{"id":673,"date":"2019-09-24T20:13:40","date_gmt":"2019-09-24T20:13:40","guid":{"rendered":"https:\/\/ethique-rlaroche.profweb.ca\/?page_id=673"},"modified":"2021-01-12T13:44:14","modified_gmt":"2021-01-12T13:44:14","slug":"distinction-entre-le-prive-et-le-public","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/?page_id=673","title":{"rendered":"Distinction entre le priv\u00e9 et le public"},"content":{"rendered":"\n<p>JOHN DEWEY<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le\npublic et ses probl\u00e8mes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Chapitre\npremier<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>LA RECHERCHE DU PUBLIC<\/p>\n\n\n\n<p>(Extrait 2)<\/p>\n\n\n\n<p>Nous prenons donc notre point de d\u00e9part dans le fait objectif que les actes humains ont des cons\u00e9quences sur d\u2019autres hommes, que certaines de ces cons\u00e9quences sont per\u00e7ues, et que leur perception m\u00e8ne \u00e0 un effort ult\u00e9rieur pour contr\u00f4ler l\u2019action de sorte que certaines cons\u00e9quences soient assur\u00e9es et d\u2019autres, \u00e9vit\u00e9es. Suivant cette indication, nous sommes conduits \u00e0 remarquer que les cons\u00e9quences sont de deux sortes; celles qui affectent les personnes directement engag\u00e9es dans une transaction, et celle qui en affectent d\u2019autres au-del\u00e0 de celles qui sont imm\u00e9diatement concern\u00e9es. Dans cette distinction, nous trouvons le germe de la distinction entre le priv\u00e9 et le public. Quand des cons\u00e9quences indirectes sont reconnues et qu\u2019il y a un effort pour les r\u00e9glementer, quelque chose ayant les traits d\u2019un \u00c9tat commence \u00e0 exister. Quand les cons\u00e9quences d\u2019une action sont confin\u00e9es (ou crues confin\u00e9es) principalement aux personnes directement engag\u00e9es, la transaction est priv\u00e9e. Quand A et B discutent ensemble, l\u2019action est une trans-action&nbsp;: tous deux sont concern\u00e9s par elle&nbsp;: son r\u00e9sultat passe pour ainsi dire de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Mais les cons\u00e9quences en terme d\u2019avantage ou de pr\u00e9judice ne s\u2019\u00e9tendent apparemment pas au-del\u00e0 de A et de B&nbsp;: l\u2019activit\u00e9 demeure entre eux; elle est priv\u00e9e. Cependant, si l\u2019on montre que les cons\u00e9quences de cette conversation s\u2019\u00e9tendent au-del\u00e0 des deux personnes directement concern\u00e9es, qu\u2019elle affecte le bien-\u00eatre de nombreuses autres, l\u2019acte acquiert une capacit\u00e9 publique, que la conversation soit men\u00e9e entre un roi et son premier ministre, entre un Catiline et un conspirateur alli\u00e9, ou entre des marchants projetant de monopoliser le march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La distinction entre le priv\u00e9 et le public n\u2019est donc d\u2019aucune mani\u00e8re \u00e9quivalente \u00e0 la distinction entre l\u2019individuel et le social, m\u00eame en supposant que la seconde distinction ait un sens pr\u00e9cis. De nombreux actes priv\u00e9s sont sociaux; leurs cons\u00e9quences contribuent au bien-\u00eatre de la communaut\u00e9 ou affectent son statut et ses perspectives. Au sens large, toute transaction men\u00e9e de mani\u00e8re d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 entre deux personnes ou plusieurs personnes est d\u2019une qualit\u00e9 sociale. Elle est une forme du comportement en association et ses cons\u00e9quences peuvent influencer des associations ult\u00e9rieures. Un homme peut en servir d\u2019autres, m\u00eame dans une large communaut\u00e9, en menant des affaires priv\u00e9es. Dans une certaine mesure, il est vrai, comme Adam Smith l\u2019a soutenu, que la table de notre petit-d\u00e9jeuner est mieux pourvue par les r\u00e9sultats convergents des activit\u00e9s des fermiers, des \u00e9piciers et des bouchers menant des affaires priv\u00e9es en vue d\u2019un gain priv\u00e9, qu\u2019elle ne le serait si nous \u00e9tions servis par un philanthrope ou par un esprit public. Les communaut\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 pourvues des travaux de l\u2019art, des d\u00e9couvertes scientifiques, gr\u00e2ce au plaisir personnel que des personnes priv\u00e9es ont d\u00e9couvert en se livrant \u00e0 ces activit\u00e9s. Il y a des philanthropes priv\u00e9s qui font de sorte que les n\u00e9cessiteux ou la communaut\u00e9 enti\u00e8re profitent de leurs dons pour des biblioth\u00e8ques, des h\u00f4pitaux et des organismes d\u2019\u00e9ducation. En bref, les actes priv\u00e9s peuvent \u00eatre socialement pr\u00e9cieux \u00e0 la fois par leurs cons\u00e9quences indirectes et par l\u2019intention directe qui y a pr\u00e9sid\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a donc aucune\nconnexion n\u00e9cessaire entre le caract\u00e8re priv\u00e9 d\u2019un acte et son caract\u00e8re non\nsocial ou anti-social. En outre, le public ne peut \u00eatre identifi\u00e9 \u00e0 ce qui est\nsocialement utile. L\u2019une des activit\u00e9s les plus ordinaires de la communaut\u00e9\npolitiquement organis\u00e9e a \u00e9t\u00e9 de faire la guerre. M\u00eame les plus bellicistes des\nmilitaristes pourront difficilement soutenir que toutes les guerres ont \u00e9t\u00e9\nsocialement utiles, ou nier que certaines d\u2019entre elles ont \u00e9t\u00e9 si\ndestructrices des valeurs sociales qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 infiniment mieux de ne pas\nles entreprendre. Cet argument en faveur d\u2019une absence d\u2019\u00e9quivalence entre le\npublic et le social, dans n\u2019importe quel sens louable du social, ne repose pas\nuniquement sur le cas de la guerre. Je suppose que personne n\u2019est suffisamment\npassionn\u00e9 d\u2019action politique pour soutenir que cette derni\u00e8re n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 \u00e0\ncourte vue, stupide ou nuisible. Certains soutiennent m\u00eame que quand des agents\nde l\u2019\u00c9tat font quelque chose qui pourrait \u00eatre fait par des personnes priv\u00e9es,\nil ne peut en r\u00e9sulter qu\u2019une perte pour la soci\u00e9t\u00e9. D\u2019autres, bien plus\nnombreux, protestent en disant que toute activit\u00e9 publique sp\u00e9cifique, qu\u2019il\ns\u2019agisse de prohibition, de droits de douane protecteurs ou de l\u2019extension du\nsens donn\u00e9 \u00e0 la doctrine de Monroe, est mal\u00e9fique pour la soci\u00e9t\u00e9. De fait,\nchaque dispute politique s\u00e9rieuse tourne autour de la question de savoir si tel\nacte politique est b\u00e9n\u00e9fique ou nuisible pour la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame que le\ncomportement n\u2019est pas anti-social ou non social pour la raison qu\u2019il est\nentrepris de mani\u00e8re priv\u00e9e, il n\u2019est pas non plus socialement pr\u00e9cieux pour la\nraison qu\u2019il est men\u00e9 au nom du public par des agents publics. L\u2019argument ne\nnous a pas conduits tr\u00e8s loin, mais il nous a au moins montr\u00e9 qu\u2019il ne faut pas\nidentifier la communaut\u00e9 et ses int\u00e9r\u00eats avec l\u2019\u00c9tat ou avec la communaut\u00e9\npolitiquement organis\u00e9e. Et cette diff\u00e9renciation peut nous disposer\nfavorablement \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la proposition avanc\u00e9e plus haut&nbsp;; \u00e0 savoir que\nla ligne qui s\u00e9pare le public du priv\u00e9 doit \u00eatre trac\u00e9e sur la base de\nl\u2019\u00e9tendue et de la port\u00e9e des cons\u00e9quences d\u2019actes qui sont si importants\nqu\u2019elles n\u00e9cessitent un contr\u00f4le, soit par prohibition, soit par promotion.\nNous distinguons les b\u00e2timents priv\u00e9s et publics, les \u00e9coles priv\u00e9es et\npubliques, les voies priv\u00e9es et les routes publiques, les biens priv\u00e9s et les\nfonds publics, les personnes priv\u00e9es et les fonctionnaires publics. Notre th\u00e8se\nest que la cl\u00e9 pour comprendre la nature et les fonctions de l\u2019\u00c9tat r\u00e9side dans\nces distinctions. Il n\u2019est pas sans importance que le mot \u00abpriv\u00e9\u00bb soit\n\u00e9tymologiquement d\u00e9fini par opposition avec \u00abfonctionnaire\u00bb <em>[official]<\/em>,\nune personne priv\u00e9e \u00e9tant une personne d\u00e9pourvue de position publique. Le\npublic consiste en l\u2019ensemble de tous ceux qui sont tellement affect\u00e9s par les\ncons\u00e9quences indirectes de transactions qu\u2019il est jug\u00e9 n\u00e9cessaire de veiller\nsyst\u00e9matiquement \u00e0 ces cons\u00e9quences. Les fonctionnaires sont ceux qui\nsurveillent et prennent soin des int\u00e9r\u00eats ainsi affect\u00e9s. Comme ceux qui sont\nindirectement affect\u00e9s ne sont pas des participants directs \u00e0 la transaction en\nquestion, il est n\u00e9cessaire que certaines personnes soient distingu\u00e9es pour les\nrepr\u00e9senter et pour veiller \u00e0 ce que leurs int\u00e9r\u00eats soient conserv\u00e9s et\nprot\u00e9g\u00e9s. Les b\u00e2timents, la propri\u00e9t\u00e9, les fonds et les autres ressources\nmat\u00e9rielles impliqu\u00e9es par l\u2019exercice de cette fonction sont <em>res publica<\/em>,\nle bien commun. Le public, en tant qu\u2019il est organis\u00e9 au moyen de\nfonctionnaires et d\u2019institutions mat\u00e9rielles qui prennent soin des cons\u00e9quences\nindirectes, \u00e9tendues et persistantes, des transactions priv\u00e9es, est le <em>Populus<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>Dewey, John, <em>Le public\net ses probl\u00e8mes<\/em>, Gallimard, coll. folio essais, Paris, 2005.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>JOHN DEWEY Le public et ses probl\u00e8mes Chapitre premier LA RECHERCHE DU PUBLIC (Extrait 2) Nous prenons donc notre point de d\u00e9part dans le fait &#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":7654,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-673","page","type-page","status-publish","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/673","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=673"}],"version-history":[{"count":7,"href":"http:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/673\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7663,"href":"http:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/673\/revisions\/7663"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/7654"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.ethique-rlaroche.philo-cvm.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=673"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}