{"id":1030,"date":"2019-10-30T21:07:23","date_gmt":"2019-10-30T21:07:23","guid":{"rendered":"https:\/\/ethique-rlaroche.profweb.ca\/?page_id=1030"},"modified":"2023-11-09T15:25:51","modified_gmt":"2023-11-09T15:25:51","slug":"glen-sean-coulthard","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/?page_id=1030","title":{"rendered":"Glen Sean Coulthard"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>PEAU ROUGE, MASQUES BLANCS<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>DE \u00ab PUPILLES DE L\u2019\u00c9TAT \u00bb \u00c0 SUJET DE RECONNAISSANCE? <\/p>\n\n\n\n<p>Au cours des quarante derni\u00e8res ann\u00e9es au Canada, les efforts et les objectifs des peuples autochtones en mati\u00e8re d\u2019autod\u00e9termination ont surtout \u00e9t\u00e9 d\u00e9peint dans la langue de la <em>reconnaissance. <\/em>Consid\u00e9rons, par exemple, la d\u00e9claration formelle que mon peuple a \u00e9mise en 1975 :<\/p>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n\n\n\n<p>Nous, D\u00e9n\u00e9s des Territoires du Nord-Ouest, insistons sur notre droit fondamental d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9s, par nous-m\u00eames et par le reste du monde, comme une nation.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous luttons pour la <em>reconnaissance <\/em>de la Nation d\u00e9n\u00e9e par le gouvernement canadien et la population canadienne, ainsi que par les gouvernements et les populations du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que nous<em> <\/em>soyons oblig\u00e9s de nous soumettre \u00e0 certaines r\u00e9alit\u00e9s, comme l\u2019existence d\u2019un pays nomm\u00e9 Canada, nous insistons sur notre droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination et sur la <em>reconnaissance <\/em>de l\u2019existence de la nation d\u00e9n\u00e9e.<br><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Reculons dans le temps, en 2005, lorsque la plus importante organisation autochtone au Canada, l\u2019Assembl\u00e9e des Premi\u00e8res Nations (APN), publie son \u00e9nonc\u00e9 de principe en mati\u00e8re d\u2019autod\u00e9termination. Selon l\u2019APN, \u00abun consensus s\u2019est d\u00e9gag\u00e9 sur une vision de la relation entre les Premi\u00e8res Nations et le Canada qui m\u00e8nerait \u00e0 renforcer la reconnaissance et l\u2019\u00e9tablissement de gouvernements autochtones\u00bb. Cette vision, explique l\u2019APN, repose sur les principes fondamentaux du rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones (CRPA) de 1996, \u00e0 savoir la reconnaissance d\u2019une relation de nation \u00e0 nation entre les Premi\u00e8res Nations et la Couronne ; la reconnaissance du droit des Premi\u00e8res Nations \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination ; la reconnaissance de l\u2019obligation fiduciaire de la Couronne de prot\u00e9ger les droits des Autochtones issus des trait\u00e9s ; la reconnaissance du droit des Premi\u00e8res Nations \u00e0 se gouverner elles-m\u00eames ; et la reconnaissance du droit des Premi\u00e8res Nations \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier, sur le plan \u00e9conomique, de l\u2019exploitation et du d\u00e9veloppement de leurs territoires et ressources.<br><\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;]<br><\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan discursif, la prolif\u00e9ration des demandes en mati\u00e8re de reconnaissance faites par les populations autochtones et les autres minorit\u00e9s marginalis\u00e9es au cours des quarante derni\u00e8res ann\u00e9es a \u00e9galement engendr\u00e9 un v\u00e9ritable d\u00e9ferlement d\u2019activit\u00e9 intellectuelle visant \u00e0 d\u00e9cortiquer les questions \u00e9thiques, politiques et juridiques que ce type de demandes implique. Jusqu\u2019ici, la plupart des travaux sur le sujet ont port\u00e9 sur la relation pr\u00e9sum\u00e9e entre la reconnaissance positive (ou affirmative) et l\u2019accommodation institutionnelle des diff\u00e9rences culturelles au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, d\u2019une part, et sur la libert\u00e9 et l\u2019autonomie d\u2019individus et de groupes marginalis\u00e9s au sein d\u2019\u00c9tats diversifi\u00e9es sur le plan ethnique, d\u2019autre part. Au Canada, certains avancent que cette synth\u00e8se entre la th\u00e9orie et la pratique a forc\u00e9 l\u2019\u00c9tat \u00e0 revoir de fa\u00e7on draconienne les principes de ses relations avec les peuples autochtones ; alors qu\u2019avant 1969, les politiques canadiennes relatives aux Indiens pr\u00f4naient ouvertement l\u2019assimilation, elles sont maintenant ancr\u00e9es dans le vernaculaire de la reconnaissance mutuelle.<br><\/p>\n\n\n\n<p>Les chapitres qui suivent analysent de fa\u00e7on critique diff\u00e9rentes traditions et pratiques anti-imp\u00e9rialistes afin de d\u00e9construire l\u2019id\u00e9e courante selon laquelle la relation coloniale entre les peuples autochtones et l\u2019\u00c9tat canadien peut \u00eatre ad\u00e9quatement transform\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 une politique fond\u00e9e sur la reconnaissance. Inspir\u00e9 des travaux de Richard J.F. Day, j\u2019utilise l\u2019expression \u00abpolitique de la reconnaissance\u00bb pour renvoyer \u00e0 toute une gamme de mod\u00e8les de pluralisme lib\u00e9ral fond\u00e9s sur le concept de reconnaissance, qui cherchent \u00e0 <em>r\u00e9concilier <\/em>les revendications de statut de nation autochtone avec la souverainet\u00e9 de l\u2019\u00c9tat colonial en accommodant certaines demandes identitaires faites par les Autochtones gr\u00e2ce \u00e0 un renouvellement des relations juridiques et politiques avec le gouvernement canadien. Si ces mod\u00e8les ont tendance \u00e0 varier, en th\u00e9orie et en pratique, la plupart demandent le transfert de territoires, de capitaux et de pouvoirs politiques de l\u2019\u00c9tat aux communaut\u00e9s autochtones, par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019une combinaison de r\u00e8glements de revendications territoriales, d\u2019initiatives de d\u00e9veloppement \u00e9conomique, et d\u2019ententes relatives \u00e0 l\u2019autonomie gouvernementale. Voil\u00e0 les trois enjeux principaux qui, au cours des prochains chapitres, guideront l\u2019analyse th\u00e9orique et pratique de la politique de la reconnaissance vis-\u00e0-vis des Autochtones au Canada. En r\u00e9ponse \u00e0 cette version de l\u2019approche fond\u00e9e sur la reconnaissance, je soutiens qu\u2019au lieu de conduire \u00e0 une \u00e8re de coexistence pacifique fond\u00e9e sur un id\u00e9al de reconnaissance <em>r\u00e9ciproque <\/em>et <em>mutuelle<\/em>, la politique de la reconnaissance telle qu\u2019elle appara\u00eet dans sa forme lib\u00e9rale actuelle reproduit in\u00e9vitablement les configurations du pouvoir \u00e9tatique colonialiste, raciste et patriarcal que les demandes des peuples autochtones en mati\u00e8re de reconnaissance essaient pourtant de transcender depuis des d\u00e9cennies.<br><\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;]<\/p>\n\n\n\n<p>LA RECONNAISSANCE : DE LA DIALECTIQUE DU MA\u00ceTRE ET DE L\u2019ESCLAVE CHEZ HEGEL \u00c0 LA \u00abPOLITIQUE DE LA RECONNAISSANCE\u00bb DE CHARLES TAYLOR<br><\/p>\n\n\n\n<p>La dialectique h\u00e9g\u00e9lienne du ma\u00eetre et de l\u2019esclave peut \u00eatre lue d\u2019au moins deux fa\u00e7ons diff\u00e9rentes qui continuent d\u2019\u00e9difier les th\u00e9ories contemporaines du pluralisme lib\u00e9ral fond\u00e9es sur la reconnaissance. \u00c0 la premi\u00e8re lecture, la dialectique de Hegel propose une th\u00e9orie de la formation de l\u2019identit\u00e9 qui va \u00e0 l\u2019encontre de la vision lib\u00e9rale classique du sujet, dans la mesure o\u00f9 elle situe les relations sociales au coeur de la subjectivit\u00e9 humaine. En effet, les rapports de reconnaissance sont per\u00e7us comme des \u00e9l\u00e9ments constituants la subjectivit\u00e9 : \u00abl\u2019on devient un sujet individuel seulement lorsque l\u2019on reconna\u00eet un autre sujet et que cet autre sujet nous reconna\u00eet.\u00bb Notre identit\u00e9 d\u00e9pend donc des rapports interpersonnels complexes qui la fa\u00e7onnent. Cet apport quant \u00e0 la nature intersubjective de la formation de l\u2019identit\u00e9 humaine sous-tend la c\u00e9l\u00e8bre affirmation de Hegel qui veut que \u00abla conscience de soi est <em>en soi <\/em>et <em>pour soi <\/em>en ce que, et par le fait qu\u2019elle est en soi et pour soi pour un autre ; c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019en tant que quelque chose de reconnu\u00bb.<br><\/p>\n\n\n\n<p> \u00c0 la deuxi\u00e8me lecture, la dialectique va au-del\u00e0 de la nature relationnelle de la subjectivit\u00e9 humaine pour examiner ce que Hegel voit comme les conditions intersubjectives requises pour la <em>r\u00e9alisation de la libert\u00e9 humaine<\/em>. Ainsi, la dialectique du ma\u00eetre et de l\u2019esclave peut \u00eatre per\u00e7ue comme normative : elle sugg\u00e8re que la r\u00e9alisation de soi en tant qu\u2019agent autod\u00e9termin\u00e9 requiert non seulement le fait d\u2019\u00eatre reconnu comme agent autod\u00e9termin\u00e9e, mais \u00e9galement le fait d\u2019\u00eatre reconnu par une autre conscience de soi qui est elle aussi reconnue comme autod\u00e9termin\u00e9e. Ce serait donc ces processus et \u00e9changes r\u00e9ciproques de la reconnaissance qui rendraient possible l\u2019atteinte de la libert\u00e9 humaine. Voil\u00e0 pourquoi Hegel insiste autant sur la nature <em>mutuelle <\/em>des rapports de reconnaissance. Dans la seconde moiti\u00e9 de la section \u00abMa\u00eetrise et servitude\u00bb, Hegel traite du destin ironique du ma\u00eetre dans un contexte de reconnaissance asym\u00e9trique. Le \u00abcombat\u00bb entre les deux consciences de soi profite temporairement au ma\u00eetre dans sa relation hi\u00e9rarchique avec l\u2019esclave, mais Hegel d\u00e9crit ensuite un revirement de situation inattendu : le d\u00e9sir du ma\u00eetre d\u2019\u00eatre reconnu comme \u00ab\u00eatre pour-soi\u00bb est entrav\u00e9 par le fait qu\u2019il est seulement reconnu par la conscience inessentielle et d\u00e9pendante de l\u2019esclave, et bien entendu la reconnaissance par un esclave ne constitue pas une v\u00e9ritable reconnaissance. Dans cette relation \u00abunilat\u00e9rale et in\u00e9gale\u00bb, le ma\u00eetre ne parvient pas \u00e0 acqu\u00e9rir \u00abla certitude de l\u2019<em>\u00eatre pour-soi <\/em>en tant que v\u00e9rit\u00e9, mais sa v\u00e9rit\u00e9, au contraire, est la conscience inessentielle et l\u2019activit\u00e9 inessentielle de celle-ci\u00bb. Et pendant que le ma\u00eetre est d\u00e9s\u0153uvr\u00e9 et qu\u2019il s\u2019inqui\u00e8te de son \u00e9tat de d\u00e9pendance croissante, l\u2019esclave, gr\u00e2ce \u00e0 son activit\u00e9 formative, \u00abparvient \u00e0 la conscience d\u2019\u00eatre elle-m\u00eame en soi et pour soi\u00bb et, dans le travail, il r\u00e9alise sa propre ind\u00e9pendance. Ainsi, sa v\u00e9rit\u00e9 de la conscience ind\u00e9pendante et l\u2019autod\u00e9termination du sujet passent par la praxis de l\u2019esclave &#8211; par son travail transformateur dans et sur le monde autour de lui. Cela dit, notons que pour Hegel, \u00abla r\u00e9volution de l\u2019esclave n\u2019\u00e9quivaut pas simplement \u00e0 remplacer le ma\u00eetre, ce qui maintiendrait la reconnaissance hi\u00e9rarchique et in\u00e9gale\u00bb.<br><\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;]<br><\/p>\n\n\n\n<p>\tComme Hegel l\u2019a fait bien avant lui, Taylor avance que les humains ne d\u00e9veloppent pas leur identit\u00e9 \u00abisol\u00e9ment\u00bb ; ils sont plut\u00f4t \u00abfa\u00e7onn\u00e9s\u00bb par le \u00abdialogue avec leurs pairs, qu\u2019ils soient d\u2019accord avec la reconnaissance qu\u2019ils obtiennent des autres ou non\u00bb. Mais parce que nos identit\u00e9s se forment gr\u00e2ce \u00e0 ces rapports, elles peuvent \u00e9galement \u00eatre <em>d\u00e9form\u00e9es <\/em>quand ces processus n\u2019aboutissent pas. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que Taylor veut dire lorsqu\u2019il affirme que les identit\u00e9s sont form\u00e9es non seulement par la reconnaissance, mais aussi par la \u00abnon-reconnaissance ou la reconnaissance erron\u00e9e des autres. Les individus et les groupes peuvent subir de r\u00e9els dommages, une v\u00e9ritable d\u00e9naturation, lorsque les gens ou la soci\u00e9t\u00e9 autour d\u2019eux leur renvoient une image r\u00e9ductrice, p\u00e9jorative ou m\u00e9prisante d\u2019eux-m\u00eames. La non-reconnaissance et la reconnaissance erron\u00e9e peuvent \u00eatre la source de pr\u00e9judice, une forme d\u2019oppression, emprisonnant des individus dans un mode d\u2019existence d\u00e9form\u00e9, d\u00e9grad\u00e9 et faux\u00bb.<br><\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;]<br><\/p>\n\n\n\n<p>\tPeu \u00e0 peu, les implications pratiques de la th\u00e9orie de Taylor commencent \u00e0 se dessiner. Dans ses moments les plus normatifs, Taylor sugg\u00e8re qu\u2019au Canada, le peuple qu\u00e9b\u00e9cois et les peuples autochtones sont deux exemples parfaits du type de minorit\u00e9 menac\u00e9e qui devrait recevoir une forme de reconnaissance visant \u00e0 accommoder leur singularit\u00e9 culturelle. Pour les peuples autochtones en particulier, cela impliquerait de leur octroyer une \u00abautonomie\u00bb culturelle et politique gr\u00e2ce aux institutions d\u2019\u00abautogouvernement\u00bb. Ailleurs, Taylor sugg\u00e8re que cela pourrait signifier, \u00aben pratique, qu\u2019il faudrait cr\u00e9er une nouvelle forme de gouvernement au Canada, sans doute inf\u00e9rieure aux provinces, mais diff\u00e9rente des municipalit\u00e9s\u00bb. Le fait d\u2019accommoder les revendications des Premi\u00e8res Nations de cette fa\u00e7on permettrait id\u00e9alement aux collectivit\u00e9s autochtones de \u00abpr\u00e9server leur int\u00e9grit\u00e9 culturelle\u00bb, et donc de contrer la d\u00e9sorientation psychologique et la non-libert\u00e9 qui r\u00e9sultent de l\u2019exposition aux m\u00e9canismes structurels de la non-reconnaissance et de la reconnaissance erron\u00e9e. En somme, pour Taylor, l\u2019institutionnalisation d\u2019un r\u00e9gime lib\u00e9ral de reconnaissance r\u00e9ciproque permettrait aux Autochtones d\u2019atteindre le statut d\u2019agents distincts et autod\u00e9termin\u00e9s.&nbsp;<br><\/p>\n\n\n\n<p>\tM\u00eame s\u2019il faut admettre que la dimension normative du projet de Taylor repr\u00e9sente une am\u00e9lioration par rapport aux \u00abstrat\u00e9gies ant\u00e9rieures d\u2019exclusion, de g\u00e9nocide et d\u2019assimilation\u00bb qui ont \u00e9t\u00e9 mises en place au Canada, je soutiens plus loin que la logique selon laquelle la reconnaissance est con\u00e7ue comme quelque chose qui est accord\u00e9 ou offert \u00e0 un groupe ou une entit\u00e9 subalterne par un groupe ou une entit\u00e9 dominant, que cette logique donc est vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec, car incapable de modifier, encore moins de transcender, l\u2019ampleur du pouvoir qui est en jeu dans les relations coloniales.<br><\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;]<br><\/p>\n\n\n\n<p>POUR LE TERRITOIRE<br><\/p>\n\n\n\n<p> Le fait de comprendre la \u00abculture\u00bb comme la totalit\u00e9 sociale d\u2019un <em>mode de vie <\/em>distinct qui englobe l\u2019\u00e9conomie, le politique, le spirituel et le social est essentiel pour bien saisir la r\u00e9action de l\u2019\u00c9tat devant le d\u00e9fi qu\u2019ont pos\u00e9 nos propositions quant aux revendications territoriales. Comme la section suivante le d\u00e9montrera, l\u2019\u00c9tat a r\u00e9pondu \u00e0 ce d\u00e9fi, comme l\u2019aurait peut-\u00eatre pr\u00e9dit Fanon lui-m\u00eame, en \u00e9tablissant des limites structurelles aux termes et au contenu de la reconnaissance qu\u2019il voulait bien nous octroyer par la n\u00e9gociation d\u2019un r\u00e8glement territorial. Tel que mentionn\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, la Couronne s\u2019est d\u2019abord et avant tout investie dans les affaires entourant les revendications territoriales pour \u00ab\u00e9teindre\u00bb les revendications de propri\u00e9t\u00e9s et de droits globales et vagues des Premi\u00e8res Nations en leur accordant un \u00e9ventail limit\u00e9 de droits et d\u2019avantages \u00e9nonc\u00e9s dans le texte de l\u2019entente lui-m\u00eame. Dans les ann\u00e9es 1970, le Canada exigeait toujours des Autochtones qu\u2019ils \u00abc\u00e8dent\u00bb explicitement leurs droits et leurs titres pour parvenir au r\u00e8glement d\u2019une revendication.&nbsp; Du point de vue de la Couronne, cela constituait le moyen le plus s\u00fbr de garantir, sur le plan \u00e9conomique et politique, que les int\u00e9r\u00eats de l\u2019\u00c9tat entourant l\u2019ouverture des territoires autochtones \u00e0 l\u2019investissement \u00e9conomique et au d\u00e9veloppement capitaliste soient satisfaits. Bien que l\u2019\u00c9tat n\u2019exige plus aujourd\u2019hui que les droits ancestraux soient formellement \u00ab\u00e9teints\u00bb comme condition pr\u00e9alable \u00e0 un r\u00e8glement, le but du processus n\u2019a pas chang\u00e9  : faciliter l\u2019\u00abint\u00e9gration\u00bb des peuples et territoires autochtones dans le mode de production capitaliste et veiller \u00e0 ce que les \u00abvisions socio\u00e9conomiques\u00bb alternatives ne menacent pas le fonctionnement souhait\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. [&#8230;] Pour l\u2019\u00c9tat, la reconnaissance et l\u2019accommodation de l\u2019\u00abaspect culturel\u00bb dans les n\u00e9gociations territoriales <em>n\u2019incluaient pas <\/em>la reconnaissance des \u00e9conomies et des formes d\u2019autorit\u00e9 politique autochtones, comme le concept de mode de production et de mode de vie le sugg\u00e8rent ; au contraire, l\u2019\u00c9tat a insist\u00e9 pour que toute accommodation institutionnelle de la diff\u00e9rence culturelle autochtone soit compatible avec <em>une seule <\/em>forme politique &#8211; \u00e0 savoir la souverainet\u00e9 de l\u2019\u00c9tat colonial &#8211; et <em>un seul <\/em>mode de production &#8211; \u00e0 savoir le capitalisme.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><br>Coulthard, Glen Sean, <em>Peau rouge, masques blancs, <\/em>\u00c9ditions Lux, Montr\u00e9al, 2018<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PEAU ROUGE, MASQUES BLANCS DE \u00ab PUPILLES DE L\u2019\u00c9TAT \u00bb \u00c0 SUJET DE RECONNAISSANCE? Au cours des quarante derni\u00e8res ann\u00e9es au Canada, les efforts et &#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":1033,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-1030","page","type-page","status-publish","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/1030","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1030"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/1030\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":31385,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/1030\/revisions\/31385"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1033"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1030"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}