u00e9moigner d\u2019une certaine ouverture face aux Autochtones, qui disposent\nd\u00e9sormais de droits exclusifs de pi\u00e9geage sur ces terres.\nCette nouvelle division du territoire ne tient cependant pas compte des\npratiques traditionnelles d\u2019occupation et ultimement, a pour effet de limiter\nla mobilit\u00e9 des Premi\u00e8res Nations et la dimension des territoires de trappe.<\/p>\n\n\n\n<p>Chose\ncertaine, l\u2019exploitation et la r\u00e9glementation des nouveaux territoires soumis \u00e0\nla colonisation ont pour cons\u00e9quence directe d\u2019encourager la cr\u00e9ation de\nr\u00e9serves. En effet, devant l\u2019invasion de leurs territoires, diff\u00e9rentes\ncommunaut\u00e9s se r\u00e9signent parfois elles-m\u00eames \u00e0 demander que certains\nterritoires leur soient r\u00e9serv\u00e9s. Cette d\u00e9cision ne les prot\u00e8ge pas toujours efficacement.\nProgressivement s\u2019impose d\u2019ailleurs l\u2019id\u00e9e que, sous des dehors de protection,\nles r\u00e9serves ont pour fonction v\u00e9ritable de lib\u00e9rer le territoire de la\npr\u00e9sence autochtone pour favoriser l\u2019exploitation des ressources naturelles.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\nIl y a eu aussi\u2026 [\u2026] ce qu\u2019on pourrait appeler des r\u00e8glements et des politiques\nqui venaient enlever l\u2019exercice de nos droits fondamentaux, de vivre sur le\nterritoire. Et on a eu \u00e9norm\u00e9ment de difficult\u00e9 \u00e0 continuer de vivre de ce mode\nde vie-l\u00e0. La chasse, la p\u00eache, le trappage. Et puis d\u2019occuper le territoire,\nt\u2019sais, parce que l\u00e0, on occupait le territoire, mais on \u00e9tait \u00e0\u2026 sur le chemin\ncompagnies foresti\u00e8res, sur le chemin de l\u2019Hydro-Qu\u00e9bec, sur le chemin des\ncompagnies mini\u00e8res. Il fallait nous\u2026 nous tasser. Il fallait nous exclure.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Richard\nKistabish, nation anishnabe <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La\nLoi concernant les terres r\u00e9serv\u00e9es aux Sauvages de 1922 viendra confirmer\ncette impression. De fait, si elle porte de 230&nbsp;000 \u00e0\n330&nbsp;000&nbsp;acres la superficie des terres publiques mises de c\u00f4t\u00e9 pour\nl\u2019usage des Indiens, cette m\u00eame loi pr\u00e9voit que les nouvelles r\u00e9serves ne\npeuvent \u00eatre cr\u00e9\u00e9es sur des espaces o\u00f9 des concessions foresti\u00e8res ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9\naccord\u00e9es. Or, de tels espaces n\u2019existent pratiquement plus dans le Moyen-Nord\nqu\u00e9b\u00e9cois, ce qui limite la taille des nouvelles r\u00e9serves ou les confine aux\nr\u00e9gions encore plus isol\u00e9es vers le nord.<\/p>\n\n\n\n<p>La\nparticipation des Autochtones au d\u00e9veloppement du Qu\u00e9bec <\/p>\n\n\n\n<p>Si\nla tendance dans le Qu\u00e9bec post-1867 est d\u2019effacer les Autochtones du discours\npublic, les Premi\u00e8res Nations et les Inuit sont tout de m\u00eame bien pr\u00e9sents sur\nle territoire et fr\u00e9quemment en contact avec les Allochtones.<\/p>\n\n\n\n<p>La\ntraite des fourrures est longtemps rest\u00e9e l\u2019activit\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e pour favoriser\nla collaboration et les \u00e9changes \u00e9conomiques, mais aussi culturels. De 1668 \u00e0\n1970, la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson aura ouvert plus de\n80&nbsp;comptoirs de traite de fourrure \u00e0 travers le territoire du Qu\u00e9bec. Elle\nsera m\u00eame pr\u00e9sente chez les Inuit \u00e0 partir des ann\u00e9es&nbsp;1830, le premier\ncomptoir voyant le jour \u00e0 Fort Chimo (Kuujjuaq). Bien que loin d\u2019\u00eatre toujours\n\u00e9galitaire, cette coop\u00e9ration \u00e9conomique entre Autochtones et Allochtones\nn\u00e9cessite et g\u00e9n\u00e8re des rapports respectueux entre les peuples, ce qui\nb\u00e9n\u00e9ficie g\u00e9n\u00e9ralement aux deux parties. De fait, tant que la traite des\nfourrures est possible, elle sera b\u00e9n\u00e9fique aux peuples autochtones\nsemi-nomades qui peuvent ainsi maintenir leur mode de vie. En contrepartie,\nchez les Allochtones, la traite permet la constitution d\u2019importantes fortunes,\nqui contribuent sans l\u2019ombre d\u2019un doute \u00e0 l\u2019essor du Qu\u00e9bec et du Canada.<\/p>\n\n\n\n<p>Les\nAutochtones participent \u00e9galement au d\u00e9veloppement \u00e9conomique du Qu\u00e9bec par\nl\u2019exploitation des ressources naturelles, souvent situ\u00e9es sur leur propre\nterritoire. De fait, le d\u00e9veloppement de l\u2019industrie foresti\u00e8re ayant r\u00e9duit\nconsid\u00e9rablement la possibilit\u00e9 de subvenir \u00e0 leurs besoins par la traite des\nfourrures, de nombreux Autochtones (notamment des Anishnabek, des Atikamekw\nNehirowisiw, des Ab\u00e9nakis et des Innus) se joignent aux \u00e9quipes de b\u00fbcherons.\nIls participent aussi \u00e0 la construction des infrastructures li\u00e9es \u00e0 la\ncolonisation, telles que les barrages ou les chemins de fer. Lorsque les\npourvoiries et les clubs priv\u00e9s sont cr\u00e9\u00e9s, la connaissance fine qu\u2019ont les\nAutochtones du territoire leur permet \u00e9galement de guider les nouveaux\noccupants \u00e0 qui le gouvernement c\u00e9dait de vastes espaces.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\nLes Atikamekw, y b\u00fbchaient beaucoup sur le territoire han&nbsp;! C\u2019\u00e9tait leur\nseule source de revenus. [\u2026] Y\u2019avait des grands clubs priv\u00e9s, l\u00e0, qui arrivaient\nl\u00e0, sur le territoire, l\u00e0, \u00e0 McTavish. Fait qu\u2019y\u2019ont b\u00e2ti pour ces\nassociations-l\u00e0 qui regroupaient des professionnels, des m\u00e9decins, des avocats,\ndes juges, des\u2026 m\u00eame un ministre [\u2026] \u00c7a l\u2019a cr\u00e9\u00e9 de l\u2019emploi, les gens qui\narrivaient sur le territoire, ben ils les faisaient travailler, pr\u00e9parer les\nbillots, nettoyer le territoire. [\u2026] Au fil des ans, les Atikamekw y\u2019ont\nparticip\u00e9 au d\u00e9veloppement, parce que y\u2019avaient des possibilit\u00e9s d\u2019emploi l\u00e0,\npis que c\u2019\u00e9tait sur leur territoire. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Lucie\nBasile, nation atikamekw nehirowisiw<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les\nAutochtones sont aussi pr\u00e9sents lorsque les prospecteurs miniers partent \u00e0 la\nrecherche de nouveaux gisements, d\u00e9couvrant parfois eux-m\u00eames les m\u00e9taux dans\nleurs sous-sols.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\nJe pense qu\u2019en ce qui concerne l\u2019exploration et le d\u00e9veloppement, [les\ng\u00e9ologues] n\u2019auraient pas \u00e9t\u00e9 en mesure de r\u00e9aliser ce qu\u2019ils ont r\u00e9alis\u00e9 s\u2019ils\nn\u2019avaient pu compter sur la pr\u00e9sence de personnes qui connaissaient tr\u00e8s bien\nla r\u00e9gion et [\u2026] qui ont partag\u00e9 certaines de leurs connaissances\u2026 Je ne pense\npas que quiconque aurait pu contribuer \u00e0 quelque forme d\u2019exploitation ou de\nd\u00e9veloppement dans la r\u00e9gion, sans cette expertise, sans ces connaissances. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Glenda\nSandy, nation naskapie<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0\nune \u00e9poque, l\u2019artisanat autochtone se popularise et devient une source de\nrevenus importante pour les membres de certaines nations. D\u2019autres d\u00e9veloppent\ndes expertises particuli\u00e8res, comme les monteurs de hautes charpentes\nm\u00e9talliques chez les Mohawks. Depuis leur participation \u00e0 l\u2019\u00e9dification du pont\nferroviaire Saint-Laurent traversant le fleuve \u00e0 Kahnaw\u00e0 :ke en 1886, ces\nouvriers sp\u00e9cialis\u00e9s dans l\u2019acier ont \u0153uvr\u00e9 sur un grand nombre de chantiers\nam\u00e9ricains. Ce sera le cas notamment de ceux du pont de Qu\u00e9bec au d\u00e9but du\n20e&nbsp;si\u00e8cle, de l\u2019Empire State Building \u00e0 New York dans les\nann\u00e9es&nbsp;1920 et du World Trade Center \u00e0 la fin des ann\u00e9es&nbsp;1960.<\/p>\n\n\n\n<p>En\nd\u00e9pit de ces faits av\u00e9r\u00e9s, bien peu de choses ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites sur les relations\nentre les Autochtones et les Allochtones dans le contexte de la colonisation.\nPourtant, le d\u00e9veloppement de certaines r\u00e9gions comme la Mauricie et\nl\u2019Abitibi-T\u00e9miscamingue ont provoqu\u00e9 des rencontres et des relations, parfois\nsoutenues, entre eux. Les recherches de l\u2019historienne Sylvie LeBel ont\nd\u2019ailleurs d\u00e9montr\u00e9 la pr\u00e9sence d\u2019Autochtones (Atikamekw Nehirowisiw, Ab\u00e9nakis\net Anishnabek) dans plusieurs paroisses mauriciennes durant le dernier tiers du\n19e&nbsp;si\u00e8cle, et ce, m\u00eame si les rapports paroissiaux demeurent discrets \u00e0\nce sujet. Le souvenir des contacts entre Anishnabek et Canadiens fran\u00e7ais au\nd\u00e9but de la colonisation abitibienne et l\u2019existence d\u2019un village mixte sur la\nC\u00f4te-Nord (Moisie) confirment \u00e9galement la cohabitation et les relations\nexistantes.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\nAvant Mani-Utenam, il y avait le petit village de Moisie, l\u00e0, \u00e0 la pointe.\nOuais. Nous, qu\u2019on appelle Metsheteu, l\u00e0. Pis \u00e0 l\u2019\u00e9poque, nos parents, nos\ngrandsparents, avant Mani-Utenam, ben c\u2019est l\u00e0 qu\u2019ils demeuraient, t\u2019sais. Avec\nles Blancs, \u00e0 l\u2019\u00e9poque. [\u2026] Alors, on nous raconte qu\u2019il y avait des Blancs,\npis des Innus, qui vivaient ensemble. Ce n\u2019\u00e9tait pas une r\u00e9serve, c\u2019\u00e9tait un\nvillage o\u00f9 les gens avaient d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019installer l\u00e0. Parce qu\u2019\u00e0 l\u2019embouchure\nde la rivi\u00e8re Moisie, il y avait du saumon en \u00e9t\u00e9, il y avait de la morue\naussi, l\u00e0, que les gens pouvaient aller p\u00eacher. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>R\u00e9ginald\nVollant, nation innue<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Commission d&rsquo;enqu\u00eate sur les relations entre les Autochtones et certains services publics : \u00e9coute, r\u00e9conciliation et progr\u00e8s [Extrait] Effacer la pr\u00e9sence autochtone Si le Canada &#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1048,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-1046","page","type-page","status-publish","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/1046","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1046"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/1046\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1053,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/1046\/revisions\/1053"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1048"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1046"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}